CHAPITRE IV
Quelles sont les maladies qui peuvent être améliorées ou aggravées par un séjour de montagne?
Avant de passer en revue les conséquences pratiques des recherches que nous avons entreprises, il n'est pas hors de propos de résoudre une objection qui a dû se présenter à l'esprit de plus d'un lecteur.
Mais, dira-t-on, puisque certaines maladies sont plus fréquentes chez les montagnards que chez les habitants des plaines , pourquoi envoyer des malades respirer un air qui exerce une influence fâcheuse sur la santé des habitants et les dispose aux inflammations, aux hémorragies, à l'asthme et à d'autres maux encore ? A cela nous répondrons que, comme tout homme doit mourir, tout homme aussi doit souftrir, et qu'il n'y a pas d'exceptions, même pour le montagnard qui, comme ses semblables de la plaine , doit passer par la souffrance, la maladie et la mort.
Mais comme nous avons reconnu que le climat des montagnes, tout en développant certaines dispositions morbides, exerçait, à d'autres égards, une influence
favorable; nous éviterons, comme nous venons de le dire , d'envoyer sur les hauteurs les personnes pléthoriques, disposées aux congestions et aux inflammations ; tandis que nous conseillerons ce séjour à tous ceux qui ont besoin d'être fortifiés, dont le sang est appauvri et les digestions difficiles , aif»si qu'aux lymphatiques et aux convalescents.
D'ailleurs, si les montagnards paient leur tribu aux maladies que nous avons énumérées plus haut, c'est surtout pendant la saison froide , et lorsque l'air est satur^ d'humidité par la fonte des neiges, époques que l'on ne choisit jamais pour envoyer des malades sur les hauteurs.
Mais ce n'est pas tout encore : si nous avons vu les scrofules, le goitre et le crétinisme se développer sous l'influence de l'habitation permanente de certaines localités alpestres , dont l'air n'est pas suffisamment renouvelé, où l'insolation est fort courte, l'alimentation insuffisante, les maisons défectueuses, là où l'on observe de fréquents mariages entre consanguins et où régnent beaucoup d'habitudes contraires aux saines lois de l'hygiène , il est évident qu'aucune de ces circonstances ne se représente pour des étrangers qui viennent passer quelques semaines de la belle saison dans des maisons plus propres, mieux bâties et mieux ventilées que les étroits chalets des montagnards, et qui y trouvent, pendant ce séjour temporaire, une nourriture saine et abondante , bien différente du pain noir, du laitage et des pommes de terre dont se contentent les habitants de ces villages.
Et si Ton compare la fatigue excessive que doivent prendre ceux-ci pour labourer la terre et soigner leurs troupeaux , avec la vie calme et reposante d'un citadin qui a laissé derrière lui tous les soucis et les travaux de la vie ordinaire , et qui jouit avec une entière liberté
d'esprit d'un repos complet et de la contemplation de celte admirable nature. L'on comprend facilement comment un séjour momentané dans le même climat , qui n'empêche pas le développement de certaines maladies chez ceux qui y vivent d'une manière permanente, peut être cependant suivi des plus heureux effets pour l'hôte passager qui échange l'atmosphère chaude et pesante de la plaine contre l'air vif et tempéré de nos Alpes. Gela dit, entrons en matière et voyons quels sont les malades auxquels nous pourrons conseiller le séjour des hauteurs.
S'il est un effet bien prononcé des stations élevées, c'est, sans contredit, l'influence qu'elles exercent sur les fonctions digestives; il n'est point étonnant, dès lors, que les estomacs affaiblis par une vie trop sédentaire , ou par les difficultés et les inquiétudes de la vie, se trouvent bien d'un changement d'air que nous conseillerons volontiers à tous ceux qui , pendant leur digestion, éprouvent ou de la pesanteur, ou des aigreurs, ou des flatuosités, ou des douleurs. Et, à cet égard, l'expérience est en accord parfait avec la théorie, car les hypocondriaques, les dyspeptiques et les gastralgiques se trouvent également bien d'un séjour de montagne et ne tardent pas à retrouver non-seulement l'appétit, mais encore des digestions faciles, promptes et indolentes. C'est ce que j'ai pu vérifier sur moi-même , après une maladie biUeuse qui avait , en quelque sorte , paralysé les fonctions de mon estomac. A peine eus-je passé quelques jours sur le mont Salève, que je vis reparaître, en même temps que Fappétit , la possibilité de supporter la nourriture sans souffrance.
