‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 100 sur 180 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

A mon sens , l’une des vives douleurs que l’on puisse sentir, c’est de cesser de manger quand on a encore faim , c’est de poser la fourchette et le couteau quand l’estomac exige encore. Il n’y a qu’une chose qui puisse faire cesser cette douleur : c’est de boire plusieurs verres de vieux vin , léger , pétillant , sans mousse , mêlés à quelques fragments d’une croûte bien cuite et cassante. Vous détournez ainsi la sensation restante de la faim, vous la tuez en réveillant tout le moral; en échange d’une privation instantanée , vous retrouvez vos facultés. Que de bien-aise, que de joies vous vous donnez! qué de facilités vous offrez à votre estomac chancelant ! Grâce à ces palliatifs , vous avez encore l’ardeur de la jeunesse , vous sentez encore en vous tous les parfums du dîner que l’appétit apaisé et non assouvi vient colorer, et vous n’avez pas ces pesanteurs, l’éclipse de l’intelligence, pendant trois heures : vous êtes assez surexcité , et vous êtes resté vous-même , vous tout intellectuel , capable de prendre la plume en quittant la table , et de retrouver des pensées. Ne croyez pas que la jouissance de la table n’existe que pour les personnes bien portantes : c’est une erreur. Ses jouissances , et les plus intimes peut-être , sont, pour les faibles ; car eux seuls , quand une habile modération les dirige , ont le privilège de garder avec plus d’esprit des sensations excitées par l’abstinence et l’imagination.

Carême mangeait très-peu et ne buvait pas; il parlait fort bien. Brillat-Savarin mangeait copieusement et mal ; il choisissait peu , causait lourdement , sans vivacité dans le regard , et était absorbé à la fin d’un repas.

Carême, en verve, était étincelant et léger. 11 ne buvait au plus qu’un peu de champagne.

Cambacérès mangeait beaucoup et des aliments lourds. Son esprit ,

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