CHAPITRE IL
Influence du climat des montagnes sur la végétation.
Autrefois la météorologie et la botanique étaient cultivées séparément, comme deux sciences qui n'avaient aucune connexion entre elles ; Ton étudiait les plantes comme des choses inanimées, et non comme des êtres vivants, qui sont en rapport avec tout ce qui les entoure. Il était réservé à notre époque, éminemment synthétique, de rechercher les rapports qui lient entre elles les différentes sciences et d'en créer une nouvelle qui, sous le nom de Géographie botanique, résume toutes les notions relatives à Finfluence des climats sur la végétation.
Dès lors, grâces aux travaux antérieurs de Humboldt, de CandoUe père, Robert Brown , Schow et Martins, le professeur de CandoUe fils a pu faire un Traité complet de géographie botanique et réunir tous les faits connus jusqu'à ce jour. C'est dans cet ouvrage, publié en 1855, que je puiserai les notions les plus précises sur la végétation des montagnes.
Ainsi que nous l'avons vu pour la météorologie , et 1 d'une manière encore plus tranchée , le trait caractéristique de la botanique alpestre , c'est l'existence de zones, au-dessus et au-dessous desquelles on ne rencontre plus les mêmes espèces , dont les unes commencent à une certaine élévation, tandis que d'autres s'y arrêtent; de telle manière, qu'en arrivant à une hauteur un peu considérable, la majorité des espèces se trouve différente de celles qu'on voyait au pied de la montagne * .
Quelle est , dans ce phénomène , la part des circonstances météorologiques qui caractérisent les climat-s alpestres? Elle est sans doute fort considérable, puisque, lorsqu'elles se reproduisent ailleurs, l'on voit aussi reparaître les mêmes plantes. Tel est le cas, par exemple, des régions septentrionales , dont la flore présente la plus grande analogie avec celle des Alpes, en sorte que l'on arrive à la conclusion que les mêmes espèces de végétaux ont deux habitations : l'une sur les montagnes, et l'autre en plaine dans les pays du Nord. Il n'est donc pas étonnant que l'on ait pu comparer une montagne à plusieurs degrés de latitude condensés dans le court espace de sa hauteur ; chaque élévation de 78 à 85 mètres correspondant entre les parallèles de SS'' à 71°, à un déplacement vers le Nord d'un degré de latitude.
Si nous étudions les influences météorologiques qui contribuent à rapprocher ainsi la flore de localités aussi différentes, à d'autres égards, nous reconnaîtrons qu'il en est deux principales dont l'influence est prépondérante sur la végétation ; l'humidité et la température qui se montrent avec des caractères identiques dans le Nord et sur les montagnes.
Quanta la densité de l'air, elle ne paraît pas modifier
* Op. cit. 1. 1, p. 248.
d'une manière prononcée le développement de certaines espèces végétales, car on les retrouve aussi bien dans la plaine que sur la hauteur , là où les circonstances de chaleur et d'humidité sont identiques. Il est vrai que l'intensité des rayons solaires est bien plus grande dans les régions élevées, sous l'influence d'un air moins dense et qui favorise l'évaporation ; mais si ces caractères particuliers à l'atmosphère des plus hautes sommités peuvent amener quelques modifications dans la structure des végétaux et dans la coloration de leurs feuilles ou de leurs fleurs, ils sont complètement insuffisants pour faire disparaître des espèces que l'on observe également dans la plaine, partout où elles rencontrent des conditions favorables à leur développement. En sorte que nous sommes amenés à reconnaître que c'est surtout à la température et à l'humidité des climats de montagnes que nous devons demander l'expUcation des traits distinctifs de leur flore.
Or, commie nous avons reconnu que , si Ton excepte les hautes sommités , la rapidité de l'évaporation diminue avec l'altitude , en même temps que Fon voit augmenter la fréquence des pluies et des brouillards, et qu'en outre la température décroît avec la hauteur; nous arrivons naturellement à la conclusion que le froid humide est pendant la majeure partie de Tannée le caractère essentiel des climats alpestres, et qu'il existe par conséquent la plus grande analogie, à cet égard, entre les plaines du Nord et les flancs de nos montagnes.
