‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 62 sur 180 · LE SECOND SERVICE · texte numérisé non relu

LE SECOND SERVICE

J’ai souvent regretté les asiles pieux Où vivaient noblement ces bons religieux ,

Qui depuis, affranchis de leurs règles austères,

Se sont vus dépouillés par des lois trop sévères :

Il faut bien convenir qu’elles avaient ce droit.

Je vous aimais surtout , enfants de saint Benoît ,

De Cluny, de Saint-Maur, heureux propriétaires; J’admirais vos palais, vos temples et vos terres;

Vos superbes moissons, vos immenses forêts,

Que ne dévastaient point des travaux indiscrets ;

Vos soins réparateurs, la sagesse, le zèle,

Qui rendaient à vos vœux la fortune fidèle.

Je sais qu’on a prouvé que vous aviez grand tort.

Que ne prouve-t-on point quand on est le plus fort ! N’importe , recevez l’hommage de ma Muse.

Un intérêt bien cher doit être mon excuse.

J’avais un bon parent dans votre ordre élevé,

Un oncle que le ciel m’a trop vite enlevé.

Respectable prieur, commandant à ses frères,

Il n’abusa jamais de ses droits temporaires ;

Il aimait les mondains , se plaisait avec eux :

Le monde n’était point un enfer à ses yeux.

J’ai souvent visité son brillant réfectoire.

Là, Cornus triomphant présidait avec gloire;

Là , tous les biens exquis qu’enfante l’univers ,

Les hôtes des forêts , des fleuves et des mers , Recueillis par des mains généreuses , actives , S’unissaient à l’envi pour charmer les convives.

Là, j’ai pu , jeune encore, et brillant de santé ,

Jouir avec délice et sensualité

Retraite du repos , des vertus solitaires ,

Cloîtres majestueux , fortunés monastères,

Je vous ai vus tomber, le cœur gros de soupirs ,

Mais je vous ai gardé d’éternels souvenirs !

S’ilest un rôle noble et bien digne d’envie ,

Un agréable emploi dans le cours de la vie ,

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