‹ Les classiques de la tableChapitre 276 sur 282 · LA GRAND’TANTE DE M. BRILLAT-SAVARIN · texte numérisé non relu

LA GRAND’TANTE DE M. BRILLAT-SAVARIN

J’avais une grand’tantc âgée de quatre-vingt-treize ans , qui se mourait. Quoique gardant le lit depuis quelque temps, elle avait conservé toutes ses facultés , et on ne s’était aperçu de son état qu’à la diminution de son appétit et à l’affaiblissement de sa voix.

Elle m’avait toujours montré beaucoup d’amitié , et j’étais auprès de son lit, prêt à la servir avec tendresse; ce qui ne m’empêchait pas de l’observer avec cet œil philosophique que j’ai toujours porté sur tout ce qui m’environne.

«Es-tu là? mon neveu, me dit-elle d’une voix à peine articulée. — » Oui, ma tante ; je suis à vos ordres, et je crois que vous feriez bien de » prendre un peu de bon vin vieux. — Donne, mon ami; le liquide va » toujours en bas. » Je me hâtai ; et la soulevant doucement, je lui lis avaler un demi-verre de mon meilleur vin. Elle se ranima à l’instant; et, tournant sur moi des yeux qni avaient été fort beaux : « Grand merci, me dit-elle, de ce dernier service ; si jamais tu viens » à mon âge, tu verras que la mort devient un besoin tout comme le » sommeil. »

Ce furent ses dernières paroles , et une demi-heure après elle s’était endormie pour toujours.

(I) M. Brillat'Savarin.

VARIETES

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