VARIETES HISTORIQUES
que , cogenda mens, ut incipiat : on a recours alors à des stimulants plus ou moins directs sur le cerveau.
Ces stimulants de l’érection mentale se partagent en deux classes bien distinctes , les stimulants physiques et les stimulants moraux. Leur but est le même , aviver la pensée ; mais leurs résultats sur l’économie sont souvent bien différents. Le café, le vin, les liqueurs alcooliques, le tabac, l’opium même, voilà les excitants physiques les plus employés. Turgot ne travaillait bien que quand il avait largement dîné. Addison parle d’un avocat qui ne plaidait jamais sans avoir dans sa main un bout de ficelle, dont il serrait fortement un de ses pouces pendant tout le temps que durait son plaidoyer. Les plaisants disaient que c’était là, en effet, le fil de son discours. Le docteur Chapman rapporte qu’un avocat célèbre de Londres se faisait appliquer un vésicatoire au bras, chaque fois qu’il avait une affaire importante à plaider. Il a déjà été question du café précédemment, de ses attraits et de ses dangers pour quiconque pense et médite. On connaît aussi l’anathème lancé par les poètes sur les pâles buveurs d’eau , ces maudits d’Apollon. « Si la pensée, dit Sheridan, est lente à venir, un verre de bon vin la stimule; et quand elle est venue, un verre de bon vin la récompense. » Fort bien ; mais à force de stimuler et de récompenser, il est à craindre qu’on ne contracte de funestes habitudes. Sheridan lui-même en était un assez triste exemple. L’ivresse est considérée, par Hofmann le conteur, sous un autre rapport. « Ce n’est pas , dit-il , que l’on conçoive alors des pensées plus sublimes ; mais je suis tenté de comparer cet état à une roue de moulin qu’une rivière gonflée fait tourner plus vite : ainsi les flots de vin poussent avec plus de violence les rouages intérieurs. » Sans contredit; mais ces rouages, poussés avec violence, sont bientôt usés et rompus. Penseurs , amis du travail, n’en croyez pas les poètes, écoutez les médecins