‹ Les classes rurales en Bretagne du XVIe siècle a La RévolutionChapitre 17 sur 169 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. Grandes seigneuries laïques et ecclésiastiques. — Moyennes et petites seigneuries. — Revenus des seigneuries et conditions d*existence des propriétaires nobles. — II. La propriété noble est soumise à la hiérarchie féodale; elle doit des redevances. — Terres nobles appartenant à des roturiers; terres roturières appartenant à des nobles. — III. Organisation de la propriété seigneuriale. Le domaine proche et les mouvances. — Le domaine proche comprend : 1« la retenue (champs, prairies, et surtout bois et landes), en bien des cas affermée; 2« les métairies. — Les mouvances. Bailliages ou Hefs. — En Basse-Bretagne, même organisation. — Le domaine proche, plus lucratif que les mouvances.

L'organisation de la propriété foncière, dans ses traits essentiels, ne s'est pas sensiblement modifiée depuis le Moyen-Age. Si, par une lente évolution, la propriété paysanne s'est peu à peu constituée, elle conserve encore cependant la marque de son origine. Démembrement de la propriété seigneuriale, elle présente toujours un caractère dépendant et comme subalterne. Au premier plan, au contraire, apparaît la propriété seigneuriale, et un observateur superficiel pourrait croire que la terre n'appartient qu'à la noblesse et au clergé.

Le sol de la Bretagne est couvert d'un nombre immense de seigneuries laïques ou ecclésiastiques de toutes dimensions. — Parmi ces seigneuries, il en est de très grandes, d'énormes

même, comme le comté de Penthièvre, qui s'étend sur une grande partie de la région qui a formé le département actuel des C6tes-du-Nord. La baronnie de Montauban, dont les origines' sont fort anciennes, comprend neuf paroisses et embrasse à peu près la totalité de chacune d'elles, sans compter la grande forêt de Montauban, dont la superficie est évaluée à plus de 2.000 journaux W). Le comté de Montfort a des mouvances s'étendant en 27 paroisses et comprend aussi les forêts de Brécilien et de Montfort W. De la baronnie de Vitré dépendent plus de cent juridictions seigneuriales W. Le duché de Retz se compose de 18 châtellenies (*). La baronnie de Combour, dont le domaine proche s'étend en neuf paroisses, a d'énormes possessions en bois et en landes ts). — Plus nombreuses encore, les seigneuries d'une moindre importance, mais qui englobent cependant la plus grande partie de plusieurs paroisses : telle, la baronnie de Sens, qui comprend toute la paroisse de Sens et une notable partie de celles de Vieuxvy et de Romazy W; telle, la seigneurie de la Martinière et Montbarot dont les dépendances foisonnent dans toute la région située au nord de Rennes, principalement en Vezin, en Pacé, en la Chapelle-des-Pougeretz C'). Un grand nombre de seigneuries, dotées du droit de haute justice, dominent une paroisse tout entière.

D'ailleurs, beaucoup de ces grandes seigneuries se sont

(1) Giiillotin de Corson, Les grandes seigneuries de Haute-Bretagne. 2r série, pp. E73-74. — Le journal vaut un peu plus de 48 ares. Un journal contient 80 cordes ou 20 sillons; voy. VInstruction sur les nouvelles mesures publiée par ordre du prélet dllle-et-Vilaine, Rennes, an XI.

(2) Ibid., pp. 281 et sqq.

(3) Ibid., pp. 391 et sqq.

(4) Guillotin de Corson, Les grandes seigneuries de Haute-Bretagne, 3* série, pp. 265 et sqq.

(5) Voy. A. de la Borderie, Le régaire de Dol et la baronnie de Combour {Mémoires de la Société archéologique dllle-et-Vilaine, an. 1862, t. H, pp. 175 et sqq.). La baronnie de Combour possédait dans la paroisse de Dingé la forôt de Tanouam qui contenait, avec les landes environnantes, 5 à 6.000 journaux; dans la paroisse de I^urmaie, 450 journaux de landes; 500 journaux dans celle de Tréméheuc, etc.

(6) Guillotin de Corson, op. cit., 2* série, pp. 361 et sqq.

(7j Arch. d'Ille-et-Vilaine, fonds de la Martinière et Montbarot, E 105 et sqq. — Sur les possessions très étendues du comté de Maure, cf. Guillotin de Corson, Les seigneuries de la comtesse de Maure dans la Haute-Bretagne en iSîS, Nantes, ^888.

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formées par Funion de plusieurs seigneuries ou terres nobles. C'est ainsi que la seigneurie de Saint-Brîce comprend la terre de Saint-Brice, la baronnie de Sens, les terres de la Fontaine de la Chèze, de Parigné, du Solier, de Saint-Etienne, du Rocher-Portal (i). Au XVP et encore au XVIP siècle, on constate beaucoup d'unions de seigneuries, et c'est ainsi que se sont constituées la plupart des ch&tellenies. La seigneurie de Marigné, qui existait depuis le XII* siècle, n'avait qu'une étendue assez médiocre; mais, dans la seconde moitié du X\T siècle, Jacques Herpin, président au Parlement de Bretagne, acquiert de nouvelles terres : il dispose maintenant d'une grande seigneurie qu'il fait ériger en châtellenie en 1572 tî). La Bédoyère était à l'origine une petite seigneurie ; mais, en 1642, le parlementaire Gilles Huchet l'accroît par d'importantes acquisitions; en 1643, elle devient une châtellenie <3). De la même façon se forment bien des marquisats et des baronnies. Le marquisat de Becdelièvre, en 1717, est constitué par l'union des trois seigneuries de Tréambert, Quilflstre et Quindéniac <*). Il semble qu'en certains cas, à partir du XVI* siècle, il y ait eu concentration de la propriété seigneuriale.

