FRANÇOIS CI.OUET. SA VIK
François Glouet naquit à Tours; el, si l'on ignore encore la date exacte de sa naissance, au moins peul-on l'indi-
François Clou et. —
Robert de la Marck, Duc i>e Bouillon
(Dessin).
(Cabinet, des Estampes.)
LES CLOUEÏ. 47 quer approximativement d'après celle de sa mort, dont on est sûr. Ayant trépasse le 22 septembre 1572, il a dû venir au monde vers 1516; car, en 1540, un manuscrit le prouve (1), il remplaça son pore dans sa charge de peintre du roi, aux mêmes gages et prérogatives ; or, quoique fds d'un maître bien en cour et lui-même sympathique au monarque, eùt-il été investi de cette sorte d'une telle fonction, s'il n'avait eu plus de vingt ans?
Formé par son père dont il possédait toutes les qualités, François s'affirma très vite caractériste insigne; et l'on reporta sur lui toute l'estime dont on avait enveloppé Jean. La cour lui prodigua ses faveurs; les poètes, Ronsard en tête, l'auréolèrent de louanges. Le roi trouvait que le jeune artiste marchait déjà très bien sur les traces de son regretté Janet et caressait l'espoir qu'il le dépasserait; il le déclara nettement dans son acte de donation signalé plus haut et lui octroya des lettres de naturalisation. De 1540 k 1546, François resta le seul peintre du roi: il eut ensuite à ses côtés un artiste fort intéressant, que ses portraits en émail classent parmi les bons interprètes de physionomies : Léonard Limosin.
Quand mourut François P'', en 1547, ce fut notre Clouet qui prit, à Rambouillet, l'empreinte de la face du feu roi. Après en avoir fait aussi un estampage et une étude dessinée, il alla confectionner le moulage à Paris, et, comme le temps pressait, il passa plusieurs nuits avec ses auxiliaires
(1) Bibliothùquu naLionalc, nis. l'ranrais, 21450. Dès 1540, François Glouut reçut 240 livres comme gages annuels.
pour iiienci' à bien cotte besogne assez délicalc. Il s'agissait de donner rilliision du cadavre royal au moyen d'un mannequin costume et d'un buste en cire coloriée, auquel on appliquait, en se servant de mastic, une chevelure et une barbe postiches. C'est ce que l'on appidait une l'epresentation funéraire. Notre artiste établit le buste en ronde bosse avec de la terre à potier, d'après son propre moulage, puis il en surveilla l'exécution en cire. 11 moula et mod(da de môme les mains dans deux poses diverses, les unes jointes pour servir pendant l'exposition de l'effigie, les autres « clozes » de manière à tenir le sceptre et la main de justice au cours des cérémonies funèbres. Quant à la carcasse d'osier que l'on devait recouvrir du costume royal et qu'il fallait, par conséquent, proportionner comme le gisant, un ouvrier l'apprêta sous la direction du jeune maître. Celui-ci fut aussi chargé de peindre les motifs décoratifs des obsèques ainsi que les lleurs de lis des bannières et des enseignes destinées aux gentilshommes, aux archers de la garde et aux Suisses. Ces travaux rentraient dans les attributions des peintres de nos rois (1).
Henri II n'eut garde de se priver des services d'un artiste tel que François Clouet, il le maintint dans ses prérogatives et lui adjoignitle peintre Guillaume Boutelou. Bientôt
(1) Ces peintres, comme tous ceux qui faisaient partie de la maison royale, portaient le deuil des monarques défunts. On leur donnait Tétoffe nécessaire. A la mort de François I^r, notre Clouet reçut six aunes et demie de drap noir à. 4 livres l'aune. Ms. ClairambauU, 1216, fol. 60. Deux ans auparavant, il avait été chargé de la pompe funèbre du petit duc d'Orléans.
LES CLOUEÏ. 51 aprrs il manifesta combien il prisait Teminent protraitureur; en 1551, il le gratifia d'une charge de commissaire au Cliàtelet (1).
Le maître n'en continuait pas moins, selon la tradition, d'exécuter des travaux d'ordre décoratif. Une quittance nous apprend qu'au début de l'amiée 1550 il avait peint les devises et les croissants lacés du roi sur le coffre d'un chariot branslant fabriqué par Francisque de Garpy, menuisier italien établi à Pai'is. Les comptes nous informent qu'en juillet 1559 il organisa les obsèques et les pompes funèbres de Henri 11, répétant pour ce roi ce qu'il avait fait pour son prédécesseur. A partir du règne de François II, sa situation devint magnifique; on ne se lassait pomt de sa manière qui, d'ailleurs, répondait à merveille au g-oût français el nul rival ne lui portait ombrag-e. C'est enveloppé d'honneur et de gloire qu'il rendit l'àme (2),
La veille de sa mort, le 21 septembre 1572, il avait fait son testament en pi-ésence du curé de Saint-Merry, sa paroisse; il léguait 1200 livres à ses deux fdles naturelles, Diane et Lucrèce, et une rente de 600 livres sur l'hôtel de ville à sa sœur Catherine, épouse d'Abel Foulon. Celle-ci
(1) Bibliotlirquc nationalo, Ibnds fraïK-ais, 5128, p. 511. Ces (•liarges vénals étaient octroyées coiiinic récompenses et se revendaient; François céda la sienne à un certain J. Paulmier.
(2) A une époque encore inconnue, il avait été appelé au contnMe général des elïigies de la Monnaie. S'il n'eut pas la charge même de contrôleur, il est certain qu'il en remplit les fonctions, car on sait qu'il fut mandé, le 9 décembre 1569, à la Cour des Monnaies, pour émettre son avis sur la valeur d'un nouveau poinçon à l'enigie de Charles IX, que venait de graver Claude de Héry.
revendiqua la succession de son frère et obtint les autres biens : une maison de rapport, rue Saint-Avoye, celle même dans laquelle il mourut, et quelques arpents boisés dans la forêt d'Orléans (1).
Le dernier compte relatif à François date de 1570; il nous fait savoir que, l'année môme où il portraitura si splendidement François de Coligny et si précieusement le Charles IX destiné à la cour de Vienne, le maître peignit aussi des bannières.
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