‹ Les classiques de la tableChapitre 65 sur 282 · MAGISTÈRES RESTAURANTS · texte numérisé non relu

MAGISTÈRES RESTAURANTS

claie fut retirée de dessus la chaudière avec le turbot cuit à point , bien blanc , et de la plus aimable apparence.

L’opération finie , nous courûmes nous mettre à table avec des appétits aiguisés par le retard , par le travail et par le succès , de sorte que nous employâmes assez de temps pour arriver à ce moment heureux , toujours indiqué par Homère . où l’abondance et la variété des mets avaient chassé la faim.

Le lendemain , à dîner, le turbot fut servi aux honorables consommateurs , et on se récria sur sa bonne mine. Alors le maître de la maison rapporta par lui -même la manière inespérée dont il avait été cuit ; et je fus loué non-seulement pour fa-propos de l’invention , mais encore pour son effet, car, après une dégustation attentive, il fut décidé à l’unanimité que le poisson apprêté de cette manière était incomparablement meilleur que s’il eût été cuit dans une turbotière.

P. S. Un jour que nous étions assemblés en comité de professeurs, rue de la Paix , n° \l\ , je racontai l’histoire véritable du turbot à la vapeur. Quand j’eus fini, mon voisin de gauche se tourna vers moi : « N’y étais-je donc pas? me dit-il d’un air de reproche. — Etmoidonc, » n’ai-je donc pas opiné tout aussi bien que les autres? — Certaine- » ment, lui répondis-je, vousétiez-là tout près du curé, et, sans re- » proche, vous en avez bien pris votre part; ne croyez pas que... »

Le réclamant était M. Lorrain , dégustateur fortement papillé, financier aussi aimable que prudent, qui s’est bien calé dans le port pour juger plus sainement des effets de la tempête , et conséquemment digne à plus d’un titre de la nomination en toutes lettres.

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