Il n'est donc pas étonnant que la végétation de ces deux ordres de localités présente de nombreux points de contact et que l'on retrouve beaucoup d'espèces communes aux Alpes et à la Laponie.
Citons d'abord quelques exemples . de cette double habitation, et puis nous chercherons à reconnaître les
diverses zones botaniques qui caractérisent la végétation de nos montagnes à diverses hauteurs.
Mon excellent ami le D"" Fauconnet, qui cultive avec autant de distinction la botanique que la médecine, a bien voulu me communiquer le résultat de ses recherches personnelles et bibliographiques sur ce sujet, déjà traité par Martins dans les notes qui suivent sa traduction de Kœmtz, ainsi que dans les ouvrages des frères Schlagintweit et ïschudi sur les Alpes.
Il résulte de ces divers travaux qu'on trouve un grand nombre de plantes communes à la flore du Nord et à celle de nos montagnes. C'est ainsi qu'on rencontre à la limite inférieure des neiges éternelles, aussi bien en Laponie que dans les Alpes : le Rmiimculus glacialis , le Saxifraga oppositifolia, le Silène acaulis, le Lychnis alpina, la Gentiana nivalis, le Salix reticulata et d'autres encore ; mais si l'habitation présente une identité parfaite quant à la température , puisqu'elle est caractérisée par la fonte des neiges, il n'en est point de même quant à la hauteur absolue au-dessus du niveau de la mer, puisque la limite des neiges qui, en Laponie, esta 1070 mètres environ, s'élève dans les Alpes jusqu'à 2700 mètres.
Les plantes qui se rencontrent dans les deux pays, entre la limite des neiges et celle des rhododendrons sont: le Stellaria cerastoïdes, VAlsine biflora, le Cerastium alpinum, le Dryas octopetala , VEmpetrum nignim, le Rumex digymis et le Salix herbacea , seulement \di \im\ie supérieure des rhododendrons est, pour la Laponie , à 936 mètres environ, tandis que, pour la Suisse, elle s'élève jusqu'à 2100 mètres. Ainsi donc, nous pouvons considérer comme suffisamment démontrée par l'identité de la flore des Alpes comparée aux pays septentrionaux, la similitude des circonstances climatériques dans les
deux pays , et c'est là le point essentiel à signaler pour l'étude que nous faisons maintenant.
Mais il est encore une autre méthode de reconnaître les infjuences atmosphériques parla végétation de nos Alpes, c'est l'étude de la succession des plantes que l'on voit paraître et disparaître à mesure que Ton s'élève sur les hauteurs.
Ces diverses zones botaniques qui couvrent le flanc de nos montagnes depuis le fond des vallées jusqu'aux sommets les plus élevés, sont une source inépuisable de jouissance, aussi bien pour l'ignorant que pour le savant. Tandis que celui-ci recueille précieusement la série successive des plantes alpestres et alpines, l'ignorant se contente d'admirer l'infinie variété des œuvres de Dieu ; alors que, laissant derrière lui les riches vergers, les châtaigniers, les chênes et les bouleaux, il traverse les sombres bois de sapins et leurs sauvages solitudes , et atteint enfin les vertes pelouses, dernier vestige de la végétation qui ne tarde pas à céder définitivement la place aux glaciers et aux neiges éternelles qui couronnent les plus hautes sommités.
L'étude de ces diverses zones botaniques en a fait reconnaître cinq, auxquelles on donne le nom de région basse, moyenne, montagneuse, alpestre et alpine; cette classification s'appUque surtout auJura, mais peut être également employée pour les Alpes de la Suisse et du TyroP.
l*^ RÉGION BASSE. La plupart des vallées de notre pays sont situées à plusieurs centaines de mètres audessus du niveau de la mer , en sorte que cette région basse qui occupe le pied de nos montagnes participe, à certains égards, des climats alpestres. Néanmoins la végétation ne diffère pas notablement de celle des plaines
* V. ÏHURMANN, Phytostatistique du Jura.
de la France ou de l'Allemagne. L'on y rencontre la vigne sur les coteaux bien exposés où croissent les vins estimés de La Côte, de Lavaux, d'Yvorne, de Cortaillod et du Valais. La culture du maïs et des arbres fruitiers y est aussi répandue que dans d'autres pays situés plus près du niveau des mers. Les seules différences que l'on puisse signaler, c'est une plus grande vigueur de la végétation sous l'influence d'un climat plus tempéré et plus fréquemment arrosé par les pluies.
