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iinm sur un mOme territoire facilite les relations, ef, comme les usages suivis dans la capitale sont mieux connus, ils se répandent de plus en plus, grâce à la tendance naturelle à imiter ce que Ton admire. Alors même que des dillérences subsistent, elles deviennent moins choquantes parée qu'on se familiarise avec tdles. — Les mœurs tendent ainsi à s'uniformiser, et, à mesure que cette uniformité se développe, les hommes prennent une conscience plus vive de leur union.
Traditions, (juant aux traditions, aux œuvres poétiques et aux créations de l'art, elles ne deviennent des éléments d'union qu'avec le temps, lorsqu'elles sont dépouillées de tous les souvenirs pénibles qui rappelleraient d'anciennes rivalités, des luttes, des défaites, des violences, des servitudes, des spoliations. Mais, pour que cette épuration se produisait faut que les motifs de haine disparaissent et que les populations vaincues ne soient pas toujours maintenues sous un joug aussi dur. — Sinon, elles conservent pendant de longues générations le souvenir de leur grandeur. Des légendes se forment, qui se transmettent toujours embellies par des imaginations éprises du passé ; des poésies lyriques circulent plus ou moins secrètement, qui entretiennent, comme une précieuse étincelle, l'idée de l'indépendance et l'espoir de la résurrection. — A Sparte, où l'aristocratie Dorienne avait l'orgueil de Tisolement, les Messéniens gardaient fidèlement le souvenir de leurs luttes glorieuses et étaient toujours prêts à ressaisir leur indépendance. L'exemple le plus marqué est fourni par les Hébreux, (jui transplantés à l^abylone, puis chassés de leur pays et disséminés dans toutes les contrées du monde, ont conservé, à travers les siècles, leurs antiques traditions et ont maintenu malgré les distances l'unité de leur foi et de leurs espérances.
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Mais celte opposilioii persistante avec le milieu est un cas exceptionnel. Ou bien les revendications aboutissent, et l'union obtenue par la force se brise par la force ; ou bien les efforts sont inutiles, et peu à peu, par lassitude et par intérêt, l'apaisement se fait. Les distinctionsentrepopulationsd'orig'ine différente s'effacent, des relations de toute nature s'établissent, des mélanges se font par les ventes et achats de propriétés et surtout parles mariages. La communauté, réalisée d'abord par la contrainte ettoutexlericure.se fait dans les esprits et dans lescicurs. Les traditions deviennent alors complices des changements d'idées et de sentiments. Elles célèbrent encore l'héroïsme de la résistance, mais glorifient surtout le mérite du vainqueur ; elles jettent un voile sur les violences, les cruautés et les injustices pour mettre en lumière les services rendus par la conquête. Ou plutôt tout ce passé est d'un commun accord rejeté dans l'ombre, et les traditions nationales ne commencent qu'à partir de la formation du nouvel Ltat.
Les œuvres littéraires deviennent l'expression de la Société et, si par certains caractères généraux elles dépassent les limites d'un temps et d'un pays, elles ne sont pleinement goûtées que de la Société à laquelle elles étaient destinées. Ainsi la comédie Aristophanesque n'était possible qu'à Athènes, et les tragédies grecques, transplantées à Rome, n'y ont jamais eu autant de succès que les spectacles de gladiateui's. De même pour les arts. Les passionnés de sculpture grecque ne manquent point. Mais si les artistes niodcnies sont capables d'apprécier les formes plastiques de l'Apollon du Belvédère, qui donc parmi eux pourrait se vanter d'éprouver quehjue chose de, l'état d'àme d'un Hellène, venant de loin consulter l'oracle de Delphes, et qui, proslern('' devant la statue du Dieu, attendait d;iTis l'angoisse la réj)onse de la Pythonisse, que le souffle divin agitait sur son trépied?
Los arls, les poèmes et les traditions, qui sont pour des étrangers des choses mortes, vivent pour les contemporains et les nationaux. Us entretiennent des idées et des sentiments communs et contribuent ainsi à resserrer les liens qui unissent les membres de la Cité.
En résumé, une société se compose de classes formées de tous les membres qui ont le mCmie genre d'occupations. Chacune est caractérisée par un ensemble d'idées, de sentiments et d'habitudes qui constituent la personnalité du Type correspondant, ou du moins le noyau de cette personnalité. Autour de cette partie centrale et résistante se forment des couches concentriques plus ou moins épaisses suivant les classes, mais dans toutes, de mime nature. Ces couches, formées d'un apport nouveau d'idées et de sentiments, viennent de la communauté du territoire, de la langue, de la race, de la religion, des lois, des manirs, des traditions, des œuvres littéraires et artistiques. Enfin c'est la réunion de ces traits communs qui donne à un l']tat sa physionomie spéciale et qui lui communique, non pas une âme substance, mais une sorte de personnalité et de vie mentale, vie bien réelle, mais mobile, fuyante et qui parait se refuser à être emprisonnée dans de rigoureuses formules.
