‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 112 sur 180 · QUELQUES PRÉCEPTES SAGES · texte numérisé non relu

QUELQUES PRÉCEPTES SAGES

Le poème du Jardin , du Potager et du Verger est rempli de détails ravissants. Ces beaux vers de M. de Fontanes , si gracieux et si

élégants, remontent à sa jeunesse ; il les a retouchés dans toute la pureté de son goût, et lorsqu’il a quitté définitivement les grandes places pour cette vie sans faste mais soignée de la retraite. Ses corrections sont exquises ; lorsque les premiers vers de l’ancien président du Corps Législatif nous reviennent à la mémoire , nous le remercions par la pensée de tout ce qu’il a fait dans les nouveaux pour embellir ce sujet charmant qui a toutes les sympathies du sage. — Nous citerons quelques fragments du bel ouvrage de M. de Fontanes, doat la bienveillance est pour nous un si doux souvenir, et nous les citerons en reproduisant, après plus de quarante ans, deux poèmes de ce genre par AL Lalanne dont M. de Fontanes a signalé lui- même les beautés dans le Mercure de France. Ces derniers vers étaient presque oubliés; et il a fallu que notre voix allât rechercher dans une petite ville des Pyrénées l’autorisation de Al. Lalanne, qui, après avoir écrit facilement ces deux petits poèmes pleins de charme , n’a pas voulu aller plus loin et s’est arrêté à trente pages de vers.

Tous les poèmes de M. de Fontanes, tous ses écrits d’élite en prose ont été réunis par un critique supérieur , Al. de Sainte-Beuve, dans une belle édition en deux volumes in-8°. On lui donnera une place dans les bibliothèques les plus sévèrement choisies; car, comme poète et comme prosateur, M. de Fontanes a été un des modèles modernes les plus achevés.

Nous commencerons par quelques vers du Jardin. Ce langage, ces charmants détails profitent à tous les esprits.

Le terrain est choisi : vous l’ornerez sans art.

Dans le hameau voisin s’offriront au hasard Mille décorateurs de votre enclos rustique ;

Des artistes fameux dédaignez la critique.

Le manœuvre , en vos champs nourri dès le berceau ,

Sait élever la plante, aligner l’arbrisseau;

Prête aux buveurs l’abri d’un plane ou d’une treille ,

A côté du parterre ouvre un toit à l’abeille ,

Dirige une eau féconde , et , par des soins constants,

Charge de fruits l’automne, et de fleurs le printemps.

Eh bien ! il trace alors une image fidèle Du jardin dont Virgile esquissa le modèle.

C’en est assez pour vous , car vos champêtres dieux D’un éclat étranger ne sont point envieux.

Vous ne chercherez point sous les brûlants tropiques Ces arbres ignorés des poètes antiques ;

Et qu’avez-vous besoin que des champs du Midi Une nouvelle Flore , au pinceau plus hardi ,

Vienne orner à grands frais vos humbles avenues

LE POTAGER

D’un luxe de couleurs dans nos champs inconnues? La flore de l’Europe est-elle sans appas ?

C’est aux champs paternels, où s’égarent vos pas, Que de ses plus beaux dons la nature dispose ,

Elle nous accorda Philomèle et la rose.

LE POTAGER

Du solitaire enclos par le sage habité La première parure est la fertilité ;

Avant de plaire aux yeux , il faut qu’il vous nourrisse. Irez-vous, de l’usage écoutant le caprice,

Bannir loin du regard , par d’injustes dédains ,

Les dons du potager, vrai luxe des jardins ?

Le bon Alcinoüs en gémirait sans doute.

Un héros que Pallas conduisait dans sa route Et dont la Grèce entière écoutait le conseil ,

Ce voyageur qu’aima la fille du Soleil ,

Ulysse est ébloui par la pompe soudaine De quatre arpents féconds qu’arrose une fontaine.

O jours du premier âge ! ô vénérables mœurs !

Osez donc , en dépit de nos fausses grandeurs ,

Du potager modeste anoblir la roture.

■'Le riche, dédaignant une utile culture ,

N’a que les vains plaisirs de l’orgueil satisfait ;

Ah ! le jardin du pauvre est seul riche en effet.

Quand sur l’aride sein des plaines déjà nues L’automne redescend , couvert d’épaisses nues ,

Et de ses noirs brouillards verse l’humidité Au sol qu’avaient durci les chaleurs de l’été , Jardinier, hâte-toi : la terre complaisante Alors s’ouvre sans peine à la bêche pesante :

Creuse et tourne vingt fois , creuse et retourne encor L’espace où de tes plants doit germer le trésor.

Détruis avec le fer, et le gazon rebelle

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