LA MADELEINE
Doux trésor de ma moisson mûre ,
De vos épis un autre est roi :
Tilleuls dont j’aimais le murmure,
Vous n’aurez plus d’ombre pour moi ;
Ton coq peut tourner à sa guise ,
Clocher, que je fuis sans retour :
Ce n’est plus à moi que la brise Lui dit d’annoncer un beau jour.
Cette fenêtre était la tienne ,
Hirondelle qui vins loger
Bien des printemps dans ma persienne ,
Où je n’osais te déranger ;
Dèstjue la feuille était fanée,
Tu partais la première , et moi ,
Avant toi je pars cette année;
Mais reviendrai-je comme toi?
(1) Maison de campagne de l’illustre poète dans les bois qui dominent Vernon (sur la Seine). Il était de nos plus vieux amis : nous l’y avons vu <n revenant à pied , par les bois, des Vieux-Andelys.
()‘}0 VARIÉTÉS
Qu’ils soient l’amour d’un autre maître ,
Ces pêchers dont j’ouvris les bras !
Leurs fruits verts, je les ai vus naître;
Rougir, je ne les verrai pas.
J’ai vu des bosquets que je quitte Sous l’été les roses mourir ;
J’y vois planter la marguerite :
Je ne l’v verrai pas fleurir.
Ainsi tout passe, et l’on délaisse Les lieux où l’on s’est répété :
« Ici luira sur ma vieillesse » L’azur de son dernier été. »
Heureux, quand on les abandonne ,
Si l’on part en se comptant tous ;
Si l’on part sans laisser personne Sous l’herbe qui n’est plus à nous.
Casimir Delavigne.