Mais il est deux écueils contre lesquels le^; malades doivent se tenir sur leur garde. Le premier, c'est la disproportion qui existe entre la faim et la digestion qui
ne marchent pas toujours d'un pas égal ; l'appétit étant souvent plus prononcé que la force d'assimilation; d'où résulteraient facilement de graves inconvénients, si l'on n'usait d'une extrême prudence dans l'augmentation journalière des aliments.
Un autre écueil que l'on doit éviter, c'est la constipation qui se montre facilement sur les hauteurs , soit en conséquence d'une assimilation plus complète, soit comme résultat d'une influence spéciale sur le mouvement péristaltique. Il ne faut point laisser enraciner une disposition qui , combinée avec une alimentation plus substantielle, ne tarderait pas à produire quelque embarras gastrique ou intestinal.
Il résulte naturellement de cette dernière remarque que les diarrhées qui sont la conséquence de la faiblesse ou qui ne sont point entretenues par une cause organique, seront améliorées ou guéries par ce genre de séjour, à condition cependant que l'on surveillera l'alimentation avec le plus grand soin, si Ton veut éviter les causes de rechute dont nous venons de parler.
Lorsque le flux intestinal est produit ou entretenu par des ulcérations ou par une maladie de foie, ces heureux effets ne sont pas aussi constants; cependant, lorsque la constitution n'est pas trop délabrée, l'on peut encore espérer quelque amélioration d'un séjour prolongé sur la hauteur.
Nous avons vu que l'atmosphère des montagnes exerçait une puissante influence sur l'hématose, en conséquence d'une respiration plus complète et d'une circulation plus régulière ; l'on comprend dès lors que les convalescents affaiblis par une longue maladie, par une réclusion prolongée ou par un traitement antiphlogistique énergique, se sentent renaître sous l'influence d'un
changement d'air qui augmente l'appétit, facilite la digestion et ranime les forces.
C^est par la même cause que les chlorotiques et les anémiques voient leur état s'améliorer et qu'ils reprennent des couleurs, alors même que les ferrugineux et l'alimentation la plus soignée avaient été jusque-là inefficaces. Les effets bienfaisants du changement d'air se font aussi sentir d'une manière très-prononcée dans cette forme de la chlorose qui est accompagnée de fièvre et d'une toux incessante, et dont la ressemblance avec la phthisie aiguë est si frappante, que les praticiens les plus attentifs s'y sont souvent trompés. Rien ne peut remplacer pour cette classe de malades^ l'influence à la fois sédative et vivifiante de l'atmosphère des montagnes ^
Il est encore deux formes de chloro-anémie qui peuvent être traitées avantageusement par la même méthode : la première est celle qui résulte de fréquentes attaques de fièvre intermittente, maladie que nous avons reconnue être excessivement rare au delà d'une certaine altitude, et qui est aussi très-utilement combattue dans ses conséquences d'engorgement de la rate, d'anasarque, d'anémie, d'anorexie et de tout l'ensemble des symptômes qui constituent la cachexie paludéenne. S'il est un remède éprouvé sous toutes les latitudes , c'est , sans contredit, le séjour des hauteurs. Rien ne peut remplacer cette précieuse ressource pour les constitutions délabrées, et des milliers d'Européens, qui n'auraient pas tardé à succomber s'ils eussent prolongé leur séjour au milieu des effluves marécageux de l'Afrique, de l'Asie ou de l'Amérique, ont retrouvé la santé en se transportant sur les montagnes de l'Algérie, de la
' Voir le mémoire du D*" Rilliet sur ce sujet. Archives de médecine, février 1855.
côte occidentale d'Afrique, sur les versants de la Table, au cap de Bonne-Espérance, ou sur les monts Nillgerries, dans la presqu'île de Tlnde , ou encore sur les plateaux de FHimalaya , où le gouvernement anglais a établi des sanatoria ou lieux de convalescence.
Mais ce n'est pas seulement sur la cachexie paludéenne que Fair des hauteurs exerce une influence farorable, c'est encore sur l'anémie qui résulte des attaques répétées d'hépatites et de dyssenterie, qui sont l'apanage habituel des Européens dans les pays chauds. Nous avons tous vu ces militaires arrivant d'Afrique avec leur teint plombé, leurs jambes enflées et leurs forces si complètement anéanties, qu'ils semblent prêts à succomber dès qu'ils veulent faire quelque mouvement. Nous avons aussi rencontré ces Anglais exténués, et dont le sang paraît être définitivement appauvri, après quelques années de séjour dans l'Inde, où ils ont payé leur tribut à la dyssenterie et aux maladies du foie. Pour ces corps usés et affaibhs par de longues souffrances , rien ne peut remplacer l'effet tonique et restaurant des hauteurs , et il serait bien à désirer que des sanatoria semblables à ceux dont nous venons de parler, fussent établis sur les versants des Alpes ou des Pyrénées, comme séjours de convalescence pour les soldats qui reviennent d'Afrique épuisés par la dyssenterie ou la cachexie paludéenne.
