CHAPITRE III
LE OOBiPLANT
I.e complant ne s'applique qu'aux vignobles du comté nantais. — Caractère du complant. Les obligations du complanteur. — Le colon peut céder le droit de complant ou faire exponre. — Dans quelle mesure est-il propriétaire î
Il est un autre mode de tenure original, qui, comme le domaine congéable, s'est conservé en Bretagne pendant les temps modernes et a même survécu à la Révolution : c'est le complant. On peut aussi, à certains égards, le ranger parmi les modes de location des terres, bien que les droits du complanteur sur sa tenure soient moins précaires que ceux du domanier.
Le complant s'étend sur une région beaucoup moins vaste que le domaine congéable; il n'existe que dans le comté nantais et il s'applique seulement aux vignobles. Le nombre des complanteurs ne semble pas avoir dépassé 10 ou 15.000 <*).
Sur le complant en Bretagne, on ne possède pas de documents très anciens, mais il existait certainement dès le Moyen- Age, comme l'a prouvé M. Roger Grand W. Le Cartulaire de Rays nous le montre, dès le début du XV* siècle, sous sa forme définitive (3). — Très probablement, c'est au désir des
(1) Nous n'avons, d'ailleurs, sur cette question aucune donnée bien précise. A la fin du XIX* siècle, on estimait que le complant ne s'étendait que sur 26 communes de l'arrondissement de Nantes, que, sur les 41.069 hectares, représentant la superficie de ces communes, 3.430 seulement étaient à complant (Auguslin-Delaiande, Rapport fait au nom de la commission nommée par arrêté prélectoral en date du 24 avril 1895 à V effet d'étudier le régime des vignes à complant, Nantes, 1895, pp. 93 et sqq.).
ii) Roger Grand. Le contrat de complant, dans les Positions des thèses de VEcole des Chartes, an. 1898.
(3) Voy., par exemple, un aveu de Jehan Bonier, paroissien de Saint- Cyr-en-Rays, qui, en 1410, déclare « tenir roturièrement et à debvoir de très noble et puissant seigneur Guy, sires de Rays et Blazon... une hommée de vigne, sise ou fé de la meson Perrot Elin..., h cause de laquelle il congneut devoir à mondit seigneur le quart de la vendange et 1 denier de vingnage » {Cartulnire de Rays, n» cccxx, Arch, histor. du Poitou, t. XXX, p. 481;. Cf. ibid., n» cccxxii, pp. 483-484.