LE NOUVEAU DÉMOCRITE
Air : En revenant de Bâle en Sumé.
Amis, dans le siècle où nous sommes, Quand je vois nos graves esprits Gémir sur les erreurs des hommes ,
Je les laisse faire et je dis :
De tout il faut rire ,
L’humeur ne vaut rien; Qu’aurions-nous à dire Si tout allait bien?
Je ris d’un ignorant en plac»
Je ris d’un faquin en crédit Je ris d’un amant à la glace Et d’un sot qui fait l’érudit.
De tout il faut rire , etc.
Je ris de l’avocat morose Qui , tout rempli du droit français , Parce qu’il tient la bonne cause Croit devoir gagner son procès.
De tout il faut rire , etc.
Je ris de ce rimeur étique Qui croit , inimitable auteur,
Fermer la bouche à la critique En faisant dîner le censeur.
De tout il faut rire , etc.
Bis
en
chorus.
CHANSONS
Je ris d’une agnès de village Qui, novice jusqu’à quinze ans,
De Paris faisant le voyage Croit l’être encore bien long-temps.
De tout il faut rire , etc.
Je ris de l’avare qui veille Nuit et jour pour garder son or,
Je ris d’un époux qui sommeille Auprès d’un plus charmant trésor.
De tout il faut rire , etc.
Je ris d’une vieille au cœur tendre, Et d’un adonis édenté ;
Je ris des pleurs que fait répandre Un mélodrame à la Gaîté.
De tout il faut rire , etc.
Quand d’une main je tiens ma coupe , Mon Aglaé de l’autre main;
Des noirs soucis narguant la troupe , Je ris de tout le genre humain.
De tout il faut rire , etc.
Lorsqu’à la fin de ma carrière Les bons vivants m’auront absous, Après avoir ri sur la terre Je descendrai rire dessous.
De tout il faut rire,
L’humeur ne vaut rien; Qu’aurions-nous à dire Si tout allait bien ?
M. Capelle.