CHAPITRE V
Quelles sont les localités les mieux appropriées aux diverses maladies et les précautions hygiéniques les plus convenables pour un séjour de montagne?
§ 1. Précautions hygiéniques.
Commençons par les précautions hygiéniques nécessaires pour un pareil séjour. La première est un abord facile qui permette à des valétudinaires d'y arriver sans trop de fatigue. Une route carrossable est bien à désirer pour une certaine classe de malades qui ne peuvent supporter une marche de quelques heures ou une longue course à cheval. La seconde condition est relative aux logements qui doivent être propres, secs, bien aérés et munis de moyen de chauffage pour les jours froids qui surviennent si fréquemment dans les lieux élevés.
La troisième condition est non moins importante pour des malades ou des convalescents, c'est la nourriture qui doit être substantielle, de bonne qualité et aussi variée que possible. L'on peut, il est vrai, porter avec
soi quelques suppléments en thé, chocolat, vin ou autres objets secondaires, mais quant au pain et surtout à la viande, ces bases essentielles de toute alimentation restaurante, leur bonne qualité est de première importance, si l'on veut obtenir quelque bien durable du changement d'air.
Malheureusement c'est la nourriture animale qui laisse le plus à désirer sur la hauteur : la viande fraîche y est rare et le plus souvent de qualité inférieure. Il est vrai qu'on y trouve, en compensation, un lait substantiel et aromatique tel qu'on ne le rencontre que dans les chalets de nos Alpes. Mais quoique ce genre d'alimentation soit mieux supporté que dans la plaine, il est des personnes qui ne peuvent jamais en faire usage et qui souffriraient infailliblement s'ils étaient réduits à se priver de viande et de bouillon.
En dehors des conditions extérieures aux malades, il en est qui leur sont spéciales et qui méritent une grande attention si Ton veut obtenir d'un séjour de montagne tout le bien que l'on peut désirer.
Et d'abord , nous ferons remarquer que pour les habitants des plaines ou des pays maritimes , tels que les Anglais , les Français de l'ouest et du midi, les Belges et les Hollandais, ainsi que pour les Allemands du nord, le séjour dans quelque partie que ce soit de la Suisse est un changement d'air qui peut exercer une grande influence sur l'ensemble de la constitution.
En effet, le plateau central des Alpes qui constitue la majeure partie de notre pays est à une altitude moyenne de trois à cinq cents mètres, même dans ses portions les plus déclives, d'où il résulte que les villes de Genève (378), Lausanne (514), Berne (538), Zurich (412) ou Lucerne (437), sont déjà, pour les habitants des plaines, un séjour de montagne où ils trouveront, pendant l'été.
une température moins élevée et un air plus vif et plus fréquemment renouvelé que celui qu'ils respirent habituellement.
Tel est aussi le résultat de l'expérience qu'ont faite, à leur grand avantage, bon nombre de Lyonnais, de Marseillais et de Parisiens, qui ont échangé pendant l'été îeur atmosphère chaude et pesante contre l'air des villes de la Suisse. Pour eux, la transition était aussi grande que lorsque les habitants de Genève , de Berne ou de Zurich s'élèvent sur le mont Salève, au Grindelwald, ou sur l'Albis.
Une seconde remarque non moins importante, c'est qu'il faut proportionner la hauteur au degré d'impression nabiUté des malades. Quelques-uns d'entre eux sont de vraies sensitives à cet égard, en sorte qu'il suffit quelquefois du passage de la ville à la campagne pour obtenir en peu de temps une modification notable dans leur état ; il n^est donc pas nécessaire d'aller chercher bien loin, ni bien haut, ce que Ton peut trouver à sa porte. D'autres personnes sont influencées par des changements de hauteurs, en apparence peu considérables, mais qui néanmoins suffisent pour amener une véritable transformation. Aussi peut-on, pour cette classe de malades, choisir des localités situées dans le voisinage immédiat des villes et les adapter, pour la hauteur et l'exposition , à la constitution et au genre de mal que l'on désire combattre.
Nous ferons une application de ces principes à quelques villages des environs de Genève qui ont des quaUtés atmosphériques très- différentes, avec de légères différences de niveau. Des observations semblables ont sans doute été faites dans d'autres villes, et c'est aux praticiens de chaque localité que l'on doit s'adresser pour fixer le choix d'une habitation temporaire ; eux seuls
peuvent donner des conseils vraiment utiles sur une question qui exige beaucoup de discernement et d'expérience locale.
Enfin les dernières conditions hygiéniques sur lesquelles je désire attirer l'attention, concernent l'époque la plus favorable pour un séjour de montagne et le temps que l'on doit y consacrer ; je réunis ces deux questions, parce qu'elles sont, l'une et l'autre, sous la dépendance immédiate de l'altitude et de l'exposition des lieux choisis pour y demeurer. En effet, plus le niveau est élevé, plus sont prononcées les qualités toniques et excitantes de l'atmosphère. Au-dessus de douze à quinze cents mètres, et dans une exposition septentrionale ou orientale , la durée du séjour ne doit pas dépasser six semaines et tout au plus deux mois. Aux environs de mille mètres l'on peut rester deux à trois mois. Enfin, entre cinq et six cents mètres, dans une locahté abritée et avec une exposition méridionale , Ton peut y passer une grande partie de la belle saison.
Mais hâtons-nous d'ajouter qu'une des conditions essentielles du succès d'un changement d'air, c'est la variété. Tantôt, en effet, le corps s'habitue promptement à l'atmosphère des hauteurs et l'amélioration qui a été obtenue ne tarde pas à disparaître, il faut chercher alors dans une station plus élevée ce qu'on avait trouvé plus bas; tantôt aussi l'excitation produite par ce moyen dépasse les limites convenables , il survient ou de l'insomnie, ou des palpitations, ou de la fréquence du pouls, ou de l'agitation nerveuse, il faut donc se hâter de descendre pour retrouver un climat plus doux.
Quanta l'époque la plus favorable pour un séjour de montagne , elle dépend à la fois de la hauteur et de l'exposition. Lorsque celle-ci est méridionale ou occidentale, et que la hauteur est peu considérable, comme
par exemple cinq à six cents mètres , l'on peut déjà quitter la plaine dès les mois d'avril ou de mai ; aux environs de mille mètres , quelle que soit Texposition, il n'est pas possible d'y envoyer des malades avant la fin ou le milieu de juin. Entre mille et quinze cents mètres, juillet , août et septembre sont les seuls mois pendant lesquels on puisse vivre d'une manière un peu prolongée dans des régions aussi élevées. Au-dessus de quinze cents mètres, les deux mois les plus chauds de Tannée, juillet et août, sont les seuls où ces hautes régions soient abordables. Bien entendu que l'exposition et la température particulière de l'année doivent modifier ces conditions générales de l'habitation dans les hautes régions de nos Alpes.
§ 2. Du choix des localités qui peuvent être conseillées comme séjour de montagne.
jjj'ai donné une sérieuse attention à cette dernière partie de mon travail qui en est, à vrai dire, le couronnement et la conclusion pratique. C'est dans ce but que j'ai visité un grand nombre des localités que j'étais appelé à conseiller, et quand les renseignements personnels me manquaient, je me suis entouré de tous les documents qui pouvaient m'être utiles pour résoudre la question si difficile du choix le plus convenable pour les divers malades que l'on désire envoyer respirer l'air des hauteurs. Mes notes sont sans doute très-incomplètes, mais l'on y suppléera facilement par les praticiens de chaque localité, dont rien ne peut remplacer l'expérience journaUère et personnelle.
