PORTRAIT DE CHARLES IX
Miniature autrefois conservée à Hamilton Palace et attribuée à Franço:s Clouet.
d’hui d’émettre des doutes sur le portrait de la reine Élisabeth du Salon carré, sur l’aquarelle merveilleuse de Chantilly conçue dans le même esprit et représentant la reine Margot enfant. Ce sont d’absolus chefs-
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d’œuvre, tels que l’école française n’en saura guère produire de meilleurs par la suite.
Il y avait également une peinture sur panneau, autrefois chez Gaignières qui la reporte à Clouet sans hésitation, probablement sur le vu d’une écriture authentique, et qui montrait le duc de Longueville, Léonor d’Orléans, en costume noir. Ce tableau est aujourd’hui perdu ; je signale ici cette physionomie un peu maussade de jeune homme imberbe tout de sombre vêtu, portant une toque à plume et le collier de l’ordre. S’il se retrouve quelque jour, il nous fournira un bel appoint dans la détermination des œuvres du maître'.
A dire vrai, le crayon était dans le travail de François Clouet la partie intéressante. C’était aux crayons de couleur qu’il traitait ses premières esquisses d’après lemodèle, parce que cette manière deprocéder demandait une pose moins longue, et un moindre déploiement d’accessoires. Le peintre d’alors ne recevait pas dans son atelier, il se rendait à domicile, croquant sur un bout de table le personnage impatient de se savoir terminé. Le Cabinet des Estampes possède le crayon « sur le vif» exécuté d’après la jeune reine Elisabeth d’Autriche; c’est lui que le peintre à transcrit à l’huile sur panneau. On se peut facilement convaincre que rien ne manque dans l’original esquissé de ce qui se verra parachevé et fini dans la peinture définitive.
Cette priorité reconnue du croquis au crayon lui donne une importance particulière; c’est le premier jet, l’idée toute neuve, sans retouches ni reprises. La preuve qu’en les traçant l’artiste les réservait à une transcription plus soignée ressort des notes manuscrites mises par lui dans le détail du costume. Il indique la couleur des plumes, des soies, des passements; il note les erreurs de proportions pour les rectifier à la peinture. Jean Clouet agissait de même, et les crayons de Chantilly ont presque tous des indications semblables, de la même écriture, ce qui démontre l’unité d’origine.
Parmi le fatras de choses excellentes et de médiocrités mêlées, pour l’instant conservées au Louvre, à la Bibliothèque nationale, au Musée Condé, à Chantilly, quelles sont celles qu’on peut avec vraisemblance reporter à François Clouet? Par induction, le crayon d’Élisabeth d’Au-
i. Bibliothèque nationale, Département des Estampes, Oa 17, fol. a3. Peut-être ce portrait est-il celui aujourd’hui conservé au château d’Eu, et qui fut copié pour les collections de Versailles. Je n’ai point eu occasion de le voir encore.
PORTRAIT DE MARGUERITE DE VALOIS ( LA REINE MARGOT), ENFANT, Crayon du Cabinet des Estamoes, pre'sumé de François Clouet.
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triche dont nous avons parle' pourrait servir à baser des comparaisons. Malheureusement il a beaucoup souffert, il s’est éteint, et les finesses ont un peu disparu. Il faut chercher d’autres identifications, et c’est au Cabinet des Estampes que nous les rencontrons, sinon péremptoires et inattaquables, au moins singulièrement plausibles.
En mourant, François Clouet léguait à sa sœur Catherine, femme d’Abel Foulon, une rente de 600 livres sur l’Hôtel de ville. Catherine avait un fils, Benjamin, destiné à la carrière de son oncle et qui commençait à crayonner des portraitures. Y a-t-il impossibilité à ce que Clouet, mourant sans héritier mâle, eût abandonné à ce jeune homme les croquis de ses albums, ses outils de travail, son atelier comme nous dirions? En 1825, le conservateur du Cabinet des Estampes achetait pour 5oo francs à un sieur Lecurieux un cahier de crayons du xvie siècle, dessinés par deux mains très différentes. L’une, d’une habileté extraordinaire, avait exécuté une série de portraits datés de i56oà 1567 et représentant des personnages célèbres. L’autre artiste, venu postérieurement, avait utilisé les pages blanches et avait également crayonné des illustrations de la fin du xvie siècle, des contemporains du roi Henri IV. Par un hasard bien inattendu dans ces matières, ce dernier avait signé de son nom une de ses œuvres : Fulonius fecit. J’ai démontré ailleurs que ce Foulon ne pouvait être que Benjamin Foulon, et que l’écriture mise sur les portraits plus anciens, et sur les siens propres, était son écriture irréfutable1. De qui donc Benjamin Foulon, neveu de François Clouet, tenait-il les portraits de gens qu’il n’avait pu connaître, sinon de Clouet lui-même? Je ne crois pas que le doute soit possible et qu’on discute fortement cette supposition. Nous avons, je l’espère, un fil certain qui se fortifie d’ailleurs de tous les rapprochements.
Clouet avait pris ses esquisses d’après des dames et des seigneurs vivant entre 1 5 5 g et 067, à l’époque des premiers troubles. Un d’entre ces personnages, le maréchal Strozzi, porte une date, 1567. On y retrouve Mme de Retz, de la maison de Clermont, et ce dessin servit à peindre un portrait sur panneau aujourd’hui conservé dans la galerie du prince Czartoryski, où il porte le nom de Catherine de Médicis; on y voit également une admirable esquisse de François de Coligny, sieur d’Andelot, peut-être la plus parfaite de la série ; une Marguerite de Valois côte à côte avec son persécuteur Louis de Bérenger du Gast, et avec son