THÉ. — SES EFFETS ; — IL APPELLE TOUTE LA SOLLICITUDE DES
Gourmets.
Il y a environ vingt ans , j’éprouvais des symptômes de gravclle. Je soignais alors un malade américain , qui me dit s’être délivré de la gravclle en prenant habituellement du thé. Cette boisson étant assez de mon goût, j’en fis usage dès ce moment, et je pus bientôt reconnaître la vérité du renseignement. Je prends ordinairement le thé à mon déjeuner, qui se compose de quelques tartines de beurre frais
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et de deux bonnes tasses de cette boisson , que je tempère avec une ou deux cuillerées de lait \
* (La diététique appropriée aux maladies produites par les calculs est fort bien tracée dans Y Essai sur la graveüe et ia pierre, publié récemment par M. Ségalas, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. Les hommes d’un rare mérite sont toujours modestes. M. Ségalas appelle essai un écrit qui, à la vérité, n’est point volumineux, mais qui décèle un praticien fort habile, joignant à la délicatesse et à la sûreté de la main une instruction médicale étendue et variée. Manier avec dextérité l’instrument lithotriteur, c’est bien ; mais guérir ou prévenir par un traitement méthodique , par un régime habilement tracé, c’est encore mieux1.)
Le thé que j’emploie, pour moi et mes amis, consiste ordinairement dans un mélange de thé hyson et de thé saotchaon ; pour le rendre plus agréable, j’y ajoute quelquefois un peu de thé pékao à pointes blanches , et toujours un peu de crème et suffisante quantité de sucre.
Kæmpfer fait observer, dans son histoire du Japon, que, parmi les buveurs de thé de ce pays-là, il n’en a trouvé aucun qui fût attaqué de la goutte ou de la pierre.
L’usage du thé est également utile à ceux qui sont chargés d’embonpoint, qui mangent beaucoup et font peu d’exercice. Il apaise les vapeurs nuisibles du vin , dissipe les pesanteurs d’estomac , et ce sentiment de plénitude que produit une digestion laborieuse.
Le feuillage chinois, par un plus doux succès,
De nos dîners tardifs corrige les excès;
Et, faisant chaque soir sa ronde accoutumée,
D’une chère indigeste apaise la fumée.
C’est, sans contredit, une boisson salubre et fort utile dans beaucoup de circonstances. Outre la matière astringente et le principe aromatique combinés dans sa feuille, le thé contient encore quelques particules narcotiques ou sédatives ; voilà pourquoi il agit chez quelques individus comme un calmant direct. Entre les poisons lents qui font les délices de l’homme, je ciDis que c’est un de ceux qui conviennent le mieux à ses ennuis. Pris avec modération , il réveille l’esprit, lui donne une agitation douce , et plus d’un écrivain lui a dû un trait piquant. Lorsqu’on se livre à de graves méditations, quelques tasses de thé dissipent les fatigues de la tête. J’ai interrogé des poètes, des savants, des artistes ; ils ont souvent éprouvé les bienfaits de cette boisson.
1 Phytographie médicale, par mon ami le docteur Joseph Roques.
CAFÉ, THÉ
La préparation du thé, dans le Nord, en France et en Angleterre, consiste à verser à différentes reprises de l’eau bouillante sur une certaine quantité de feuilles , et à prolonger l’infusion pendant cinq ou six minutes. Trois petites cuillerées de thé suffisent pour une théière contenant six tasses. Lorsque la première infusion est épuisée, on ajoute une ou deux petites cuillerées de thé, et on en remplit de nouveau la théière d’eau bouillante. La première tasse de thé est la plus délicate et la plus suave; la dernière est ordinairement un peu âcre et résineuse; les palais vulgaires ou blasés s’accommodent assez bien de celle-là.
En fait de thé, on peut, quant à la dose de feuilles (sans être ministériel) 9 prendre le milieu. — On obtiendra ainsi une infusion odorante , délicate , et assez substantielle. C’est le thé le plus agréable et en même temps le plus salubre, surtout lorsqu’on emploie un mélange égal de thé vert et de 'thé noir, comme le thé hyson et le thé saotchaon de premier choix. Je sais qu’il y a plusieurs variétés qu’on estime davantage; mais celles-ci, lorsqu’elles sont de bonne qualité, donnent une boisson exquise. Le thé est pourtant plus délicat, plus suave, si l’on y ajoute un peu de pékao. Voici les proportions que j’adopte lorsque j’offre du thé à des amis connaisseurs:
Prenez: thé hyson d’un vert argenté, ou bien du thé perlé d’un vert mêlé d’un reflet bleuâtre, huit onces ; thé saotchaon d’une couleur brune, nuancée de violet, en grandes feuilles élastiques et bien tortillées, quatre onces; thé pékao, à feuilles brunes, petites, roulées, mêlées à un assez grand nombre de pointes blanches, quatre onces. On conserve ces divers thés, bien mêlés, dans une boîte de fer-blanc, et, mieux encore, dans un vase de porcelaine hermétiquement bouché. Ce thé perd son arôme en vieillissant : il faut l’employer en temps opportun. Deux petites cuillerées suffisent pour quatre tasses ordinaires. Observez bien que le thé est plus délicat lorsqu’on le fait dans une théière de porcelaine que dans une théière d’argent, et que le vase où l’on fait bouillir l’eau ne doit absolument être employé qu’à cet usage. Tous ces petits soins, quelque minutieux qu’ils vous paraissent, ne seront pas perdus.
Si le thé vous sert de déjeuner, tâchez d’avoir, mais c’est bien rare à Paris, une crème franche, onctueuse, ayant un léger goût d’amande. Une ou deux cuillerées de cette crème, ajoutées à votre thé, le rendront plus doux, plus substantiel, plus nutritif; et si vous avez pu vous procurer des petits pains bien cuits, bien savoureux, du beurre fin nouvellement arrivé de Gournay ou d’Isignv, vous aurez un déjeuner friand qui vous donnera des heures calmes, des heures d’un travail facile. Votre cerveau n’aura pas à s’inquiéter de ce qui se passe plus bas dans votre estomac, et vous ferez de la science, de la poésie, de la
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peinture, de la musique. i\lais n’allez pas offrir au gourmand habitué à une alimentation variée, forte, succulente, ce régime tant soit peu pythagoricien. A celui-là, donnez des viandes faites, des œufs frais, du poisson, des vins ardents : — le thé le jetterait dans un état de dépression et de faiblesse; réservez-lui ce breuvage pour les jours de grand combat, pour les jours d’indigestion.
Le thé des soirées doit être plus parfumé , plus léger : c’est le thé des dames. — A Paris, à Londres, à Sainl-Pétersbouig, dans toutes les grandes villes, ce sont les dames qui en font les honneurs, c’est-àdire que la grâce y préside. Ici le pékao et le thé perlé forment la plus heureuse alliance. Des flots d’or versés dans une porcelaine transparente exhalent une douce vapeur, un nuage d’ambroisie qu’on voit serpenter autour d’une table, où sont rangés symétriquement les gâteaux les plus délicats, les friandises les plus séduisantes, en un mot, les miracles du petit four.
Une boisson légèrement excitante, agréable et salubre, lorsqu’on a éprouvé une rude fatigue, soit à la chasse, soit en voyage , soit dans une excursion botanique à travers les montagnes, c’est une infusion de thé pékao dans laquelle on instille quelques gouttes d’esprit de cerise. Ce thé vous délasse, vous donne un calme délicieux.
BAIN S BE F3ASEATI, AB BATB.B.
Vue de la plage.
« Les bains, disait un ancien, le vin et Vénus détruisent les corps