Cette réserve étant bien établie, il ne nous reste plus
qu'à donner quelques détails aussi abrégés que possible, sur les ressources que nous offre à cet égard la Suisse d'abord, et puis aussi quelques portions montueuses de la Savoie, du Tyrol et de la France. Et sans nous arrêter aux divisions territoriales , nous grouperons les principaux faits qui se présenteront autour de quelques centres plus ou moins artificiels , tels que : la vallée du Léman et les portions voisines de la France et de la Savoie ; le Valais et le cours du Rhône jusqu'à Villeneuve ; les vallées de Neuchâtel, le Jura bernois et les environs de Soleure, Baie et Zurich ; Berne et TOberland bernois ; la Gruyère, le Gessenay et le Simmenthal; le lac des Quatre-Cantons et ses environs ; la Thurgovie, St-Gall et Appenzell ; les Grisons et le Tessin ; nous terminerons par l'énumération de quelques localités montueuses de la Savoie, de la France, du Piémont, de la Lombardie et du Tyrol.
1° Vallée du Léman et portions voisines de la France et de la Savoie. Si nous prenons Genève (378) comme centre d'excursions à la recherche d'un lieu de séjour pour les malades, l'on trouvera, ainsi que nous l'avons déjà dit, un certain nombre de villages qui, par leur exposition ou leur altitude, présentent à certains égards et pour des personnes très-impressionnables à de faibles différences de niveau, quelques-uns des caractères du climat des montagnes.
Tel est le cas de Lancy (400), sur le versant oriental d'un coteau exposé à tous les vents, et principalement à ceux du nord, aussi y respire-t-on un air vif, souvent même assez froid, surtout le matin et le soir. Jussy (473), dont l'atmosphère présente les mêmes caractères et avec un degré d'intensité proportionné à la différence d'altitude. Cologny (456), Chougny (468), Vandœuvres (465) et Bessinge (499), oii M. le colonel Tronchin a bâti.
depuis plus de vingt ans, un chalet destiné aux convalescents du sexe féminin, et dont un grand nombre a ressenti de bons effets. Bourdigny (467), Peissy (500) et Chouilly (505), trois villages bâtis sur un coteau fort élevé, et qui se trouvent , depuis l'ouverture du chemin de fer, à une faible distance de Genève. Ils peuvent offrir, grâce à leur exposition orientale, de précieuses ressources pour les malades.
Si l'on excepte le petit hameau de Fabri , sur le versant occidental du coteau de Satigny , où l'on vient de fonder une maison de convalescence pour les enfants, l'on ne trouve dans aucune de ces localités de pensions spéciales destinées à des personnes délicates et accoutumées à une grande aisance. Mais on peut y suppléer par les ressources que présentent quelques maisons particulières, ainsi que des auberges assez bien tenues.
La même remarque s'applique à d'autres localités que leur position rend singulièrement favorables pour ceux qui recherchent un air à la fois doux et vif; c'est le cas de Champel (446) avec son exposition méridionale; du Petit-Saconnex (443) , village admirablement situé sur une colline dirigée du nord-est au sud-ouest, et qui présente sur sa longueur des versants dirigés vers l'est et l'ouest , où sont disposées de nombreuses maisons ainsi que divers établissements, tel que l'hospice des Vieillards.
Sur le prolongement de ce même coteau, qui domine la rive droite du lac , se trouvent le Grand-Saconnex (450), le château de Tournay, non loin de Pregny (453), où l'on reçoit des jeunes filles convalescentes, Chambésy (392) et non loin de là l'établissement de convalescence, fondé à Yalavrand par M. Eynard, pour recevoir des personnes du sexe féminin.
Si Ton compare ces divers sites avec la ville de Genève, l'on serait tenté de croire qu'une aussi faible dif-
férence de niveau ne peut exercer une influence bien prononcée sur la santé ; mais Texpérience est formelle à cet égard , et je puis affirmer qu'il y a des malades assez impressionnables pour éprouver de notables modifications dans leur santé, à la suite d'un changement de hauteur qui ne dépasse pas trente à quarante mètres.
Si, des environs immédiats de Genève, nous passons à des localités moins rapprochées, la première qui s'offre à notre observation est la montagne de Salève , qui est isolée au milieu de la plaine, présentant successivement aux rayons du soleil ses flancs abruptes du côté de Pouest, et ses pentes verdoyantes à l'est. Toutes les portions de ce double monticule sont autant recherchées par le citadin, amateur du pittoresque, qu'appréciées parles valétudinaires, qui y viennent respirer tantôt l'air vif et doux de Mornex, tantôt l'atmosphère tonique de Monnetier, ou celle vraiment alpestre des Treize -Arbres.
Passons en revue ces trois stations, si différentes dans leurs qualités sanitaires, et qui sont aussi bien connues des nombreux malades ou convalescents genevois qui y affluent chaque année, que par ceux qui viennent de Lyon, Marseille ou Paris, pour y trouver un climat approprié à leurs diverses souffrances.
Mornex est un long village situé entre 497 et 566 mètres , sur le versant oriental et méridional du petit Salève; on y trouve des sites très-variés et plus ou moins abrités du vent du nord; ce qui, joint à la hauteur peu considérable , rend cette localité l'une des stations les plus favorables pour les tempéraments irritables, pour les convalescents qui craignent le froid, pour les phthisiques dont la maladie n'est pas trop avancée, pour les asthmatiques, dont plusieurs ne peuvent bien respirer qu'à Mornex, enfln pour les petits malades fatigués par
la coqueluche ou par quelque inflammation subaiguë de la poitrine, ou après une fièvre typhoïde, ou enfin pour hâter la convalescence après une maladie prolongée qui a usé les forces et débihté la constitution.
Il n'est pas un praticien genevois qui n'ait vu quelqu'une de ces maladies aiguës ou chroniques, sinon guéries, au moins notablement améliorées par le séjour de Mornex, et ce qui le rend si précieux, c'est que, vu son exposition orientale et méridionale , l'on peut y venir dès le mois d'avril et y séjourner jusqu'en novembre. Quelques malades y ont même passé l'hiver et s'en sont bien trouvé, la température y étant souvent plus douce et toujours plus égale que dans la plaine , et Fun des caractères de cette localité, c'est de n'avoir pas de rosée fe soir, ce qui permet un séjour prolongé en plein air, même à des personnes très-délicates.
Mornex est d'un abord très-facile, les moyens de transport y sont nombreux et peu coiiteux. On y trouve un grand nombre de pensions à des prix très-différents et par conséquent à la portée de toutes les bourses. La nourriture y est abondante, les logements tolérables et les promenades très-nombreuses aux alentours. En sorte que je n'hésite pas à conseiller ce séjour aux malades qui rentrent dans les catégories que nous avons énumérées, et je puis le faire avec d'autant plus d'assurance que j'y ai retrouvé la santé après une maladie biUeuse accompagnée d'une grande faiblesse.
Non loin de Mornex se trouve le village de Monnetier (712), qui forme un contraste complet avec le précédent. Situé dans une gorge qui sépare les deux Salèves, ce village présente tous les caractères d'un climat alpestre : l'air y est vif, constamment renouvelé, et la température plus basse qu'à Mornex ; en sorte que l'on peut considérer cette localité comme essentiellement
tonique et par conséquent très-convenable pour les malades et les convalescents débilités par une longue réclusion ou par de fréquentes rechutes.
