‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 25 sur 180 · DES HALTES DE CHASSE · texte numérisé non relu

DES HALTES DE CHASSE

64. — De toutes les circonstances de la vie où le manger est compté pour quelque chose, une des plus agréables est sans doute la halte de chasse ; et de tous les enlr’actes connus , c’est encore la halte de chasse qui peut le plus se prolonger sans ennui.

MEDITATION XIV

Après quelques heures d’exercice , le chasseur le plus vigoureux sent qu’il a besoin de repos; son visage a été caressé par la brise du matin ; l’adresse ne lui a pas manqué dans l’occasion ; le soleil est près d’atteindre le plus haut de son cours; le chasseur va donc s’arrêter quelques heures, non par excès de fatigue, mais par cette impulsion d’instinct qui nous avertit que notre activité ne peut pas être indéfinie.

Un ombrage l’attire ; le gazon le reçoit , et le murmure de la source voisine l’invite à y déposer le flacon destiné à le désaltérer *.

Ainsi placé , il sort avec un plaisir tranquille les petits pains à croûte dorée, dévoile le poulet froid qu’une main amie a placé dans son sac, et pose tout auprès le carré de gruyère ou de roquefort destiné à figurer tout un dessert.

Pendant qu’il se prépare ainsi , le chasseur n’est pas seul , il est accompagné de l’animal fidèle que le ciel a créé pour lui : le chien accroupi regarde son maître avec amour ; la coopération a comblé les distances; ce sont deux amis, et le serviteur est à la fois heureux et fier d’être le convive de son maître.

Us ont un appétit également inconnu aux mondains et aux dévots ; aux premiers , parce qu’ils ne laissent point à la faim le temps d’arriver ; aux autres, parce qu’ils ne se livrent jamais aux exercices qui le font naître.

Le repas a été consommé avec délices ; chacun a eu sa part ; tout s’est passé dans l’ordre et la paix. Pourquoi ne donnerait-on pas quelques instants au sommeil? l’heure de midi est aussi une heure de repos pour toute la création.

Ces plaisirs sont décuplés si plusieurs amis les partagent ; car, en ce cas, un repas plus copieux a été apporté dans ces cantines militaires, maintenant employées à de plus doux usages. On cause avec enjouement des prouesses de l’un , des solécismes de l’autre , et des espérances de l’après-midi.

Que sera-ce donc si des serviteurs attentifs arrivent chargés de ces vases consacrés à Bacchus , où un froid artificiel fait glacer à la fois le madère, le suc de la fraise et de l’ananas, liqueurs délicieuses , préparations divines qui font couler dans les veines une fraîcheur ravissante , et portent dans tous les sens un bien-être inconnu aux profanes 1 2 !

1 J’invite les camarades à préférer le vin blanc ; il ré.dste mieux au mouvement et à la chaleur, et désaltère plus agréablement.

‘ 2 C’est mon ami Alexandre Delessert qui, le premier, a mis en usage cette pratique pleine de charmes.

Nous chassions, à Villeneuve, par un soleil ardent, le thermomètre de Réaumur marquant 26° à l’ombre.

Ainsi placés sous la zone torride, il avait eu l’attention de faire trouver sous

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