Jamais je n'oublierai l'impression pénible que j'éprouvai en voyant arriver à l'hôpital militaire de Marseille un convoi de ces victimes du cUmat algérien ; leur faiblesse était telle, que plusieurs succombèrent en débarquant ; leur teint était plombé, leur visage amaigri, leurs membres, appesantis par l'enflure, pouvaient à
* V. Boudin, op. cit. p. 204,
peine les porter, et toute leur apparence annonçait une constitution profondément détériorée, quoique la plupart d'entre eux fussent encore dans la première jeunesse, ou tout au moins dans la force de l'âge.
Des effets semblables se manifestent, quoique à un moindre degré, indépendamment de la maladie, chez les Européens qui habitent les pays tropicaux; leur constitution devient anémique sous l'influence des chaleurs excessives, des abondantes transpirations et de la surexcitation de la sécrétion biliaire. Aussi, lorsque cet affaiblissement dépasse certaines limites, ils doivent quitter les colonies pour venir respirer l'air natal et reprendre quelque vigueur sous un ciel moins brûlant que celui des tropiques. C'est alors qu'un séjour de montagne peut être suivi d'une prompte et salutaire amélioration, et l'on ne tarde pas à voir la pâleur, la faiblesse et l'anorexie être remplacées par la coloration du visage , le retour des forces musculaires et le rétabhssement d'une bonne digestion , ainsi que d'une puissante assimilation.
Lorsque l'anémie et l'anasarque dépendent d'une mala^ die organique du co3ur ou des gros vaisseaux, il n'y a pas lieu d'espérer un grand bien de ce changement d'air; cependant il n'est pas rare qu'un séjour dans les régions moyennes et inférieures des montagnes contribue à redonner quelque vie à des malades déjà fort affaibhs. Néanmoins, l'activité imprimée à la circulation aussi bien que l'impossibilité dans la plupart des localités, de faire quelque exercice autrement qu'en gravissant des pentes plus ou moins rapides, sont des contre-indications le plus souvent absolues, quant à l'emploi du moyen thérapeutique dont nous parlons.
La même observation s'applique aux phthisiques dont la maladie est très-avancée, car l'expérience a démontré
que la fièvre augmeole au lieu de diminuer sur la hauteur, et Ton voit souvent les maladies de poitrine prendre une marche aiguë sous cette influence. La crainte de voir paraître ou se renouveler des hémorragies pulmonaires est aussi une raison suffisante pour éviter d'envoyer à la montagne ceux qui sont menacés de ce genre d'accident morbide.
Mais lorsqu'il n'y a pas de fièvre hectique et que les tubercules ne sont ni très-avancés , ni très-nombreux, il n'est pas rare que la maladie soit enrayée par le séjour dans une localité peu élevée et tournée vers l'orient ou vers le midi. Les médecins genevois et vaudois sont unanimes à cet égard, et ils ont souvent obtenu beaucoup de soulagement chez cette classe de malades, par une saison passée à Mornex sur le Salève (-497 à 566), dans les villages abrités qui dominent Montreux ou dans le voisinage d'Aigle et de Bex.
Les catarrhes chroniques sont le plus souvent améhorés par le changement d'air, la sécrétion bronchique ne tarde pas à diminuer et avec elle la fièvre, les sueurs nocturnes et l'abattement. Aussi voit-on les catarrheux revivre en peu de semaines, et s'ils se comportent prudemment , quant aux courants d'air, à l'exercice et à l'alimentation, ils ne tardent pas à êlre transformés par leur séjour sur la hauteur.
Des catarrheux aux asthmatiques , la transition est toute naturelle, car ces deux maladies se confondent et se compliquent bien souvent. Quand il s'agit de l'asthme humide , qui est accompagné d'une abondante sécrétion bronchique , aucune autre méthode thérapeutique ne peut remplacer le séjour des hauteurs pour modifier le catarrhe et combattre la cause principale de l'oppression. Mais lorsque la dyspnée dépend de l'emphysème ou de quelque désordre organique du cœur et des gros
vaisseaux, il est rare que la maladie soit améliorée par un changement d'air. L'on voit même certains asthmatiques respirer d'autant plus difficilement qu'ils s'élèvent plus haut, en sorte qu'ils sont forcés de descendre au plus tôt et de regagner la plaine. Il n'y a rien là qui doive nous étonner après les observations que nous avons faites sur la fréquence de l'asthme chez les habitants des hautes Alpes.