L'expérience unanime des docteurs genevois confirme les bons effets d'un séjour à Monnetier pour les hystériques, les chlorotiques et les anémiques, ceux surtout dont la constitution est détériorée à la suite d'abondantes hémorragies, pour les personnes atteintes de gastralgie et de dyspepsie, et toutes espèces de névroses, qui sont utilement combattues par un séjour de montagne.
L'air de Monnetier étant plus vif que celui de Mornex, peut lui servir de succursale pendant les trois mois d'été , époque où une localité fraîche et élevée est plus désirable qu'une exposition méridionale et orientale. Il résulte naturellement de ce qui précède qu'on doit y aller plus tard et en revenir plus tôt.
On y trouve de bonnes pensions, moins nombreuses et peut-être moins confortables que celles de Mornex, mais elles sont cependant assez bien disposées , quant au logement et à la nourriture , pour que les malades puissent s'y faire du bien. La reconstruction du vieux château qui domine le Pas-de-1'Échelle assure une nouvelle pension destinée à ceux qui sont habitués à une grande aisance. N'oubUons pas, en terminant, de rappeler un autre avantage dont Monnetier a été récemment doté , c'est une bonne route qui permet aux malades d'arriver en voiture jusqu'à leur destination, sans être obUgés de mettre pied à terre, ou de se faire porter à dos d'âne ou de mulet.
Si de Monnetier l'on gravit les hauteurs du grand Salève , l'on trouve , aux environs de onze à douze cents mètres , plusieurs chalets et habitations assez rustiques qui sont devenus, dans ces derniers temps , une pré-
cieuse ressource pour ceux qui désirent respirer un air vivifiant, sans s'éloigner beaucoup de Genève.
L'on a commencé , dès l'année dernière , une route à voiture depuis Monnetier jusqu'au plateau supérieur; elle est déjà bien avancée et ne tardera pas à être complètement terminée ; dès lors les intentions bienveillantes de ceux qui ont contribué à cette bonne œuvre seront remplies , et les pelouses qui couronnent le grand Salève seront devenues aussi abordables aux malades que les villages de Mornex ou de Monnetier. Les chalets des Treize-Arbres (1171), Grange-Gaby, Grange-Passet et d'autres encore pourront servir de station sanitaire, pour tous ceux à qui un air essentiellement tonique est salutaire. Les convalescents , les anémiques et les enfants scrofuleux ou rachitiques se trouveront bien de ce séjour que Ton peut aussi conseiller aux hypocondriaques, aux hystériques , ainsi qu'à tous ceux qui sentent leur estomac et se plaignent de leur digestion.
Il est probable aussi qu'un établissement construit en vue des malades ne tardera pas à s'élever sur ces hauteurs, dès que la route sera terminée et qu'on aura pu suppléer par de vastes citernes à l'insuffisance des sources. Nous hâtons de nos vœux le moment où les malades pourront jouir sur le sommet du grand Salève nonseulement d'une atmosphère bienfaisante , mais encore du magnifique spectacle des glaciers et de la vallée du Léman dans toute leur splendeur.
Ajoutons, en terminant, que les trois stations dont nous venons de parler peuvent servir de complément l'une à l'autre, se remplacer suivant la saison et d'après la susceptibilité des malades. Aux plus impressionnables, nous conseillerons le séjour de Mornex, du printemps à l'automne; ceux quipeuventsupporterun certain degréd'excitation, nous les enverrons passer les grandes chaleurs
à Monnetier et aux Treize- Arbres ; ne conseillant cette dernière localité que lorsque la chaleur est étouffante dans la plaine, et seulement à ceux dont la constitution a besoin d'une action excitante énergique. Enfin, suivant les effets produits, nous ferons parcourir successivement les trois stations de Mornex, Monnetier et les Treize-Arbres, tantôt en montant de la station la plus basse à la plus élevée, tantôt en descendant de la plus haute à la plus basse.
Comme on le voit, le mont Salève mérite à tous égards la désignation populaire sous laquelle il est connu à Genève , où on le désigne comme la montagne , puisqu'elle offre à nos compatriotes toutes les ressources d'air et de promenade que peuvent désirer des citadins bien portants ou malades.
Le grand massif des montagnes d'Abondance , des i Voirons, du Môle, des Vergyet duBrezon abonde en localités admirablement situées pour un séjour de montagne; mais il n'existe encore , à ma connaissance, aucun établissement sanitaire au milieu de cette belle nature et dans ces vallées si riches et si pittoresques. Combien il serait à désirer que les villages de St. -Paul (827), Tholon (922), des Allinges (541), de Bonne (542) et tant d'autres fussent disposés à recevoir des malades ; le même désir s'applique aussi, et à plus forte raison, aux chalets qui occupent un replat des Voirons, au-dessous des sommités du Calvaire (1456) et du Pralaire (1406). Des familles de ma connaissance y ont été reçues par les propriétaires et s'en sont fort bien trouvées. Quant aux chalets de la Tour (901) qui se trouvent à mihauteur du Môle (1846), ils sont encore trop rustiques pour y envoyer des malades.
La vallée du Giffre est plus favorisée, car on trouve à Samoëns (710) et surtout à Sixt (745) des auberges et
des pensions fort convenables pour Tété. L'air de cette vallée, qui est à la fois doux et vif, convient admirablement à ceux qui ont besoin de beaucoup de chaleur, tels que les phthisiques, les catarrheux et les anémiques. Mais la situation de Sixt, près du fond de la vallée, ne permet pas le renouvellement de Pair pendant les grandes chaleurs, aussi les asthmatiques , les hypocondriaques et les chlorotiques devront y venir passer le mois de juin ou attendre jusqu'à septembre, évitant avec soin d'y séjourner en juillet et août.
Si nous remontons le cours de l'Arve , nous trouverions, à droite et à gauche, beaucoup de villages, remarquablement situés pour un séjour de montagne ; mais qui, n'ayant pas encore été disposés pour recevoir des malades , ne peuvent être choisis dans ce but ; il en est deux cependant qui ne laissent rien à désirer à cet égard, ce sont St.-Gervais et Ghamonix.
Le village de St.-Gervais (815) est situé sur la colline qui domine les bains. L'air vif que l'on y respire, son exposition favorable et les ravissantes excursions que l'on peut faire dans les environs, en ont fait dès longtemps un séjour trés-apprécié par les malades et par les convalescents. Je pourrais en citer qui ont retrouvé l'appétit et les forces après de longues souffrances gastriques ; d'autres y ont repris le sommeil dont ils étaient privés depuis longtemps; des enfants scrofuleux y ont été promptement transformés ; enfin , tous ceux qui avaient besoin d'un climat tonique et adoucissant, se sont bien trouvés d'un séjour au village de St.-Gervais ; ce qui ajoute encore aux avantages de sa situation, c'est l'excellente pension que l'on trouve dans l'hôtel du Mont- Joly, où l'on peut séjourner dès le mois de juin jusqu'à la fin de septembre.
