POUDRE FRIANDE. — RÉUNION GASTRONOMIQUE
Vous prenez parties égales de mousserons, de morilles, de ceps, de champignons de couche, et de truffes; vous les coupez par frag-
1 M. le docteur Vincent Duval , directeur du traitement orthopédique dans les hôpitaux de Paris, chirurgien profond et sûr, et le plus aimable des hommes.
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ments , et vous les faites sécher au soleil ou dans un four. Vous pilez ensuite le tout dans un mortier et vous le passez au tamis.
Cette poudre donnera aux aliments un parfum et un goût admirables , si vous la conservez dans un vase de porcelaine ou dans une boîte hermétiquement fermée.
On la mêle avec les champignons frais, avec les salmis de bécasses, de perdreaux, de grives, de mauviettes, avec le turbot, la morue , la truite, enfin toutes sortes de légumes et de ragoûts.
Dans une réunion d’hommes de lettres et de médecins, présidée par M. le marquis de Cussy , la plupart des convives ne savaient ce qu’on avait mis dans les différents mets qui leur étaient offerts; mais chacun disait à son tour : C’est excellent, c’est délicieux. Les convives étaient au nombre de sept : MM. de Cussy, Jacques Coste, Jules Janin , Loève-Veimars, Frédéric Fayot, Jules Guérin et moi. Voici le-menu de ce petit festin : un potage aux carottes nouvelles; un filet de boeuf sur une purée de champignons parfumée avec la poudre friande; un pâté chaud plein d’écrevisses, de filets de volaille, de crêtes et rognons de coq, exhalant le même parfum : un magnifique turbot, choisi par M. de Cussy lui-même au premier cri de la marée, et cuit dans un court-bouillon , avec une sauce également aromatisée et servie à part ; une poularde fine du Mans , farcie de truffes de Périgueux; une timbale de bécasses de Saint-Mihiel ; enfin une crème à la vanille, et quelques petits plats de dessert.
Le choix des vins était soumis au goût des convives. Ainsi M. Jacques Coste, fidèle Bordelais, buvait du vin de Médoc et trinquait avec M. le docteur Jules Guérin, M. Fayot et M. Loève-Veimars, dont l’estomac un peu affaibli réclamait un vin tonique sans être irritant. M. Jules Janin s’était hautement prononcé pour le champagne frappé de glace (c’est son vin de prédilection) ; il en buvait depuis le potage, et il a voulu le continuer jusqu’au dessert. M. de Cussy s’écriait de temps en temps ; « Messieurs ! point de système exclusif ; ce sont les doctrines exclusives qui ont perdu les philosophes et la politique. Faito§ comme moi, buvez alternativement du château-margaux , du chambertin et du champagne. L’amphitryon nous a promis un flacon de vin de Constance...»
Le lendemain , tous les convives étaient bien portants. Je ne sais s’ils ont conservé le souvenir de cette journée ; je ne l’oublierai de ma vie.