A l'occasion des bons effets produits par le changement d'air chez les catarrheux et les asthmatiques, nous devons ajouter qu'il existe un précieux adjuvant de ce moyen thérapeutique dans les émanations résineuses que l'on respire au milieu des forêts de sapin. Cette atmosphère balsamique exerce une influence très-bienfaisante sur la sécrétion bronchique qu'elle contribue à rendre moins abondante.
Enfin, avant de quitter ce sujet , nous devons mettre en garde les malades de ce genre contre les refroidissements qui surviennent si facilement dans les lieux élevés où la différence de température est souvent trèsgrande du midi au soir, surtout dès qu'un peu de pluie a suffi pour abaisser le thermomètre de plusieurs degrés. Aussi faut-il que les personnes délicates se hâtent de quitter la hauteur dès que le temps se dérange ; ils pourront toujours y retourner, lorsque la chaleur et le soleil auront reparu.
Les convalescents de catarrhe pulmonaire aigu, de pleurésie ou de pneumonie peuvent aussi échanger l'atmosphère des plaines contre celle des montagnes : ils s'en trouveront bien, pourvu cependant que la localité soit bien abritée et participe des cUmats doux ; car un air essentiellement tonique et excitant pourrait ramener la disposition inflammatoire, d'autant plus que c'est un des traits caractéristiques de la pathologie alpestre.
Les remarques précédentes s'appliquent tout particulièrement à la coqueluche, qui est très-notablement améliorée par le changement d'air, pourvu que le lieu choisi comme station temporaire soit bien exposé et réunisse les qualités adoucissantes dont nous venons de parler. Les villages qui dominent Montreux jouissent, avec Mornex sur le mont Salève, d'une réputation bien méritée pour cette classe de malades.
Nous avons vu que les forces musculaires recevaient un notable accroissement sous Finfluence dont nous parlons ; Ton comprend dès lors que les faiblesses résultant d'un épuisement nerveux , de travaux excessifs, de veilles ou d'anxiétés morales, aussi bien que les paralysies qui ne dépendent pas d'un état congestif ou organique des centres nerveux puissent être améliorées par le séjour des hauteurs. L'on y voit, en effet, des malades arrivés au dernier degré de l'impuissance musculaire retrouver en peu de jours les forces et la possibilité de marcher. Ces effets sont surtout frappants chez quelques femmes hystériques , qui , après avoir longtemps gardé le lit , ne tardent pas à pouvoir supporter, sans trop de fatigue, un exercice assez prolongé ; à condition j néanmoins que la période hyperesthésique ou d'exaltation sensitive ait fait place à la faiblesse qui seule peut être améliorée par ce moyen.
Mais de même que nous avons vu l'appétit dépasser les forces digestives et devoir être tenu en bride, il en est souvent ainsi des forces musculaires qui, sous Finfluence stimulante de Tatmosphère des montagnes, paraissent souvent être plus promptement et plus complètement restaurées qu'elles ne le sont en réalité ; d'où résulte, pour ceux qui ont suivi leurs impressions, un excès de fatigue dont ils se ressentent fort longtemps. Aussi faut-il recommander une extrême prudence pour
ne pas dépasser la limite réelle des forces et pour ne point se laisser entraîner à des courses exagérées sous l'influence d'une excitation passagère et souvent trompeuse.
Quant aux maladies du système nerveux^ il en est qui peuvent être améliorées, d'autres au contraire sont aggravées par l'atmosphère tonique des Alpes : l'hystérie accompagnée d'affaiblissement musculaire ainsi que nous l'avons vu ; l'hypocondrie avec atonie digestive ; les migraines liées à quelque cause névralgique; Tinsomnie par suite d'une vie trop sédentaire; toutes ces formées si variées de névroses, seront avantageusement modifiées par le séjour des hauteurs; tandis que pour toutes les maladies nerveuses accompagnées d'une grande irritabihté vasculaire ou sensitive. Ton doit rechercher un air plus doux et moins excitant que celui des montagnes. Nous pourrons cependant signaler quelques localités peu élevées et abritées des vents du Nord qui peuvent exercer une influence favorable sur les maladies dont nous venons de parler.