Non loin de St.-Gervais se trouve la vallée de Cha-
monix et le village du Prieuré (1052), qui est surtout connu comme but d'excursions pittoresques, et qui mérite en tous points sa réputation , mais que sa hauteur et son climat peuvent aussi faire rechercher comme station sanitaire. C'est ce dont j'ai fait l'expérience en y envoyant des chlorotiques et des convalescents qui s'en sont fort bien trouvés. La saison la plus favorable pour les malades est le commencement de l'été , avant que le flot des touristes vienne rendre ce séjour trop bruyant et trop animé pour ceux qui auraient besoin de repos. Les précieuses ressources en logements , nourriture et moyens de transport que présente Chamonix, sont autant de raisons qui peuvent le recommander à ceux qui sont habitués à toutes leurs aises, et qui peuvent être assurés qu'ils n'y manqueront de rien.
Quittons maintenant la rive orientale du lac de Genève et gagnons le pied du Jura, où nous trouverons de nombreuses localités qui peuvent servir de séjour pour les malades. Mais avant de les passer en revue, nous devons rappeler ce que nous avons déjà dit sur l'atmosphère^ du Jura qui, à hauteur égale, est plus froide, plus humide et plus variable que celle des Alpes ; d'où il résulte que les personnes très-impressionnables , les phthisiques eti tous ceux qui ont besoin d'un climat tempéré , doivent éviter les diverses stations dont nous allons parler et qui conviennent surtout à ceux dont la constitution a besoin d'être fortifiée par un air vif et excitant.
Si nous laissons le voisinage du lac et que nous avancions vers le Jura, nous trouverons bien des locaUtés dont l'air est d'autant plus vif qu'elles sont plus près de la montagne, ou d'autant plus doux qu'ils sont mieux abrités et plus près du niveau des eaux. Parmi les premières, nous comptons Divonne, qui réunit deux
avantages, celui d'un air vif et d'un établissement hydrothérapique très-bien dirigé. Saint-George (84-5), bien connu par ses glacières naturelles; Gimel (725), où il existe quelques pensions pour le séjour d'été.
Les villages les mieux exposés et les plus rapprochés du lac jouissent d'un climat à la fois adoucissant et fortifiant; c'est le cas de Crassier (476;, Gilly (483), où M'«« Eynard a fondé un établissement de convalescents qui rend de véritables services aux classes laborieuses de la société; Gingins (545) et Begnins (537), qui l'un et autre possèdent de très-bonnes pensions; Lavigny (522), Aiubonne (522) et Orbe (41 7) dont le climat est plus vif , leur position permettant au vent du nord de les atteindre.
Si nous nous rapprochons du Jura et que nous pénétrions dans ses replis, nous trouvons au fond de la vallée [le Joux et sur les bords d'un joli petit lac deux villages industrieux : le Brassus (1025) et le Port, dont l'atmos- Dhère froide et tonique présente au plus haut degré les caractères que nous avons attribués au climat du Jura. ]ette vallée est presque en totalité habitée par des horogers, qui cultivent leurs champs pendant la courte sai- >on d'été, et qui consacrent la majeure partie de l'anlée à l'industrie des montres. Les ouvriers genevois dont a santé réclame un séjour de montagne peuvent coninuer leur travail dans les vallées de Joux, tout en y espirant l'air des vallées alpestres. J'en ai fait l'expérience avec un plein succès.
Valorbe (785), qui est situé en dehors de la vallée de loux , et reçoit par un passage souterrain les eaux sories de son lac, est une excellente locahté pour les maades qui désirent un air vif.
Mais l'une des stations médicales les plus recherchées îst celle de St.-Cergues (1046), qui est située au fond
d'une gorge tournée vers Test et entourée de bois de sapins qui s'élèvent jusqu'au pied de la Dôle (4681), l'une des sommités les plus élevées du Jura et les plus connues des touristes. St.-Cergues est un village bien bâti et bien situé, exposé aux vents du nord qui s'engoufîrent dans > une vallée de communication avec les Rousses. On y respire un air vif essentiellement tonique et très-utile à i tous ceux qui sont débiles et infirmes, mais trop irritant pour les personnes impressionnables aux vents froids eti qui craignent l'excitation du climat jurassien. Les phthi- siques y seraient très-déplacés ainsi que les asthraati- ques et les catarrheux. Il y a des auberges tolérables etI quelques pensions simples, mais propres et bien tenues. ,
En nous rapprochant de Lausanne nous trouvons surr la hauteur plusieurs villages que l'on pourrait choisir r comme lieu de séjour : tels sont les Croisettes (800), le Chalet-à-Gobet (863) et les environs de la Tour de Gourze (928), où l'air est habituellement tempéré pendant la saison chaude. Il n'y a pas de pension ou d'établissement sanitaire, mais l'on y trouverait aisément quelque maison particulière qu'il serait facile de disposer pour cet objet.
Si nous parcourons les collines qui s'élèvent au-dessus de Vevey, nous rencontrerons, Lalliaz (1051), les Pléiades (1368): les Avants (979) et Glion (914) qui peuvent être utilisés pour des malades. LaUiaz possède un bon établissement de bains sulfureux, où l'on trouve une nourriture et des logements très -convenables. L'air y est vif, moins cependant que dans la plupart des villages situés au-dessus de mille mètres. La température y est* fort douce pendant la soirée, et c'est un précieux avantage pour les malades qui peuvent vivre plus longtemps en plein air que dans la plupart des localités élevées. Les vertes pelouses et les forêts de sapins abondent au-i
tour de Lalliaz, dont le climat n'est point trop excitant et peut être conseillé aux personnes délicates qui ont besoin d'être fortifiées, mais qui se trouveraient mal d'une atmosphère froide et variable.
Les Pléiades, situées non loin de la montagne de ce nom, au nord-ouest de Vevey, et les Avants ne sont pas des lieux de séjour fort agréable pour les malades, l'abord en est difficile, l'air y est froid, humide et variable, surtout aux Avants; néanmoins quelques valétudinaires s'y sont fait du bien.
Il n'en est pas de même de Glion qui, grâces aux soins de deux Genevois, MM. Turrettini etMirabaud, vient de subir une entière transformation. Ils y ont établi un hôtel confortable, parfaitement bien tenu, et où les personnes habituées à la plus grande aisance peuvent trouver une bonne nourriture et d'excellents logements. Glion est bàli sur un mamelon isolé, au pied de la dent de Jaman, immédiatement au-dessus de Montreux, qu'il domine comme un nid d'aigle, et en face de la plus belle vue que l'on rencontre dans notre vallée, position qui lui a mérité le nom deRighi vaudois. L'air de Glion est assez vit sans être âpre, il est si fréquemment renouvelé que les habitants du pays désignent l'hôtel sous le nom de Chalet des quatre vents. D'où l'on peut conclure que les malades qui craignent les chaleurs de l'été, et ceux qui aiment à respirer à pleins poumons un air pur, vif et tempéré, se trouveront fort bien d'un séjour à Ghon, et ce qui montre la faveur dont il jouit, c'est qu'un second hôtel vient d'y être fondé pour recevoir le trop plein du Righi vaudois.
L'on pourrait aussi s'élever sur la route de Fribourg et trouver à Châtel-St-Denis (819) et dans les environs de Bulle (773) plusieurs localités très-favorables, mais les renseignements me manquent pour préciser quelles
portions de la Gruyère seraient les mieux disposées pour recevoir des malades.
Avant de quitter les environs de Vevey je dois mentionner quelques villages situés à mi-côte, et dont la position intermédiaire en fait un séjour précieux pour ceux qui craignent ou l'atmosphère trop excitante des hauteurs, ou le climat trop chaud de Montreux, Veytaux et Clarens, De ce nombre est Chardonne (582), qui ne peut être considéré comme un séjour de montagne, mais dont l'atmosphère douce est une précieuse ressource dès le premier printemps et lorsque Fautomne chasse les malades des hauteurs voisines. On y trouve une bonne et vaste auberge , munie de tous les conforts de la vie civilisée.