IteIatioii<» Etrang'èrcs
Une des règles de Descartes — règle que nous nous sommes appropriée — est de faire partout « des dénombrements entiers et des revues générales » pour éviter de rien omettre.
Si on applique cette recommandation aux diverses iniluenci's, (jui s'exercent sur les classes sociales, pour introduire dans leur nature des modihcations déterminées, on trouve: l'ics inlluences que les membres d'une
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môme classe exercent les ims sur les autres par leurs actions et réactions mutuelles ; 2' les influences qui naissent de l'action des autres classes, mais appartenant à une même société; 3" les influences qui viennent du passé, des mœurs, des lois, des traditions, des lettres, des sciences^ des arts..; 4° les influences qui dérivent du sol et du climat. A ces influences, qui ont été signalées auparavant, il ne reste plus, pour être complet, qu'à rattacher les influences étrangères — influences qui, pour avoir besoin de franchir les limites des Etats, n'en sont pas moins réelles.
Dans un pays qui vit dans l'isolement, les différentes classes de la société finissent souvent, en vertu de la loi d'adaptation, par s'harmoniser entre elles, de sorte que chacune se renferme dans sa fonction sans avoir le désir et presque l'idée d'en sortir. La société se maintient alors dans une sorte d'équilibre qui se consoliderait avec le temps, si aucune cause perturbatrice ne venait rompre cette immobilité. Une des causes les plus puissantes qui vienne agir sur elle, est l'action venue du dehors. Cette action de l'étranger stimule la société au progrès, provoque sa rivalité, entraîne son adhésion à des réformes, lui impose des changements par la contrainte, ou lui permet une expansion nouvelle : d'une façon générale, elle devient un ferment de transformation.
Il n'est pas besoin d'une observation bien profonde |)our constater bi réalité de pareilles influences. — (ju'on pi'eniic un ixMipIc ([Uflconque (mf'dliodc de concordance), et on trouvera toujours que son développement n'est pas le produit exclusif de forces internes. Il ne ressemble pas à ces monades de l.eibnitz qui n'ont point de fenêtres sur le (lelir)rs, ef (jui possèdent en ellesmêmes toutes les qnalilés ni'cessaires à leur évolution complète. Toujours à quel(|ne moment de son histoire
pénètrent en lui des éléments étrangers qni apportent des vues, des idées, des aspirations nouvells. Les armes de guerre se modifient, les outils se perfectionnent, les communications se multiplient, les besoins deviennent plus exigeants, les croyances religieuses perdent de leur intransigeance, les coutumes s'observent avec moins de rigueur, les lois sont dépouillées de leur caractère sacré ; on envisage la possibilité du changement, bien plus on le désire, et, quand ce désir a prisa la faveur des circonstances une force suffisante, on s'efforce de le réaliser. Ainsi les Romains ont été les promoteurs de la civilisation gauloise, mais euxmêmes s'étaient formés à l'école de la Grèce : les Grecs à leur tour avaient reçu l'étincelle des Phéniciens ; ceux-ci l'avaient empruntée à l'Egypte, qui sans doute la tiait de l'Inde. Et, si les annales de l'humanité remontaient avec certitude plus haut, on trouverait selon toute probabilité que cette étincelle de civilisation — semblable en cela à l'étincelle électrique — a jailli du choc ou de la rencontre de sociétés diverses.
Pour constater la réalité de ces inlhiences étrangères par la méthode de dilTérence, il suffit de considérer un peuple quelconque et de suivre les ditlerentes phases de son histoire. Si beaucoup de changements peuvent être rapportés à l'initiative du peuple lui-même, il en est d'autres qui ont certainement une cause externe. Ainsi les Romains empruntèrent aux Etrusques leur science augurale. Plus tard ils se mirent ouvertement àrécoledela Grèce, et leur littérature, leur poésie, leurs beaux-arts furent pour la meilleure partie une imitation grecque. — Dans les choses de la guerre, où pourtant ils excellaient, les Romains n'ont pas réalisé tous leurs progrès {)ar les seules forces de leur génie. Mais il n'ont pas hésité, toutes les fois qu'ils le jugeaient avantageux, de faire des emprunts aux peu-