DE LA DIGESTION
gage le chyle , qui est absorbé par les organes destinés à cet usage , et qui est porté vers le foie pour s’y mêler au sang, qu’il rafraîchit en réparant les pertes causées par l’absorption des organes vitaux et par l’exhalation transpiratoire.
Il est assez difficile d’expliquer comment le chyle, qui est une liqueur blanche et à peu près insipide et inodore , petit s’extraire d’une masse dont la couleur, l’odeur et le goût doivent être très-prononcés.
Quoi qu’il en soit , l’extraction du chyle paraît être le véritable but de la digestion; et aussitôt qu’il est mêlé à la circulation, l’individu en est averti par une augmentation de force vitale et par une conviction intime que ses pertes sont réparées.
La digestion des liquides est bien moins compliquée que celle des aliments solides , et peut s’exposer en peu de mots.
La partie alimentaire qui se trouve suspendue se sépare , se joint au chyle , et en subit toutes les vicissitudes.
La partie purement liquide est absorbée par les suçoirs de l’estomac et jetée dans la circulation : de là elle est portée par les artères éinulgentes vers les reins, qui la filtrent et l’élaborent, et, au moyen des uretères *, la font parvenir dans la vessie sous la forme d’urine.
Arrivée à ce dernier récipient , et quoique également retenue par un sphincter, l’urine y réside peu ; son action excitante fait naître le besoin ; et bientôt une constriction volontaire la rend à la lumière et la fait jaillir par les canaux d’irrigation que tout le monde connaît et qu’on est convenu de ne jamais nommer.
La digestion dure plus ou moins de temps , suivant la disposition particulière des individus. Cependant on peut lui donner un terme moyen de sept heures , savoir : un peu plus de trois heures pour l’estomac, et le surplus pour le trajet jusqu’au rectum.
Au moyen de cet exposé , que j’ai extrait des meilleurs auteurs , et que j’ai convenablement dégagé des aridités anatomiques et des abstractions de la science , mes lecteurs pourront désormais assez bien juger de l’endroit où doit se trouver le dernier repas qu’ils auront pris, savoir : pendant les trois premières heures, dans l’estomac; plus tard, dans le trajet intestinal; et, après sept ou huit heures, dans le rectum , en attendant son tour d’expulsion.
69. influence DE LA digestion. — La digestion est de toutes les opérations corporelles celle qui influe le plus sur l’état moral de l’individu.
Cette assertion ne doit étonner personne , et il est impossible que cela soit autrement.
1 Ces uretères sont deux conduits de la grosseur d’un tuyau de plume à écrire, qui partent de chacun des reins, et aboutissent au col postérieur de la vessie.
MEDITATION XVI
Les principes de la plus simple psychologie nous apprennent que l’âme n’est impressionnée qu’au moyen des organes qui lui sont soumis et qui la mettent en rapport avec les objets extérieurs ; d’où il suit que, quand ces organes sont mal conservés, mal restaurés ou irrités, cet état de dégradation exerce une influence nécessaire sur les sensations , qui sont les moyens intermédiaires et occasionnels des opérations intellectuelles.
Ainsi, la manière habituelle dont la digestion se fait, et surtout se termine , nous rend habituellement tristes , gais, taciturnes , parleurs, moroses ou mélancoliques, sans que nous nous en doutions, et surtout sans que nous puissions nous y refuser.
« Hâtons-nous, disait un général anglais, de faire battre nos soldats » pendant qu’ils ont oncore le morceau de bœuf dans l’estomac. »
La digestion, chez les jeunes gens , est souvent accompagnée d’un léger frisson , et chez les vieillards d’une assez forte envie de dormir.
Quelques personnes ont de l’humeur pendant tout le temps qu’elles digèrent ; ce n’est le temps alors ni de leur présenter des projets ni de leur demander des grâces.
De ce nombre était spécialement le maréchal Augereau ; pendant la première heure après son dîner, il tuait tout, amis et ennemis.
Je lui ai entendu dire un jour qu’il y avait dans l’armée deux personnes que le général en chef était toujours maître de faire fusiller, savoir : le commissaire ordonnateur en chef et le chef de son état-major. Ils étaient présents l’un et l’autre ; le général Chérin répondit en câlinant, mais avec esprit; l’ordonnateur ne répondit rien, mais il n’en pensa probablement pas moins.
J’étais à cette époque attaché à son état-major, et mon couvert était toujours mis à sa table ; mais j’y venais rarement, par la crainte de ces bourrasques périodiques: j’avais peur que, sur un mot, il ne m’envoyât digérer en prison.
Je l’ai souvent rencontré depuis à Paris ; et , comme il me témoignait obligeamment le regret de ne m’avoir pas vu plus souvent , je ne lui en dissimulai point la cause ; nous en rîmes ensemble , mais il avoua presque que je n’avais pas eu tout à fait tort.
MÉDITATION XVI
DU IVEPOS.
70. — L’homme n’est pas fait pour jouir d’une activité indéfinie; la nature ne l’a destiné qu’à une existence interrompue ; il faut que ses perceptions finissent après un certain temps. Ce temps d’activité peut