Charnex (626) est bien abrité des vents du Nord et tourné vers l'Orient; c'est un excellent séjour pour des personnes délicates qui désirent un air doux et cependant plus vif et plus tonique que celui de Vevey et de Montreux. On trouve à Charnex de bonnes pensions, et l'on peut y demeurer avec avantage pendant les chaleurs et même y passer une partie du printemps et de l'automne.
Et maintenant que nous avons parcouru les bords et les environs du lac de Genève, nous avons reconnu que cette vallée possède de précieuses ressources pour les malades. Nous avons vu que ceux qui vivent près de la mer trouvaient, sur les bords de notre lac, une atmosphère tonique et fortifiante qui modifie leur constitution exactement comme le séjour des hauteurs pour les habitants de nos villes.
Nous avons signalé la variété infinie des climats de nos environs; depuis l'atmosphère vraiment méridionale de Vevey et Montreux, jusqu'à la température sibérienne des hauteurs environnantes. Tandis que les localités in-
termédiaires nous ont présenté , suivant leur élévation et leur exposition , tous les degrés désirables pour des séjours de montagne. En sorte qu'en définitive nous n'hésitons pas à conseiller la vallée du Léman comme but d'excursion à tous ceux qui voyagent en vue d'un changement d'air approprié à leur genre de mal.
2« LE VALAIS ET LE COURS DU RHÔNE JUSQU'A VILLE- NEUVE. S'il est une portion de nos Alpes qui permette plus qu'aucune autre d'apprécier l'influence de la configuration du sol, c'est sans contredit la longue vallée du Rhône. Tandis que la partie comprise entre Sion et St.- Maurice est un pays plat, marécageux, où l'air ne peut circuler librement, le haut Valais est montueux, l'air y est vif et fréquemment renouvelé. Et si l'on compare le teint blafard, la petite taille et la constitution goitreuse et chétive des bas Valaisans , avec la haute taille , les muscles vigoureux et l'air de santé des habitants du haut Valais , Ton est forcé de reconnaître les heureux effets des climats alpestres.
Au reste, les Valaisans en sont si bien persuadés que, pour éviter le crétinisme, ils envoient, ainsi que nous l'avons déjà mentionné, leurs femmes accoucher sur la hauteur et qu'ils y laissent les enfants pendant plusieurs années. Les riches bourgeois de Sion (527) ont construit des maisons de campagne sur les montagnes environnantes et ils y passent l'été avec leurs enfants dans des localités élevées de cinq à huit cents mètres au-dessus de la ville. Profitons de cette expérience et recherchons quelles sont, dans cette longue vallée, les lieux les plus favorables comme stations sanitaires.
En s'élevant au-dessus de Brigue l'on trouve plusieurs villages très -pittoresques et tout à fait alpestres, où les auberges sont assez primitives, mais tendent cependant à s'améliorer chaque jour ; ce sont Viesch (883), Munster
(1354) et Obergestellen (1356). L'on a bâti sur l' Aggischhorn, au-dessus de Viesch, un hôtel propre et très-bien tenu, où l'on peut séjourner dans un lieu fort élevé, mais qui est parfaitement abrité du nord, à la hauteur d'environ 2500 mètres, qui dépasse celle de l'hospice du St.-Bernard; c'est par conséquent l'un des séjours alpins les plus pittoresques, mais aussi les plus éprouvants pour les constitutions délicates et impressionnables.
Brigue (750) est un gros village fort agréable, les hôtels y sont bons et les environs pittoresques; son climat est doux et peu excitant.
Non loin de Brigue est Viége (653), qui a été récemment ébranlé par le tremblement de terre et dont les maisons sont déjà rebâties. L'on y trouve deux hôtels qui ont Tavantage des nouvelles constructions II en est de même à Saas (1477), Zermatt (1623) et au Rieffelberg (2807). Ce dernier possède, sur un replat de la montagne, une auberge bien tenue, bâtie en face du Mont- Rose et du Mont-Cerviii, dans l'une des positions les plus pittoresques et en vue du spectacle le plus grandiose que l'on puisse contempler dans nos Alpes. Mais si le Riffelberg ne peut être considéré que comme un séjour plus adapté aux touristes qu'aux malades , il n'en est pas de même de Zermatt, où l'on trouve un climat fortifiant qui convient essentiellement aux cachectiques et aux personnes débilitées par une longue réclusion. Tous les catarrheux, les asthmatiques et les phthisiques doivent éviter une localité aussi élevée et aussi excitante. Il y a plusieurs excellents hôtels à Zermatt, et aucune des personnes qui s'y rendront sur notre recommandation n'aura lieu de s'en repentir.
Saas est moins favorisé quant aux logements, cependant l'hôtel du Mont-Mora est fort bien construit; il est
situé dans une délicieuse vallée qui abonde également en points de vue et en excursions pittoresques.
Au midi de Brigue, on trouve sur le sommet du col (2020) rhospice du Simplon, vaste bâtiment où les religieux se feraient sans doute un plaisir d'héberger les malades avec la même hospitalité que les voyageurs. L'air y est vif, Tatmosphère essentiellement alpine, on y sent cependant Finfluence du midi par suite des courants d'air chaud qui s'élèvent des vallées inférieures.
Sur les coUines qui s'élèvent à droite et à gauche du cours du Rhône, l'on voit beaucoup de villages plus ou moins bien situés, mais où le confortable n'a pas encore assez pénétré pour qu'on puisse s'aventurer à aller y demeurer dans des maisons jusqu'à présent très-rustiques. Il en est cependant qui font exception, et dans le nombre nous devons nommer Louëch-les-Bains (1359) que Ton visite surtout en vue de ses thermes, mais dont l'exposition orientale^ la hauteur considérable et le voisinage presque immédiat des glaciers en font un vrai séjour de montagne. L'expérience des médecins est unanime pour attribuer à la qualité de Tair que l'on y respire une part considérable dans le bien-être produit sur le grand nombre de malades qui s'y rendent chaque année.
Les différentes vallées qui s'élèvent sur la rive gauche du Rhône , entre Sion et St.-Maurice, comprennent plusieurs villages importants placés dans une position admirable, et il est bien à désirer que Ton songe à profiter des précieuses ressources qu'offrent les vallées de Tourtemagne, d'Annivier, d'Hérins, de Bague, d'Entremont et du Trient. Les habitants se trouveraient bien d'imiter l'exemple de leurs compatriotes du Val-d'Illier, qui viennent de bâtir un excellent hôtel à Champéry (1032) en face de la dent du Midi,
et qui Tonl disposé de manière à remplir tous les désirs des malades, même de ceux qui sont habitués à beaucoup d'aisance. La direction ne laisse rien à désirer ; les logements y sont propres et confortables et la nourriture excellente.
Champéry jouit d'un climat plutôt tempéré , peu variable et cependant tout à fait alpestre. J'ai pu en constater par moi-même les bons effets sur des convalescents , des enfants chétifs et scrofuleux et des gastralgiques , qui avaient été transformés sous l'influence bienfaisante de ce séjour. L'abord du Val d'Illier n'est pas aussi facile qu'on pourrait le désirer, et il importe au succès de l'établissement de Champéry que la route soit améliorée et qu'on ne soit point obligé de mettre pied à terre en s'élevant depuis Monthey jusqu'aux autres villages de cette riche contrée.