L'on peut observer également que les arbres fruitiers sont d'une taille remarquable; il en est de même des chênes , des hêtres et des noyers ; ces derniers surtout acquièrent un développement prodigieux et ajoutent, par leurs formes élancées et leurs vastes ombrages, à la beauté du pays, Y a-t-il rien de comparable, à cet égard, aux environs de Montreux, Bex, Saint-Gingolph ou Interlaken ? Et peut-on trouver une plus riche végétation que celle des noyers séculaires qui entourent ces j villages?
Nous avons déjà remarqué que le fond de nos vallées est bien plus élevé que les plaines de l'Europe , et l'on comprend dès lors que , pour nous , la région basse soit à plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau des mers; c'est ainsi que, en prenant la hauteur des lacs,'i l'on connaît l'élévation de la partie la plus basse de nos vallées. Or celui de Genève est à 375 mètres, et ceux de Neuchâtel à 435, de Zug à 417, de Zurich à 408, des Quatre-Cantons à 437, de Constance à 397 ; en sorte que, en prenant la moyenne de ces diverses hauteurs , l'on voit que la région basse dont nous avons donné la description doit varier entre trois et cinq cents mètres.
i" RÉGION MOYENNE. Immédiatement au-dessus, commence une autre région, qui s'étend jusqu'à sept cents mètres et qui présente de nouveaux caractères botani-
ques. La culture de la vigne ne se voit que dans les lieux les plus abrités et les mieux exposés. Les noyers et les arbres fruitiers se rencontrent encore , mais ils ne présentent plus cette végétation surabondante que l'on admirait dans les régions moins élevées , et ils ne tardent pas à être remplacés par les châtaigners, qui eux-mêmes cèdent la place aux chênes, aux bouleaux et aux hêtres. Enfin, l'on voit apparaître les premiers sapins (Abies pectinata) qui ne tarderont pas à tout envahir.
C'est dans cette région que l'on commence à rencontrer çà et là quelques plantes alpestres, ou dans les portions rocailleuses, ou dans celles qui ont une exposition septentrionale, ou sur les bords des torrents qui en ont transporté les graines en descendant des régions supérieures; mais c'est par exception, en quelque sorte, que l'on voit apparaître les gentianes, lesorchys, les aconits, les cacalia et quelques autres plantes qui caractérisent la végétation des Alpes; tandis que, dans cette région moyenne, l'on trouve encore des céréales et des prairies artificielles, mais l'on approche de la lisière des forêts et la scène ne tarde pas à changer.
3« RÉGION MONTAGNEUSE (de 700 à 1300 mètres). Ici nous sommes en pleine végétation alpestre; le mais et le froment ont disparu; l'orge et l'avoine sont seules cultivées; le noyer ne réussit presque plus; les arbres fruitiers sont rares et presque sauvages; le chêne est isolé, le hêtre encore fréquent ; le sapin {abies pectinata) se rencontre partout, et vers les régions supérieures, répicéa {abies excelsa) fait son apparition ; les pâturages occupent déjà de grands espaces et les tourbières se montrent sur plusieurs points.
C'est la région des forêts et des prairies. Si l'on s'engage dans ces sentiers tracés au miUeu des sapins séculaires, l'on est frappé de la grandeur du spectacle : de
toutes parts s'élancent des troncs majestueux qui s'élèvent jusqu'aux nues , et dont les branches entrelacées forment un dôme impénétrable aux rayons du soleil, et cette atmosphère humide facilite le développement des lichens sur les rochers environnants aussi bien que sur les branches des sapins , tandis qu'une épaisse couche de mousse couvre le sol ; c'est là que se développent , dans ce demi-jour, l'orobanche aux pâles couleurs, la Corallorhizza Halleri, le Neottia cordata, le fraisier dont les fruits réjouissent la vue et rafraîchissent le palais, et tant d'autres plantes qui redoutent l'action directe et ^ trop vive de la lumière solaire.
