VARIETES. — LADY MON T AG LE
pouvaient pas toujours convaincre , ni sa réputation littéraire intimider. Cette réputation n’avait pas encore reçu l’attaque violente que le docteur Johnson dirigea contre elle dans la suite, lorsque , si nous en croyons son biographe Boswell , il traita avec une extrême irrévérence son Essai sur Shakspeare. Malgré les défauts et les faiblesses que j’ai indiquées, mislress Montague possédait une mâle intelligence, éclairée , cultivée et étendue par la connaissance des hommes et des livres. Un grand nombre des plus illustres personnages , par leur rang ou par les talents, dans les règnes de Georges II et Georges III, ont été ses correspondants, ses amis et ses admirateurs. De ce nombre étaient Pultency, comte de Bath, dont le portrait était sur la cheminée de son salon , et Georges, le premier lord Lyttlelon , si recommandable par son génie. Elle était toujours entourée par ceux que distinguaient leur qualité ou leurs talents, hommes ou femmes, Anglais ou étrangers, et je serais presque ingrat si je ne reconnaissais pas les avantages que j’ai retirés de leur conversation et de leur société.
Quoique mistress Montague occupât la première place parmi les beaux esprits à cette époque , on ne manquait pas de personnes qui aspirassent à une telle distinction. On peut dire que mistress Vesey tenait le second rang. Différant de mademoiselle de Lespinasse , qui , dans Paris , éleva un étendard littéraire séparément de madame du Deffant, mistress Yesey n’aspirait qu’à suivre à une humble distance les brillantes traces de mistress Montague. La première semblait plutôt désirer de rassembler chez elle ou à sa table des personnes célèbres ou habiles que de prétendre se mettre elle-même du nombre. Quoiqu’elle ne fût pas logée avec autant de magnificence que mistress Montague, cependant elle recevait de la société , mais avec moins de formes et d’ostentation. Les repas de mistress Yesey étaient mieux choisis et plus délicats. Plus âgée que mistress Montague , elle n’avait point de manières brillantes et ne recherchait pas les ornements de la toilette. La simplicité et une sorte d’inattention aux choses qui se passaient sous ses yeux la caractérisaient. On aurait pu dire qu’en fait d’absence d’esprit elle égalait presque le duc de Brancas, chambellan d’Anne d’Autriche, à l’égard de cette violation continuelle des règles sociales les plus communes , dont madame de Sévigné nous a laissé des anecdotes si amusantes. Mistress Vesey poussait quelquefois ses distractions jusqu’à se ressouvenir à peine de son propre nom. A peine croira-t-on qu’elle déclama un jour contre les seconds mariages en s’adressant à une dame de qualité qui avait été deux fois mariée, et quoique M. Vesey fût son second époux. Quand enfin la dame lui en fit l’observation, elle s’écria seulement : « Ah ! mon Dieu! ma chère, je l’avais tout à fait oublié. » Il y avait réellement quelque faiblesse d’esprit dans un tel défaut de mémoire. Sa belle-sœur, qui habitait la même maison, formait avec
liN DINER CHEZ M. LE COMTE DE SÉGUR.
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elle un parfait contraste , tant au moral qu’au physique : elle surveillait tous les détails domestiques. D’après leurs figures et leurs qualités contraires, on appelait l’une le corps , l’autre Y esprit.
Un homme d’état anglais.