Entre la vallée d'Abondance et celle de Champéry est le village de Morgins (IMl), que l'on recherche depuis plusieurs années non-seulement pour les qualités de son atmosphère , mais aussi pour ses sources ferrugineuses qui jouissent d'une faveur méritée. Cette réputation n'est point usurpée, aussi n'hésiterais-je pas à conseiller Morgins à tous ceux qui ont besoin d'être fortifiés , si les abords étaient plus faciles et les logements plus confortables. Néanmoins les avantages me paraissent dépasser les inconvénients , et c'est aussi l'avis de ceux qui y ont retrouvé force et santé au milieu de cette belle vallée, qui abonde en sites sauvages et pittoresques.
Il n'est aucune portion de notre Suisse qui soit aussi richement pourvue en stations sanitaires que les environs de St-Maurice, Bex, Aigle et Villeneuve. Nous avons déjà parlé de la rive gauche du Rhône, parcourons maintenant l'autre bord.
Les bains de Lavey (433) soiil dans une situation que l'on peut considérer comme formant un contraste frappant avec les climats de montagnes, aussi n'en parlai-je que pour signaler quelques fermes situées sur les hauteurs environnantes, où l'on peut respirer un air vif et très-difïérent de l'atmosphère chaude et humide de l'établissement thermal.
Le climat de Bex (409) ressemble à celui de Lavey ; c'est une localité abritée de trois côtés, traversée par un torrent, encaissée entre des collines boisées et dominée par de hautes sommités ; aussi y trouve-t-on beaucoup de chaleur et d'humidité ; l'on y séjourne agréablement dès le premier printemps, assez tard dans l'automne et même pendant l'hiver ; mais la chaleur est souvent accablante pendant les trois mois d'été. C'est un précieux centre d'excursions et une utile ressource pour ceux qui , après avoir demeuré sur les hauteurs voisines, en ont été chassés par la pluie ou la neige, les brouillards et le froid.
Si l'on remonte le cours de l'Avençon, deux routes se présentent et conduisent l'une à Grion , grand et beau village situé sur un promontoire à la jonction de deux vallées et abrité contre le vent du Nord. Malgré son altitude, qui est considérable (1235), Grion jouit d'une température douce et agréable pendant les mois d'été. L'air y est vif et léger , aussi bon nombre de malades viennent chaque année y faire quelque séjour. Les environs sont pittoresques , mais trop accidentés , en sorte qu'il est fort difficile de se promener sans monter ou descendre. Aussi Grion convient-il mieux aux jeunes gens qui, quoique valétudinaires, ont encore la force d'aller chercher au loin quelque site agréable. Lesrhumatisans, les phthisiques et les hypocondriaques , ainsi que tous ceux qui craignent le froid 3 se trouveront très-bien de
respirer Patmosphère tonique et adoucissante de Orion; les pensions y sont bonnes quant à la nourriture et au logement.
En face de ce village, et de l'autre côté de FAvençon, se trouve le village des Plans de Frenière (1120), qui occupe le centre d'un petit vallon tout entouré de montagnes boisées ou escarpées. Ce lieu retiré est Tune des solitudes les plus agréables de nos Alpes; on y jouit d'une température douce et fortifiante , à l'abri des vents du nord , en sorte qu'on peut conseiller les Plans comme une excellente station pour les mois d'été. Il ne faut pas y venir de bonne heure ou y séjourner tard en raison des neiges qui abondent sur les sommités environnantes. Les pensions que l'on trouve aux Plans sont encore assez simples , mais elles s'améliorent chaque année et ne tarderont sans doute pas à être au niveau de celles que l'on trouve dans les villages voisins.
Au-dessus d'Ollon (615) et dans une déhcieuse vallée qui fait face à l'un des plus beaux panoramas de nos Alpes, sont Chesières (1220) et Yillard (1275), deux hameaux d'une même paroisse, où l'on jouit d'un bon gîte et d'une atmosphère plus tonique et plus froide que celle de Grion ou des Plans.
Si l'on quitte la jolie petite ville d'Aigle (419), où Ton peut faire des cures de raisin et passer le premier printemps et Tarrière-saison, et que Ton s'élève, en suivant une route des plus pittoresques, l'on atteint la vallée des Ormonds , bien connue des valétudinaires qui la fréquentent dès longtemps.
Trois localités sont surtout recherchées des malades, le Sepey ou Ormonds- dessous (1129) ; les Plans ou Or ■ monds-dessus (1163) et la Comballaz (13-i9). Le Sepey est une station intermédiaire entre la plaine et la Comballaz, mais comme on le voit, par son altitude, elle se
rapproche beaucoup plus des climats alpestres; il y fait encore très-chaud au milieu du jour, mais les soirées y sont fraîches et souvent humides; le village est exposé au levant et on y trouve deux pensions. Le Sepey peut servir de première station pour les personnes très-impressionnables, et convient à ceux qui ne peuvent supporter l'air trop excitant des deux autres stations de cette vallée.
Les Plans des Iles ou Ormonds-dessus (1163) sont situés au pied des Diablerets, dans un petit vallon isolé et sauvage. La chaîne des Diablerets y forme un cirque couronné par les glaciers, et ses parois abruptes sont sillonnéesparde nombreux petits ruisseaux qui tombent en gracieuses cascades.
C'est en face de cette scène grandiose que l'on vient de construire l'hôtel des Diablerets , grand et confortable établissement destiné à recevoir les touristes et les malades. Ceux-ci y trouveront des logements commodes, une bonne nourriture et ils pourront y séjourner pendant quelques semaines ; le voisinage des glaciers, joint à la hauteur considérable de ce petit vallon, en font un lieu essentiellement tonique et excitant. La chaleur y est souvent très-forte au miUeu du jour, mais les soirées sont fraîches et les boistrès-rapprochés, en sorte que l'on peut se promener sans souffrir de la chaleur ; les petits sentiers y abondent et l'on n'est pas toujours obligé de monter ou de descendre pour en parcourir les environs.
En résumé, les Ormonds-dessus peuvent être conseillés à ceux qui ont besoin d'être fortifiés et qui ne craignent pas une atmosphère excitante. Mais les personnes très-impressionnables sont souvent obligées de quitter cette station à la suite d'insomnies et de palpitations qui comproiuettent le résultat de la cure.
Ces remarques s'appliquent encore mieux à la Comballaz (1349) qui est plus élevée de deux cents mètres. L'excellent hôtel qu'on y a bâti est un lieu de séjour trèsrecherché par les Anglais et par les valétudinaires qui désirent retrouver les forces et la santé. J'y ai vu des enfants et des adultes débilités par de longues maladies , être vivifiés sous l'influence d'un air trèsexcitant.
Non loin de là se trouve la Lécherette (1260), où l'on a l'intention de construire un hôtel qui présentera quelques-uns des avantages de la Gomballaz.
Ces diverses localités forment avec Aigle un ensemble de stations qui peuvent se remplacer et se compléter réciproquement. Pendant les grandes chaleurs, l'on peut séjourner à la Lécherette, à la Comballaz et aux Ormondsdessus ; lorsque la température s'abaisse ou si l'on est très-impressionnable , l'on redescend aux Ormondsdessous. Enfin, s'il survient des temps froids et humides, l'on peut se réfugier à Aigle, où l'on trouvera un climat doux et presque méridional.
