‹ Les classes sociales: analyse de la vie socialeChapitre 12 sur 21 · POSSIDILITÉ DUNE SCIENCE SOCIALE · texte numérisé non relu

POSSIDILITÉ DUNE SCIENCE SOCIALE

autorités et que de plus elle ait l'avantage — si elle était reconnue vraie — de faciliter rétablissement de la science sociale, elle ne semble pas à Tépreuve d'une observation faite sans prévention.

« Le vulgaire, dit A. Comte, attribue à Thommesu- « périeur une action sociale dont il n'a pu ôtre que « l'heureux organe ))(!). Onnepeut proclamer d'une façon plus nette et plus ferme l'impuissance des grands hommes. Et cependant cette assertion n'est-elle pas manifestement contraire aux faits ? Comment ! Napoléon aurait ressemblé à l'aiguille qui marque l'heure sur le cadran d'une horloge, mais dont les mouvements sont réglés par les rouages et les poids cachés à l'intérieur ! Et si ce génie n'avait pas existé, un autre se serait révélé et aurait pu manifester avec le môme éclat la puissance des forces révolutionnaires ? Mais c'est là une hypothèse dont la preuve incombe à ses défenseurs.

Elle est du reste plus que gratuite, elle est invraisemblable. Les victoires paraissent en effet rapportées à bon droit à l'habileté des généraux, puisque la même armée se comporte d'une manière toute différente suivant le mérite de ses chefs.

Des remarques analogues s'appliquent à toutes les formes du génie, aux poètes, aux savants, aux artistes. Un autre que Dante était-il capable de composer la Divine Comédie ? Qui pouvait tenir la place de Shakespeare dans l'art dramatique ? La vaccine serait-elle découverte sans Jenner ou le remède contre la rage sans Pasteur ? Les partisans de la théorie soutiennent qu'il y a, dans les sociétés comme au théâtre, une « doublure » toujours prête pour prendre le rôle du principal acteur empêché. Si ce n'est pas là un retour déguisé à la Providence qui veillerait à la bonne exé-

(1) Cours de Philosophie Positive, T. IV, p. 322.

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cotion du drame Birrié à ravanc-?. c^est le résultat d'ane illusioD d'or.Jre psjcho'oirîque. Les besogne s ordinaires peufent être accompurrs i-ar dfs travailleurs con*i<riencieux. Mais les travaux suf»^rîeurs, les progrès nécessitent l'apparition dinielligences poissantes et de volontés énergiques, dont la forc:? — favorisée par des circor.r-lances multipl^-s — ait reçu tout son dév^-loppement. Tout IVns^mble des faits historiques tend à prouver linfiuence des grands bommes sur le cours des événements. Sans rinl«:Tv»?ntion de ces esprits supérieurs, des chanj:em»*nls importants ne se seraient point produits dans l^s ditiérents ordres de faii.^ sociaux, et la marche de la société s>n serait trouvée retardée ou plutôt déviée. D'où cette conséquenc*i inévitable. que les changements produits paria libre initiative des hommes de génie ne sont point susceptibles de prévision sci»'ntifique.

Ainsi la première conclusion à laquelle on arrive est négativ»*. 11 y a une part de contingence dans les événements historiques : ou, si Ton rejette la lib«^rté, le déterminisme qui préside aux résolutions des grands bommes ou des simples détenteurs du pouvoir est si complexe, formé par la rencontre de tant de conditions diverses et obscures, qu'il échappe aux règles et aux formules de la science. Cependant cette conclusion ne doit pas être décourageante, puisqu'on la retrouve autre part et que malgré cela elle n'a pas empêché les sciences de se constituer.

Ni rhumanité, ni les individus ne se prêtent aux exigences scientifiques. Que reste-t-il donc comme matière propre delà science ?D'un mot on peut répondre: les classes sociales, déterminées par la nature des occupations.

Les groupes ainsi formés se composent d'unités semblables ; car c'est la profession qui marque chaque

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