Puis, lorsqu'on approche de la lisière des forêts. Ton voit paraître les larges feuilles du cacalia alpwa, l'élégante volute des fougères, les belles cloches de la digitale et des aconits-napels, et d'autres encore qui cachent le sol sous une épaisse couche de verdure et de ileurs.
Mais les rochers et les bois n'occupent pas tout l'espace dans cette région montagneuse, une grande partie est recouverte de riches prairies, et c'est là que les bergers conduisent leurs troupeaux dès que la chaleur du printemps a fait disparaître les neiges ; ils y séjournent jusqu'à ce que l'été ait rendu les hautes régions accessibles, et lorsque l'automne ramène les frimas, ils ^ reviennent prendre place dans leurs modestes chalets, et l'on entend de nouveau le bruit des clochettes sur ces riants pâturages.
C'est au milieu de ces prairies que l'on voit briller les Heurs azurées et pourprées des gentianes, les couronnes dorées de V Arnica montana et du Senecio doria , et les élégantes pyramides des orchys.
Mais déjà la végétation n'est plus si puissante que sur la lisière des forêts , et l'on s'aperçoit que l'atmosphère est devenue plus froide et que l'on approche des régions
où les plantes ne tarderont pas à disparaître, après s'être contractées et desséchées sous riiifluence d'un climat aussi rigoureux que celui de la Sibérie.
A" La région alpestre s'élève de 1300 à 1800 mètres, et son aspect devient de plus en plus sauvage. Les pâturages et les rochers dénudés remplacent les forêts ou tout au moins alternent avec elles ; il n'y a plus ni hêtres, ni chênes, ni bouleaux, mais seulement des sapins et des épicéas qui couvrent des espaces de moins en moins grands, jusqu'à ce que l'on atteigne la région alpine où l'on ne rencontre plus aucun arbre.
C'est là qu'au milieu des pâturages et dans le creux des rochers se rencontrent des trésors de plantes rares qui font battre le cœur du botaniste, lorsqu'il voit briller les fleurs pourprées du Rhododendron si bien nommées la rose des Alpes, las corolles éclatantes des gentianes, des renoncules, des anémones et des saxifrages. Toute cette végétation alpestre contribue à égayer ces solitudes où l'on n'entend d'autre bruit que la clochette des vaches, le bourdonnement des insectes ou le murmure des ruisseaux.
Mais à mesure que Ton s'élève, on voit les plantes" se rapetisser, leur tissu s'endurcir, leurs racines s'étaler sur le sol ou s'y enfoncer profondément, et lorsqu'on atteint la région supérieure, l'on ne rencontre plus qu'une végétation appauvrie et rabougrie, incapable désormais de lutter à armes égales contre le froid et les autres causes de mort qui l'enserrent de toutes parts et qui ne tarderont pas à remporter la victoire.
5° La région alpine s'élève depuis 1800 mètres jusqu'aux plus hautes sommités, mais c'est là que la vie végétale rencontre une limite iiifraiichissable ; celle des neiges éternelles. Cependant telle est la résistance qu'opposent certaines plantes à cette cause de destiaiction,
qu'on les voit paraître partout où le sol se découvre pour quelques instants et jusque sur des rochers tout entourés de neiges et de glaces. C'est dans leur voisinage que paraissent ces gazons touffus tout émaillés de fleurs. Qui ne connaît la ravissante description qu'a faite notre compatriote Lebre de ces jardins voisins des glaciers? « Près de ses moraines, les gazons deviennent plus écla- « tants et plus enchantés, et mille fleurs charmantes dia- « prent leur émeraude. L'anémone, la dryade, le lis ri- « valisent de pureté, et dans un riche désordre il se mêle « à leurs blancheurs l'azur de la gentiane, l'or parfumé « des auricules, le deuil de la pensée, les touffes roses « de la sabhne; à l'écart au bord des neiges, la frêle sol- « danelle que je préfère à toutes ; elle s'exile auprès des « frimas, loin de ses sœurs, pour apporter à la terre le • premier message du printemps ; sa joie est de lui don- « ner le premier sourire et la première consolation ; elle « est modeste et douce, et tendrement inclinée comme la « pitié. Nobles fleurs, leur grâce a quelque chose, je ne « sais quoi de chaste et d'austère qui n'est point pour les « profanes amours *. »
Ainsi donc, dès que finissent les neiges et les glaces, l'on voit apparaître quelques plantes assez vivaces pour résister au froid rigoureux qui règne dans ces régions désolées. Ce ne sont plus les sapins élancés, ni les bruyères des croupes moins élevées; mais seulement quelques arbustes vivaces^ à tissu ligneux et résistant; quelques touffes de Rhododendron qui passent l'hiver sous leur manteau de neige ; quelques pieds du saule des Alpes dont les branches rampantes se confondent avec le sol ; ou enfin des carex et des graminées qui composent de courts gazons ou de vertes pelouses, et dont les racines
* Œuvres de Lebre, p. 15.
