UN GRIMOD DE LA REYNIERE
« La famille de finance la plus renommée pour ses prétentions et » ses petites recherches gastronomiques était celle de La Reynière ; » je vous en rapporterai seulement une historiette, et c’est parce que » je ne l’ai vue citée nulle part.
» Le père de La Reynière, qui revenait d’une inspection financière, » entre dans une auberge de village, et s’en va bien vite à la cui- » sine afin d’y faire quelque bonne remarque et pour y procéder » à l’organisation de son souper. Il y voit devant le feu sept dindes à » la même broche , et pourtant l’aubergiste n’avait à lui donner, di- » sait-il , que des fèves au lard. — Mais toutes ces dindes? — Elles » sont retenues par un monsieur de Paris. — Un monsieur tout seul? » — Il est tout seul comme l’as de pique. — Mais c’est un Gargan- » tua comme on n’en vit jamais, enseignez -moi donc sa chambre...
» Il y trouva son fils, qui s’en allait en Suisse. — - Comment donc ,
VARIETES. — LADY MOATAGLE.
» c’est vous qui faites embrocher sept dindes pour votre souper? — » Monsieur, lui répondit son aimable enfant, je comprends que vous » soyez péniblement affecté de me voir manifester des sentiments si » vulgaires et si peu conformes à la distinction de ma naissance ; mais » je n’avais pas le choix des aliments , il n’y avait que cela dans la » maison. — Parbleu ! je ne vous reproche pas de manger de la dinde « à défaut de poularde : en voyage on est bien obligé de manger ce •> qu’on trouve ; c’est une épreuve à supporter, et je viens d’en avoir » de rudes! Mais la chose qui m’étonne est ce nombre de sept, et » pour quoi donc faire ? — Monsieur, je vous avais ouï dire assez sou- » vent qu’il n’y a presque rien de bon dans une grosse dinde , et je » n’en voulais manger que les sot-l’y-laisse.
» — Ceci , répliqua son père est un peu dispendieux ( pour un » jeune homme), mais je ne saurais dire que cela soit déraisonnable ! »