‹ Les classiques de la tableChapitre 230 sur 282 · TRUITE SAUMONÉE AUX TRUFFES. — LA FEMME FRIANDE · texte numérisé non relu

TRUITE SAUMONÉE AUX TRUFFES. — LA FEMME FRIANDE

Après avoir écaillé et vidé une belle truite, vous introduisez dans son corps du beurre frais manié de fuies herbes. Vous la faites ma-

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riner, puis griller, et vous la servez sur un ragoût de truffes assaisonné suivant les règles de l’art. C’est le plat de prédilection de la femme friande.

Elle n’est ni jeune ni vieille, ni grande ni petite. Ses lèvres vermeilles , un peu épaisses , légèrement entr’ouvertes , laissent voir des dents bien rangées et d’un blanc d’ivoire. — Voyez la fraîcheur de son teint , la rondeur de sa taille, son aimable sourire. Elle parle, écoutez. Comme elle est heureuse à table ! comme son œil étincelle de plaisir, à l’aspect de tous ces petits plats habilement dressés! — El!e mange avec intelligence. Elle se réserve pour l’entremets et le dessert. — Voici une truite du plus bel incarnat reposant sur des lames de truffes d’un noir d’ébène; là une de ces jolies primeurs de l’année, un plat de petits pois simplement assaisonnés avec du beurre de Normandie ; — ici un fromage à la crème fourni par une honncle fermière. Quel ravissant mélange de couleurs !

La femme friande savoure ces mets délicats avec d’autant plus de plaisir qu’elle a su d’abord modérer l’élan de son appétit. Et ces gâteaux d’une forme séduisante, enfantés par le petit four, faudra-t-il y renoncer? Non. Mais elle pense au lendemain, elle dit à son estomac : C’est assez pour aujourd’hui. — Voulez-vous prolonger vos jouissances, prenez pour guide la femme friande.

Le cardinal de Belloy , presque aussi friand que la femme friande, mangeait ordinairement deux fois par semaine , le mercredi et le samedi, des filets de saumon assaisonnés de truffes. Le spirituel docteur Gastaldv le savait, et il ne manquait jamais d’aller s’informer, à l’heure du dîner, de la santé de son éminence monseigneur de Paris.

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