PORTRAIT DE HENRI II
Miniature de la Collection d’Hamilton Palace, grandeur de l’original, présumé de François Clouet.
vivant à la cour entre i56o et 1570, la belle Mme de Villeroy, femme du secrétaire d’État; Mme du Goguier, la princesse de Condé, de la
LES ARTISTES CÉLÈBRES
maison d’Orléans, rivale de la pauvre Isabeau de Limeil ; la comtesse de Montrevel, mère de de Carnavalet ; la très mûre princesse de la Roche-sur-Yon, gouvernante des filles de la cour; Jeanne d’Albret en costume de deuil ; meme des femmes du peuple, Mme Lyébault une bourgeoise, Duval qu on a dit etre un peintre de crayons1.
Ce cahier précieux, François Clouet l’avait conservé chez lui, comme on garde aujourd’hui des clichés en vue de commandes ultérieures ; il n’avait point inscrit les noms parce qu’il reconnaissait, pour les voir souvent, chacun des modèles. Ce fut Benjamin Foulon qui mit sur chacun d eux leurs titres et parfois une note explicative du genre de celle-ci : « M' le Gast quy fut tué par le baron de Viteaux ». — « Jehanne d’Albret mère de Henry y ». On comprend que François Clouet, mort en 1572, l’année de la Saint-Barthélemy, n’eût point mis cette indication complémentaire. D’ailleurs, suivant que je l’ai établi dans les Portraits aux crayons , l’écriture de Foulon est connue : son art cotonneux, mièvre, un peu étroit et mesquin, est également déterminé par la pièce qu’il a pris soin de signer. Les crayons dessinés par lui sur les feuilles blanches de l’album de son oncle ont une irréfutable estampille.
Les œuvi es dessinées de la Bibliothèque nationale nous paraissent donc mériter de tous points l’attribution à François Clouet. On peut se convaincre, par celles que nous avons fait reproduire ici, quelle concordance de moyens les relie aux peintures authentiques de notre grand peintre de figures. Ce sont les mêmes qualités, sobres à la fois et très écrites, la toute pareille manière de placer son modèle, de le camper, de n’exagérer ni 'passer aucune tare de physionomie. Clouet n’embellissait pas, il disait cruellement le vrai, sans admettre les flatteries. De plus, il a atteint le dernier mot de la perfection, tandis que dans les portraits de la collection Carlisle, aujourd’hui à Chantilly, on devine plus de jeunesse, plus de brio et d’entrain. Et puis les crayons de Chantilly avaient été réunis en cahier, probablement pour un amateur contemporain ; Clouet avait dû transcrire pour ce curieux les clichés conservés par devers lui. Mais tous les dessins de la collection Carlisle ne sont point dans ce cas; il y en avait d’isolés, pourvus de notes manuscrites, comme ceux de la Bibliothèque nationale, ce qui leur constitue un état absolument original, l’état de cliché dont nous parlions. Tel celui représentant la princesse de la Roche-sur-Yon, dont le costume est indiqué comme 1. J’ai donné la liste de ces portraits dans le même ouvrage, p. 44-45.