‹ Les classiques de la tableChapitre 163 sur 282 · CHANSON A BOIRE · texte numérisé non relu

CHANSON A BOIRE

Aussitôt que la lumière A redoré nos coteaux ,

Je commence ma carrière Par visiter mes tonneaux.

CHANSONS

Ravi de revoir l’Aurore,

Le verre en main je lui dis :

Vois-tu sur la rive maure Plus qu’à mon nez de rubis ?

Le plus grand roi de la terre , Quand je suis dans un repas , S’il me déclarait la guerre Ne m’épouvanterait pas :

A table rien ne m’étonne ;

Et je pense quand je bois,

Si là-haut Jupiter tonne,

Que c’est qu’il a peur de moi.

Si quelque jour , étant ivre , La mort arrêtait mes pas ,

Je ne voudrais pas revivre Pour changer ce doux repas :

Je m’en irais dans l’Averne Faire enivrer Alecton Et bâtir une taverne Dans le manoir de Pluton.

Par ce nectar délectable Les démons étant vaincus ,

Je ferais chanter au diable Les louanges de Bacchus.

J’apaiserais de Tantale La grande altération ,

Et , passant l’onde infernale , Je ferais boire Ixion...

Au bout de ma quarantaine Cent ivrognes m’ont promis De venir la tasse pleine Au gîte où l’on m’aura mis :

Pour me faire une hécatombe Qui signale mon destin ,

Ils arroseront ma tombe De plus de cent brocs de vin.

De marbre ni de porphyre Qu’on ne fasse mon tombeau ,

CHAÏVSOXS.

Pour cercueil je ne désire Que le contour d’un tonneau Et veux qu’on peigne ma trogne Avec ces vers alentour :

Ci-gît le pius grand ivrogne Qui jamais ait vu iejour.

Maître Adam, menuisier de Nevers.

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