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LE FAISAN

verainement rechigneuse; elle gronda, hennit, grogna, rugit et renâcla ; cependant elle se leva à la fin , et cette circonférence énorme commença à se mouvoir.

Sur ces entrefaites , madame de Versy avait passé une camisole , son mari s’était arrangé tant bien que mal , Justine avait étendu sur le lit une nappe, et apporté les accessoires indispensables d’un festin improvisé.

Tout étant ainsi préparé , on vit paraître la poularde, qui fut à l’instant dépecée et avalée sans miséricorde.

Après ce premier exploit, les époux se partagèrent une grosse poire de Saint-Germain , et mangèrent un peu de confiture d’oranges.

Dans les entr’actes, ils avaient creusé jusqu’au fond une bouteille de vin de Grave , et répété plusieurs fois, avec variations , qu’ils n’avaient fait jamais un plus agréable repas.

Ce repas finit pourtant; car tout finit dans ce bas monde. Justine ôta le couvert , fit disparaître les pièces de conviction , regagna son lit, et le rideau conjugal tomba sur les convives.

Le lendemain malin , madame de Versy courut chez son amie madame de Franval , et lui raconta tout ce qui s’était passé , et c’est à l’indiscrétion de celle-ci que le public doit la présente confidence.

Elle ne manquait jamais de remarquer qu’en finissant son récit madame de Versy avait toussé deux fois et rougi très-positivement.

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