entrelacées protègent les plantes plus délicates que nous venons d'énumérer.
Résumons maintenant les faits que nous venons de passer en revue , et nous verrons qu'on peut réduire à trois les zones botaniques qui caractérisent la végétation des montagnes- La zone basse où croissent la vigne, les céréales, les arbres fruitiers, ainsi que les noyers et les châtaigners qui s'y rencontrent en grand nombre et y sont en pleine prospérité.
La zone boisée qui paraît être éminemment favorable à la végétation et où les plantes herbacées et arborescentes prennent un grand développement ; dans cette région, qui s'étend de cinq à dix-huit cents mètres, les forêts alternent avec de riches pâturages.
Enfin la région supérieure, qui n'a d'autre limite que celle des neiges ou des glaciers, est caractérisée par une végétation rabougrie composée de quelques arbres isolés et de courts gazons formés par des plantes assez robustes pour résister en même temps au froid rigoureux d'un hiver de Sibérie, ainsi qu'à fatmosphère desséchante et souvent brûlante de ces hautes régions.
Or, si l'on se rappelle ce que nous avons dit sur les caractères météorologiques des cUmats de montagnes, l'on comprendra quelles lumières l'étude de la végétation vient jeter sur ce sujet. Nous avions, en effet, reconnu qu'il existait une zone moyenne caractérisée par des pluies plus abondantes, des nuages et des brouillards plus épais, ainsi que par des orages plus fréquents, et l'on comprend que ces diverses circonstances atmosphériques soient éminemment favorables à la végétation de cette zone boisée qui occupe les régions moyennes de nos Alpes. D'un autre côté, nous avions reconnu qu'un certain degré de sécheresse, ainsi qu'un ciel plus
clair et des orages plus rares caractérisaient l'atmosphère des hautes régions, et nous venons de voir que, sous cette influence, la végétation devient de plus en plus rare, que les plantes se desséchent et se rapetissent, et qu'elles finissent par disparaître complètement. Mais ce qu'il y a de fort remarquable, c'est qu'en comparant la végétation des hautes Alpes et celle des pays septentrionaux, nous avons vu qu'il existait entre elles une simiUtude complète, de telle manière que les mêmes espèces se rencontraient à la fois sur nos montagnes et dans les plaines de la Laponie. La même remarque s'appUque aux circonstances météorologiques des hautes régions de nos Alpes et des pays tels que la Laponie, qui sont situés à 60 degrés de latitude nord. L'on observe dans l'un et l'autre un ciel bien plus serein que dans les autres régions , les pluies ou les neiges y tombent plus rarement, en été surtout, le tonnerre s'y fait à peine entendre , en sorte qu'en définitive , si nous avons retrouvé dans des pays si différents, à d'autres égards, une même végétation, c'est que les circonstances atmosphériques étaient identiques.
D'où l'on voit, en définitive, combien il importe pour la connaissance exacte d'un climat de chercher des lumières, non-seulement dans la météorologie, mais encore dans la botanique, qui vient ajouter des informations d'autant plus précieuses , qu'elles sont puisées à une source toute différente , et nous amener, par des recherches comparatives sur la flore des Alpes et celle des pays du nord, à la confirmation des résultats que nous avions déduits de l'étude des caractères météorologiques du climat des montagnes.