Les divers troubles de la menstruation que nous avons mentionnés dans le chapitre précédent sont au nombre des affections morbides qui paraissent être sous la dépendance des qualités de l'air. Sur les hauteurs, la leucorrhée ne tarde pas à disparaître ; la menstruation est plus abondante, tandis que les pertes utérines qui sont entretenues par la faiblesse sont assez promptement et assez notablement modifiées, pour que certaines localités alpines et alpestres soient considérées comme exerçant une action véritablement spécifique sur ce genre de mal.
Quant aux autres hémorragies, nous avons vu que l'air des montagnes les aggrave lorsqu'elles dépendent d'un excès de vilahté ou d'une circulation trop active ;
tandis qu'au contraire , si elles sont entretenues par un défaut de plasticité du sang, aucun moyen thérapeutique ne peut remplacer l'action bienfaisante d'une localité élevée, pour rétablir les forces et modifier la qualité du sang.
En ce qui regarde les congestions variqueuses qui se montrent, soit aux veines extérieures, soit dans la région hémorroïdale, nous avons constaté : en premier lieu, que les varices des extrémités étant fort rares chez les montagnards, il y aurait sans doute quelque améhoration à espérer pour les personnes atteintes de ce mal, par un séjour prolongé sur les hauteurs
En second lieu : il est probable que c'est en conséquence d'une action semblable à celle dont nous parlons, que l'on voit diminuer de fréquence et d'intensité les congestions hémorro'idaires. Les premières semaines de la vie des Alpes amènent quelquefois une congestion passagère des veines hémorroïdales, mais ce premier malaise passé, le gonflement diminue graduellement et le malade éprouve un état de bien-être qui lui était dès longtemps inconnu.
Rien ne peut combattre les maladies scrofuleuses avec plus d'avantage que le séjour dans une localité bien aérée et bien exposée, où la majeure partie de la journée puisse être passée en plein air. où l'on trouve un bon logement et une nourriture substantielle. Sous cette influence les fonctions allanguies ne tardent pas à s'activer; les teints blafards se colorent, les forces reparaissent, l'appétit se ranime, les plaies se cicatrisent, les glandes engorgées se désenflent, les ophthalmies les plus invétérées s'amélioreiit, la photophobie et les conjonctivites ulcéreuses se dissipent comme par enchantement. En un mot, s'il est une classe de malades pour lesquels l'air de la montagne soit éminemment favorable, c'est sans contredit les
scrofuleux, eofants et adultes qui retrouvent en respirant à pleine poitrine une atmosphère tonique et vivifiante, eu se réchauffant au soleil et en jouissant pleinement de cette vie passée à l'air libre, tout ce qui pouvait le mieux détruire les effets délétères du séjour dans des chambres obscures, le plus souvent remplies d'émanations fétides.
Mais ce ne sont pas seulement les enfants scrofuleux qui se trouvent bien d'un tel changement. Tous les convalescents du jeune âge, ceux surtout qui sont affaiblis, ou par suite d'une mauvaise hygiène, ou par quelque longue réclusion, ne tardent pas à retrouver les forces, les couleurs et Tappétit, et cela dans l'espace de quelques jours qui suffisent le plus souvent à transformer les petits malades de manière à les rendre méconnaissables.
Nous avons déjà signalé l'un des plus heureux effets du séjour des hauteurs sur les enfants disposés au crétinisme; et nous avons vu qu'en passant quelques années sur une montagne élevée et bien aérée, ils étaient complètement préservés de cette infirmité. L'on conçoit dès lors quelle peut être l'influence préservatrice de l'atmosphère alpine pour prévenir la formation des cachexies scrofuleuse, tuberculeuse et rachitique, et l'on peut espérer que l'emploi devenu plus habituel d'une ressource aussi précieuse pourra désormais devenir habituelle dans les familles prédisposées à cette classe de maladies.
Les essais du D^^ Guggenbiihl auront eu l'avantage d'appeler l'attention du public sur ce sujet ; aussi pouvons-nous considérer les résultats obtenus sur l'Abendberg comme un encouragement pour suivre la voie tracée par le docteur zuricois.
Et maintenant que nous avons parcouru le cercle des diverses maladies qui peuvent être guéries ou améliorées par l'atmosphère des montagnes, il ne nous reste plus,
pour terminer ce travail, qu'à faire connaitre les différentes localités qui peuvent être choisies, en même temps que les précautions hygiéniques convenables pour obtenir tout le bien que Ton peut attendre d'une ressource thérapeutique jusqu'ici trop négligée.