APHORISMES DE L’ÉCOLE DE SALERNE
venons donc aux sujets sérieux et voyons ce qu’il faut faire pour vivre cent années :
Surge quinta , prande nona,
Cœna quinta, dormi nona ,
Nec est morti vita prona.
Lever à cinq, dîner à neuf,
Souper à cinq, coucher à neuf,
Feront vivre nonante-neuf.
Une amélioration introduite au temps de François icr nous garantit lacentaine.
Lever à six , dîner à dix,
Souper à six , coucher à dix ,
Vous feront vivre dix fois dix.
Rapprochons de cette sentence l’aphorisme 86 , sur le temps du sommeil :
Sex horis dormire sat est juvenique senique ,
Septem vix pigro ; nulli concedirnus octo.
Le savant Pougens ajoute après cette maxime : « Le sommeil est le silence des sens et des mouvements volontaires. » — Rien de mieux, mais puisqu’il faut rester au lit de neuf heures à cinq du malin , que faire des deux heures pendant lesquelles le sommeil n’est pas permis? Demandez à Jean de Milan : c’est le temps consacré au sens génésique.
Pour le gourmand retiré dans son gîte solitaire , un autre Jean conseille la méditation..., gastronomique, s’entend : car que faire en un gîte, à moins que t’ on ne songe?
L’aphorisme 72, consacré aux figues, rend à ces fruits délicieux une entière justice ; il met en évidence leur propriété , doucement laxative , lénitive , déplétive, maturative, apéritive, attractive surtout; puis il termine par un trait qui nous paraît avoir inspiré l’inventeur du spécifique unique destiné à
Rendre les maris aimables
Et guérir les chiens galeux.
Qu’on en juge d’ailleurs :
Pedicqlos veneremque vocat, sed cuilibet obstat.
Elle (la figue) produit des poux et un amour extrême;
Mais ell les guérit de même.
Il faut le reconnaître , l’école de Salerne est plus disposée à traiter du régime alimentaire que de la médecine , elle est alors plus dans
l’école de saleune.
son sujet et mieux informée : nous avons vu toute la supériorité de ses jugements sur les qualités des vins, du café, des viandes, des légumes , du dessert , du fromage surtout. — Mais que pense-t-elle des sauces? — Elle les veut de haut goût :
Salvia, sal, vinum , piper , allia, petroselinum ,
Ex his fitsalsa, nisi sit commixtio fa Isa.
Vous ferez une bonne sauce Avec sauge, persil, ail, poivre, sel et vin;
Si leur combinaison n’est fausse,
Cet assaisonnement rend un ragoût fort sain.
Nous n’en finirions pas , si nous voulions citer tous les passages d’où ressortent la sagesse et la science profonde de l’école de Salerne! Qu’il nous suffise d’avoir rappelé le livre aux connaisseurs , en leur faisant goûter la quintessence de ses maximes. Nous les renvoyons d’ailleurs pour certains aphorismes à des traducteurs plus habiles : que Jean de Domfront se charge d’expliquer et de commenter Jean de Milan pour que les choses se passent en famille , dans les préceptes suivants :
Post pira da potum, post pomum vade cacatum.
Et plus loin
Mingere cum bumbis res est saluberrima lumbis.
On pourrait s’étonner peut-être de trouver tant de science dans la tête d’un seul homme ; il faut, pour ne pas décourager les savants de notre époque , rappeler ici que Jean de Milan fut aidé dans son œuvre et qu’elle ne vit le jour qu’après avoir été retouchée par l’école de Salerne tout entière :
Angloram régi scribit schola tota Salerai.
Tel est le premier vers du premier aphorisme.
En résumé, ceux qui liront l’école de Salerne y trouveront à s’instruire souvent , à s’égayer parfois. — Les gourmands , nos chers gourmands, s’y fortifieront dans les bons principes. C’est là qu’ils doivent apprendre à connaître la vraie médecine et les vrais médecins!!