S"" LES VALLÉES DE NEUCHATEL, LE JURA BERNOIS, LES ENVIRONS DE SOLEURE , DE BALE ET DE ZURICH. Nous
comprenons dans cet article ce qui concerne le Jura en dehors de la vallée du Léman, et nous rechercherons, dans cette longue chaîne de montagnes, quelles sont les localités les mieux appropriées au séjour des malades.
Rappelons , en commençant , ce que nous avons déjà signalé sur la température du Jura , qui est plus froide, et presque toujours aussi plus humide que la chaîne centrale des Alpes. Nous en avons des exemples frappants dans le canton de Neuchâtel, où les hauts plateaux du Val-de-Travers, du Locle et de la Ghaux-de-Fonds ont un climat remarquablement froid, avec un hiver presque ;
sibérien ; la température s'y abaisse quelquefois en hiver jusqu'à 20° et 30° C. au-dessous de zéro, et la neige y séjourne souvent pendant six à sept mois.
Les longues et belles vallées du Jura bernois et soleurois présentent les mêmes caractères météorologiques, quoiqu'à un degré moins prononcé.
L'on peut donc considérer ces régions comme caractéristiques des climats du nord, et s'ils ne peuvent être conseillés comme quartiers d'hiver, l'on doit néanmoins y rencontrer de nombreuses localités propres à servir de séjour d'été. Les malades y trouveront , avec une température modérée, la légèreté et l'élasticité de Fatmosphère des montagnes, à des hauteurs moins considérables que les stations correspondantes sur les Alpes. Cela dit, examinons les ressources que peuvent nous offrir les vallées du Jura dans les régions dont nous venons de parler.
Deux localités du canton de Neuchâtel méritent de fixer notre attention, Chaumont (1099) et la Tête-de- Rang (HS^). La montagne de Chaumont est admirablement située en face de la chaîne des Alpes; elle domine les lacs de Bienne et de Neuchâtel, peu distants de ces deux villes, et surtout de cette dernière, d'où Ton y parvient facilement. L'air y est vif et peut convenir à ceux qui ne craignent pas une atmosphère excitante ; quelques familles des environs y possèdent des chalets-campagnes où elles viennent passer la belle saison ; celui que l'on nomme le Château a été dernièrement transformé en auberge et l'on y peut séjourner agréablement, mais le nombre des hôtes est nécessairement très-restreint. On y arrive par une belle route carrossable. La Têtede-Rang, qui est la sommité la plus élevée du canton, possède un joli petit hôtel bâti récemment, surtout il est vrai dans un but de promenade pour les habitants
de la Chaux - de - Fonds ; les malades seraient logés d'une manière modeste, mais très-suffisante, et y trouveraient une atmosphère essentiellement tonique et vivifiante. Les ravissantes promenades et la vue splendide que Ton contemple de toutes parts dans les environs peuvent aider à la cure d'air que viendraient y faire les hypocondriaques, les chlorotiques et les convalescents. Mais tous ceux qui ont la poitrine délicate ou quelque tendance aux hémorragies et à Pasthme doivent éviter un lieu de séjour trop excitant pour eux.
Les vallées que domine la Tête-de-Rang sont à un degré d'altitude qui peuvent les faire rechercher comme séjour d'été par les ouvriers graveurs ou horlogers qui désireraient continuer leurs occupations, tout en respirant un air de montagne ; les villes de la Chaux-de- Fonds (1034), de la Chaux-du-MiUeu (1077) ou du Locle (921) pourraient remplir tous leurs désirs à cet égard. Aussi m'estimerai-je heureux si je puis, par ces indications, mettre à la portée des classes ouvrières une ressource médicale qui semble être l'apanage exclusif des riches et des oisifs.
Plusieurs beaux villages du Val-de-Ruz pourraient être choisis dans le même but, ou sont déjà recherchés comme résidence d'été par les habitants de Neuchâtel. Lignières (808), au pied du Chasserai , les Geneveys sur Cofîrane (876), les hauts Geneveys (956) et Fontaine (769) pourraient remplir ces indications.
Le Val-de-Travers a une température moins froide que les portions voisines, vu sa direction du nord-est au sud-ouest.
Couvet (737), Motier (736) et Fleurier (748) sont de riches villages, où l'on trouverait à se loger commodément, et où les malades pourraient séjourner avec avan-
tage et y respirer un air aussi vif que dans plusieurs localités plus élevées.
Non loin de Neuchâtel se trouve le village de Sainte- Croix (1 108), qui est bâti dans une vallée du Jura et participe de son climat âpre et excitant. Il est entouré de chalets et de maisons situées sur les hauteurs environnantes, où il est facile et agréable de passer quelques semaines de la saison chaude.
Dans le voisinage immédiat de Soleure et sur une des sommités du Jura, le Weissenstein (1282) , Ton trouve un établissement surtout destiné aux cures de petit lait^ mais que l'altitude , l'isolement et le magnifique panorama qui se déroule alentour, contribuent à faire rechercher dans un but sanitaire. Les logements y sont commodes et la nourriture ne laisse rien à désirer, en sorte que nous n'hésitons pas à conseiller un séjour au Weissenstein aux malades et aux convalescents qui ont besoin d'un air vif, quoique assez tempéré et constamment renouvelé ; ceux qui souffrent des brusques transitions de température feront bien de choisir un lieu moins élevé et mieux abrité.
L'on arrive au Weissenstein par deux routes, depuis Moutier, du côté du nord, et d'Oberdorf du côté du midi ; elles ont été notablement améliorées, mais laissent encore quelque peu à désirer pour des personnes qui craignent les secousses du cahotement.
Il y a dans le Jura bernois plusieurs riches villages dont la position serait très-favorable pour les malades, qui y trouveraient de bons hôtels et des environs pittoresques. Ce serait le cas de Saint-Imier (819), Courtelary (726), Tavanne (776) et Moutier (515). Les bains de Pery (638), au-dessus de Bienne, sont très-bien abrités des vents du nord. L'on pourrait aussi séjourner dans les environs de l'ancienne abbaye de Bellelay (1000),
au milieu d'un pays très-sauvage. Mais aucune de ces localités n'ayant encore été choisie dans un but sanitaire, je ne puis dire si l'expérience viendrait confirmer mes indications fondées sur des données purement topograptiiques.
Les habitants de Bâle choisissent, comme séjour d'été, le village le plus élevé de leurs environs, celui de Langenbruck (718), et il paraît que l'air vif et tempéré que l'on y respire forme un contraste suffisant avec la chaude température des bords du Rhin, qui sont situés 140 mètres plus bas.
Goldswyl (534) est aussi fréquenté en été à cause de sa température plus fraîche que celle de Bâle. L'on trouve aussi dans les environs quelques établissements de bains qui , par leur position élevée , contribuent au succès de la cure; c'est le cas de Schauenburg (486), aune lieue et demie de Liestal, qui est bien abrité des vents du nord, grâce à une sommité d'où l'on jouit d'une fort belle vue; les mêmes avantages se retrouvent à Ettingen (514), situé au fond d'une des petites vallées du Jura.
Nous avons signalé, dans un autre ouvrage ' , les remarquables faits géologiques qui caractérisent les deux extrémités de la chaîne du Jura , c'est-à-dire le nombre et la variété des sources minérales qui abondent , d'un côté, dans les environs d'Aix en Savoie, et à l'autre terminaison du Jura, dans les environs de Zurich et d'Arau.
