LE CABARET
Air : Frère Pierre , à la cuisine.
J’aime le vin et la mine D’un moderne Ramponneau ;
Mais je plains celui qui dîne Chez quelque Midas nouveau ;
Leur caquet Au banquet
Tient Momus en léthargie :
Pour une joyeuse orgie ,
Parlez-moi du cabaret. (Ter.)
Collé, Piron en délire,
Quand Phébus les éclairait , Couraient accorder leur lyre En sablant du vin clairet.
Qui dirait,
Qui croirait
Qu’on vit sept fois la semaine Ces gais soutiens de la scène Chanceler au cabaret ?
CIIANSOIVS.
Dans son étonnante verve ,
Le menuisier de Nevers Unit Bacchus et Minerve Sous un dais de pampres verts Il buvait ,
Il chantait ,
Et courut , ivre de gloire ,
Dans le temple de Mémoire En sortant du cabaret.
Les Muses, qui d’un bon drille Aiment le ton décidé ,
Avaient fait de la Courtille Le Parnasse de Vadé.
Taconnet,
Qu’on connaît ,
Dans la bachique assemblée Y fut proclamé d’emblée L’Apollon du cabaret.
Avec orgueil on calcule Les bienfaits du dieu du vin ; Les fameux exploits d’ Hercule Sont dus au nectar divin :
Quel effet Le vin fait ,
Le buveur, amant des belles, N’est jamais plus épris d’elles Qu’en sortant du cabaret !
On boit sur la rive maure ,
Chez le Turc et le Chinois ;
Du vin vieux on se restaure Jusque chez les Iroquois :
Bien replet ,
On se plaît
A boire en tous lieux du monde Et cette machine ronde N’est qu’un vaste cabaret.
C’est vainement que la Parque Croit rabaisser notre ton ; Portons du vin dans la barque Qui nous conduit chez Pluton :
CHANSONS
Sans regret Du trajet ,
Grisons le dieu de l’Averne ,
Et faisons de sa caverne Notre dernier cabaret.
Moreau.