‹ Les clercs du palaisChapitre 23 sur 40 · GUILLEMETTE · texte numérisé non relu

GUILLEMETTE

Souviengne-vous du samedy, Pour Dieu qu'on vous pilloria (1) , Vovs sçavez que chacun cria Sur vous , pour votre tromperie.

Aux XIVe et XVe siècles, la compagnie des avocats jouissait de la plus grande estime. Philippe le Bel, en reconnaissance des services que les légistes lui avaient rendus, avait institué en faveur des avocats un ordre de chevalerie : Milites justitiœ , Chevaliers ès-lois ; Milites litterati , Chevaliers des lettres et des sciences ; Milites clerici, Chevaliers clercs. Cet honneur suggéra à la corporation tout entière, l'idée de réclamer la noblesse. Cette prétention , admise d'abord par l'opinion publique, fut plus tard consacrée par les ordonnances. C'est de cette époque que les avocats entrèrent en possession de la qualité de nobles. Leur ordre était assimilé à un ordre de chevalerie.

Entourés de l'estime publique , les avocats affichaient un luxe semblable à celui des grands seigneurs , qui ne marchaient jamais sans une nombreuse suite de valets à cheval. Beaumanoir déclare qu'un avocat qui n'a qu'un cheval ne doit pas être aussi bien payé que celui qui se fait accompagner de trois ou quatre chevaux et plus. Les avocats avaient des châteaux, des terres et des seigneuries, un train magnifique de maison, des chapelains même.

Boutelier, dans sa Somme rurale, réclamait la che-

(1) Pillorier, mettre au pilori.

valerie pour les avocats: « Or, sache^, dit-il, que le fait de advocacerie si est tenu et compté pour cheva-* lerie , » etc.

On le voit: il n'y a rien de commun entre ce misérable Pathelin et les avocats des XIVe et XVe siècles. Il ne faut pas oublier non plus que c'était dans leur sein, que se recrutaient les membres du Parlement.

La comédie de Pathelin est de celles dont parle Miraulmont lorsqu'il dit: « Les clercs du Palais jouoient publi~ quement jeux quelques jours de Vannée par permission de la Cour , esquels ils rapportoient et représentoient fort librement les fautes des supposts et subjects du royaume de Ba\oche, et plusieurs autres plaisantes et secrettes galantises des maisons particulières , indifféremment, sans respect , ny exception des personnes. »

La Farce et le Testament de Pathelin, œuvres des jeunes clercs, présentent tous les caractères des productions attribuées aux bazochiens, de telle façon que le doute n'est pas permis sur leur origine. Cherchons ces caractères dans le Testament , d'abord, et, successivement, dans la Farce.

Nous trouvons dans le Testament :

PATHELIN

Le sac à mes causes perdues, Vistement sans plus de tenues, Despechez, car plus je n'attens Qu'a faire tauxer (i) les despens,

Ne m'estes-vous pas allé querre (i) Taxe..

Le sac où sont mes escriptures?

Sus, hastez-vous de revenir, Car aujourd'hui me fault tenir Le siège en nostre auditoire.

Suit alors la scène où Pathelin remplit les fonctions de juge, où il prononce des condamnations :

Ce n'est pas ce que je demande ; Colin Thevot est en l'amende, Et aussi Thibault Boutegourt, S'ils ne comparent vers la Court , En la somme de cent tournois.

Appelez la femme au Danoys Contre sa voisine Machault , Ou mises seront en defFault , S'ils ne viennent appertement.

Messeigneurs , oyez l'apointement Ennuyt donné en nostre Court.

Fut présent Mathelin le sourt, Attourné de Gaultier faict nyent ; Qu'est cecy ? Dea nully ne vient.

Dans la Farce, la conversation de Pathelin et d'Aignelet est encore plus caractéristique ; elle n'a pu être écrite que par un clerc ou par un habitué des justices subalternes connaissant parfaitement les roueries d'avocats de village et des praticiens près les bailliages, sénéchaussées, prévôtés, etc. Il ne faut pas perdre de vue que les premières comédies doivent, avant tout, être considérées comme un récit exact d'un fait contemporain, ou la peinture d'un caractère de l'époque.

PATHELIN

Or, vien-ça, parle, qu'es-tu?

Ou demandeur ou défendeur ?

Dea seurements

A son conseil doit-on tout dire.

Que donras-tu, si je renverse Le droit de ta partie adverse, Et si je t'en envoyé absouz ?

La ruse de Pathelin et ses conseils pour la conduite à

tenir à l'audience où il craint un interrogatoire d'Ai-

gnelet:

Se te parles , on te prendra

Coup à coup aux positions ;

Et en telz cas confessions

Sont si très-préjudiciables ,

Et nuysent tant, que ce sont dyables;

la précaution qu'Aignelet et Pathelin prennent pour mieux tromper le juge et faire succomber le drapier ;

Par nostre Dame de Boulogne, Je tiens que le juge est assis, Car il se siet tousjours à six Heures, où illec environ ; Or, vien après moy, nous n'iron Pas tous deux par une voye.

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