M. le professeur Mousson estime qu'il doit y avoir à la base de la chaîne des Bauges, une faille ou fissure d'une certaine étendue, et que par cette fissure, qui date sans doute du soulèvement de l'arête jurassienne, il s'est étabU une communication avec l'intérieur de la terre
' Une cure aux bains d'Aix, Genève 1853.
jusqu'à une profondeur assez considérable, et qu'il en est résulté la sortie des sources d'Aix-les-Bains, de Saint- Simon, de Marlioz et de Challes, et dans la vallée voisine de risère, celles de Goise et d'Allevard.
Il existe également à l'autre extrémité du Jura un nombre considérable de sources thermales ou minérales, celles de Baden, en Argovie, de Schinznach, de Milligen, Birmenstorf et Wildegg, qui sont dans un rapport intime de composition avec celles de la Savoie.
Mais pour en revenir aux stations médicales, il y en a peu qui méritent d'être notées dans les environs de Zurich. L'on trouve, il est vrai, sur l'Uetliberg (867) une grande auberge bien située et bien aérée qui pourrait recevoir des malades aussi bien que des voyageurs ; mais il ne paraît pas qu'elle soit très -fréquentée dans ce but. Il existe aussi deux établissements de bains sur la rive gauche du lac : ce sont le Niedelbad et Rocken (512), à peu de distance de Horgen. L'on trouve également dans la partie orientale du canton les bains duGyrenbad, qui sont fréquentés par les habitants des contrées voisines.
L'une des localités les mieux connues est celle que l'on trouve sur l'Albis; elle a été choisie depuis plusieurs années par le D' Brunner pour y fonder un établissement hydrothérapique, maintenant bien connu des malades. Les cures accomplies sous sa direction à Albisbrunnen (853), sur un replat et à mi-hauteur de la montagne, sont, sans doute, dues à la longue expérience du docteur, mais aussi à l'air vif et tonique de cette région. La facilité de l'abord et le beau panorama des Alpes que l'on a devant les yeux ajoutent aux avantages de cette station médicale, qui offre de précieuses ressources à ceux qui veulent joindre aux bons effets de l'hydrothérapie ceux d'un véritable séjour de montagne.
i"" BERNE ET l'oberlând BERNOIS. Reveiions maintenant au grand plateau central des Alpes et au canton de Berne, qui en forme le centre géographique avec autant de raison qu'il est devenu le centre politique de la Suisse.
L'on trouve dans l'Oberland beaucoup de villages où règne, à une altitude modérée, un climat auquel le voisinage des glaciers et des hautes sommités donne quelques-unes des qualités de l'atmosphère des hauteurs: c'est le cas de Blumenstein (672), où l'on peut faire une cure de bains sulfureux, de Thun (562), Interlaken (560), Brienz (584), Meyringen (606) et Lauterbrunn (791). Et comme dans toutes ces localités l'abord est facile, les routes excellentes, les auberges ou pensions nombreuses, souvent de premier ordre, et qu'en môme temps le pays environnant peut être à bon droit considéré comme l'un des plus pittoresques de notre Suisse, il n'est pas étonnant que touristes et malades s'y donnent rendezvous.
Nous ne pouvons mieux faire que d'encourager ces derniers à séjourner pendant quelque temps dans l'Oberland. Ils trouveront dans les diverses stations que nous avons nommées, ou un air vif et fréquemment renouvelé, ou une chaleur tempérée qui participe encore, à certains égards, des climats de montagne. Les valétudinaires pourront chercher le lieu le mieux approprié à leur goût et à leur genre de mal, et le changer contre quelque autre, si les effets produits sur leur santé ne répondent pas à leurs désirs.
Sur les hauteurs voisines l'on trouve des séjours plus toniques et plus stimulants que ceux dont nous venons de parler. C'est le cas de l'Abendberg (1105), où le D"" Guggenbiihl a placé son établissement destiné aux crétins et aux idiots; de Grindelwald (1046), situé au
milieu d'un délicieux vallon des hautes Alpes, non loin des glaciers et en face du Mônch, de PEiger et du Wetterhorn; Thôtel du Faulhorn, bâti à 2620 mètres, présente l'un des panoramas des Alpes les plus grandioses et les plus étendus; de Fhôtel situé sur le point culminant de la Wengernalp (1896), en face delà Jungfrau; des bains de Rosenlaui (1351) et de ceux du Gurnigel (1155). Ces deux dernières localités, plus spécialement destinées aux malades, présentent aussi des ressources plus complètes pour les personnes délicates. Mais il ne faut pas oublier que la grande hauteur de ces deux bains sulfureux ne permet pas d'y arriver avant la saison la plus chaude et d'y séjourner dès que les premières neiges de septembre commencent à tomber.
Le magnifique paysage qui se déroule alentour, l'atmosphère embaumée des bois de sapins et l'air vif et tonique qu'on y respire font de ces stations les séjours de montagne les plus caractéristiques. Et sans vouloir déprécier les bons effets de l'eau sulfureuse, il est impossible de ne pas tenir compte de l'effet produit sur les constitutions délabrées par la position élevée de ces deux locaUtés. Mais il ne faut pas oublier qu'en conséquence de cette altitude toutes les personnes nerveuses, impressionnables et frilleuses doivent rechercher une habitation moins froide et moins excitante.
5« LE SIMMENTHAL ET LA GRUYÈRE. A l'ouest de
rOberland se trouve une longue vallée, celle du Simmenthal, qui se bifurque en plusieurs divisions et se continue avec la Gruyère vaudoise et le pays d'En-Haut. En remontant le cours de la Simmen l'on contourne le Niesen (2384), vaste promontoire pyramidal, sur lequel il était question d'élever un hôtel d'où la vue des Alpes serait vraiment admirable et où Ton se trouverait dans l'atmosphère des hautes Alpes.
Non loin de l'ouverture de la vallée se trouvent les bains de Weissenburg (896) , qui sont fort recherchés pour combattre les maladies catarrhales , les phthisies commençantes et les atîections chroniques des voies digestives. La position encaissée du vaste établissement thermal ne permet pas au soleil d'y pénétrer plus de deux ou trois heures par jour ; mais son altitude en fait un séjour précieux pour ceux qui désirent joindre les bons effets d'un climat tempéré à l'action bienfaisante de ces eaux alcalines.
Zweisimmen (980) et Gessenay (1023) pourraient aussi être choisis pour y demeurer , mais on doit leur préférer Rossinière (850) et Ghâteau-d'Oex (942), qui sont sur le versant oriental. L'on trouve dans ces deux localités d'excellentes pensions, et à Rossinière, le plus grand chalet des Alpes que son propriétaire a transformé en une demeure fort agréable pour les valétudinaires ; ils peuvent avoir la certitude d'y trouver de bons logements, une nourriture soignée et des soins empressés. Les pensions de Château-d'Oex sont plus simples et cependant fort bonnes. L'air de cette vallée est souvent très-chaud dans le milieu du jour, mais presque toujours tempéré le matin et le soir par des courants ascendants et descendants. C'est un excellent séjour d'été pour ceux qui craignent les grandes chaleurs et qui ont besoin d'être fortifiés mais non pas excités. Les phthisiques commençants, les chlorotiques et les hypocondriaques s'en trouvent fort bien et peuvent y passer quelques semaines de juin à septembre.