UNE FEMME TENDUE ET UNE FEMME INTELLECTUELLE
Deux personnes s’entretiennent au pied d’une statue de Vénus; Ninon parle de philosophie. La circonstance et le lieu de la scène donnent à ses observations un effet très-piquant. On ne peut mettre plus de grâce et de finesse dans les aperçus ; je ne sais , toutefois , si le spectacle de cette Vénus ne trouble pas quelque peu la tête de deux personnes.
Ninon peint mieux ses émotions que ses sentiments ; je vois en elle ce qu’il y a de plus vif, et non ce qu’il y a de plus doux dans les charmes de son sexe. Oserais-jc le dire? l’âme d’une femme délicate et sensible a des mystères que ne peut voir tout l’esprit de Ninon. Les aveux de La Vallière, qui vivait dans le même siècle, auraient été , je crois , très-différents , et les cœurs tendres s’y seraient mieux reconnus. L’humble vestale, qui réprimait ses passions au pied de l’autel, eût quelquefois mieux développé leurs secrets qu’une femme philosophe, toujours prêle à satisfaire l’inconstance de ses goûts. Ninon, en voulant tout dire , instruit moins peut-être que La Vallière, dont l’amour n’eût parlé qu’à demi.