LA PORTÉE DU RÉGIME SEIGNEURIAL; SES ABUS
Peut-on évaluer les charges du régime seigneurial 7 ~ Les violences des seigneurs et de leurs agents. — Exactions provoquées par les péages, les droits de foires et de marchés, le champart, les banalités, les corvées, les redditions d'aveux. — Abus résultant de la perception des rentes. Le paiement des arrérages. Les apprécis et les mesures. L'évaluation des rentes en avoine.
On vient de décrire toutes les catégories de redevances et de services que, dans les derniers siècles de TAncien Régime, les paysans bretons sont encore tenus d'acquitter. Mais quelle est la véritable portée du régime seigneurial? Il serait véritablement accablant, si toutes ces charges seigneuriales se trouvaient toujours accumulées et pesaient toutes ensemble sur tous les paysans. Sans doute, il n'en est pas ainsi; et Ton a vu, du reste, combien les redevances, qui portent sur les tenures, et les services, auxquels sont astreints les tenanciers, se sont atténués depuis le Moyen-Age <i).
Il n'en est pas moins vrai que, sur la plupart des domaines, l'exploitation seigneuriale se manifeste encore par tout un ensemble de redevances, de services et de droits, dont l'accumulation pèse très lourdement sur les populations des cam-
(1) Cest ainsi que sur le domaine royal, les rentes dues par les tenanciers ne s'élèvent souvent qu'à 2 ou 3 sous par journal {Déclarations, de 1678 et années suivantes, Arch. Nal., P 1664 et 1665, passim). Voy. la Déclaration de Pierre Pippaud et consorts, de la paroisse de Sainte-Pazanne, en 1678; pour 300 journaux de terre, ils doivent au domaine une rente de 4 boisseaux de froment et de 8 boisseaux d'avoine, et « 10 sous pour menue coutume qui est à raison de 2 sous 6 deniers par boisseau » {ibid., P 1664, fol. 335). Jean Robard et consorts, pour 50 journaux de terre, doivent une rente de 1 boisseau de froment, 2 boisseaux d'avoine et 2 sous 6 den. t. de petite coutume (ibid,, P 1664, fol. 337).