Il existe aussi en Bretagne de très grandes seigneuries ecclésiastiques. Les évoques de Nantes sont seigneurs suzerains dans 18 paroisses et possèdent un grand nombre de manoirs et de domaines^s). L'évéché de Tréguier a un domaine proche considérable, et ses mouvances comprennent onze

(1) Maupillé. Notices historiques et archéologiques sur les paroisses du canton de Saint-Brice (Mémoires de la Société archéologique dllle-et- Vilaine, an. 1879, t. XHI, pp. 238 et sqq.).

(2) Maupillé, ibid., pp. 286 et sqq.

(3) GuilloUn de Corson, Les grandes seigneuries de Haute-Bretagne. 1~ série, pp. 38 et sqq. En 1715. le seigneur de la Bédoyère acquiert une

^ portion de la forêt de Montfort et la seigneurie de la paroisse de Coulon.

iO Guillotin de Corson, op, cit., 3* série, pp. 19 et sqq. — Sur le marquisat d'Assérac, cf. ibid,, pp. 12 et sqq. — Le marquisat de Lescoêt comprend : Itt^igneurie de Keméan, les terres de Kergoff, LescoCl, Coatmenec, Rodalvez, Lèsimlfflou, du Resl et Modest [Grand des biens du marquis de Leseoet, en IT'îa.^Arch. du Finistère, E 705).

(5) Léon Maître, La seigneurie des évêques de Nantes {Bulletin de la Société archéologique de Nantes, an. 1882, t. XXI, pp. 66 et sqq.). En 1790, l'évoque de Nantes, Charles de la Laurencie, déclare avoir un revenu de 95.300 1. (Guillotin de Corson, op. eiL, pp. 309 et sqq.).

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paroisses entières <i). Très étendus aussi, les régaires et les domaines des évôchés de Dol <«î, de Saint-Brieuc («), de Saintr MaJo(^). Bien des abbayes constituent des seigneuries très considérables; qu*il nous suffise de citer Bégard, le Reliée, Redon (»), Saint-Méen W, la Joie, Prières <^, qui disposent de revenus très importants.

Les moyennes et les petites seigneuries sont infiniment plus nombreuses. On en compte souvent plusieurs par paroisse ; c'est ainsi que les paroisses de Tremblay W et de Beaucé W comprennent chacune six terres nobles ; en Landéan, il y en a sept <io) ; en Carentoir, une quinzaine (ii). — Beaucoup de ces seigneuries ont une étendue fort restreinte. La vicomte de Loyaux est formée de pièces isolées, répandues dans les paroisses de Sainte-Pazanne, Port-Saint-Père et Presnay<"). La plupart des petites seigneuries possèdent deux ou trois métairies et une demi-douzaine de bailliages (*«).

(1) A. de la Borderie, Notice sur le régaire de Vévéché de Tréguier, dans les Mélanges d'histoire et d'archéologie bretonnes, t. H, pp. 29 et sqq.

(2) A. de la Borderie, Le régaire de Dol et la baronnie de Combour, dans les Mim. de la Société archéologique dllle-et-Vilaine, t. Il, pp. 150 et sqq.

(3) Cf. le fonds de l'évôché de Saint-Brieuc, aux Arch. des Côtes-du-Nord.

(4) GuiUotln de Corson, PotdUé historique de Varchevéché de Rennes, t. I, pp. 611 et sqq.

(5) Ibid,, t. n, pp. 177 et sqq.

(6) /5fd., t. n, pp. 137 et sqq.

(7) J^M. Le Mené, Vabbaye de Prières (Bulletin de la Soc. polymathique du Morbihan, an. 1908, pp. 8^) et Vabbaye de la Joie {ibid,, pp. 123-184). En 1790, les revenus de l'abbaye de Prières sont évalués à 64.453 livres. — n est même de simples prieurés, comme celui de Lehon, dont les domaines sont très étendus; cf. Fouéré-Macé, Le prieuré royal de Saint-Magloire de Lehon, Rennes, 1892.

(8) Maupillé, Notices historiques et archéologiques sur les paroisses du canton d'Antrain {Mém. de la Soc. archéologique d'Ille-et-Vilaine, an. 1868, t. VI, pp. 233 et sqq.).

(9) Maupillé, NoHces historiques et archéologiques sur les paroisses des deux cantons de Fougères {ibid., an. 1874, t. VIH, pp. 213 et sqq.}.

(10) Ibid., pp. 310 et sqq. On trouvera dans Maupillé beaucoup d'autres exemples.

(11) Abbé Le Claire, L'ancienne paroisse de Carentoir, pp. 142 et sqq.

(12) Guillotin de Corson, Les grandes seigneuries de Haute-Bretagne, 3* série, pp. 201 et sqq.

(13) Cf. Gliillotin de Corson, Petites seigneuries du comté de Rennes, dans les Mémoires de la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine. an. 1900. t. XXIX, pp. 236 et sqq., et an. 1902, t. XXXI, pp. 92 et sqq. La seifmeurie de Martifjné, par exemple, au XVP siècle, possède trois métairies; au XVIII', elle n'en possède plus qu'une.

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