‹ Les Clouet et Corneille de LyonChapitre 4 sur 27 · ODET DE FOIX, SIEUR DE LAUTREC · texte numérisé non relu

ODET DE FOIX, SIEUR DE LAUTREC

Miniature de Jean Clouet.

LES ARTISTES CÉLÈBRES

De tant de menus faits relevés par les archivistes, publiés dans tous les recueils, il ne nous est pas resté une note concernant une œuvre connue. C’est de chic comme nous pourrions dire, qu’on a attribué à Jeannet Clouet telle ou telle effigie peinte ou dessinée, en raisonnant par vraisemblance. Jusqu’à ces derniers temps on ne connaissait rien de Clouet, pas même un tableau traduit en gravure. J’ai signalé seulement ce Portrait d’Oronce Fine , publié par Thevet, dans sa galerie des Hommes illustres , et qu’il donne nettement à Clouet sur la foi du fils d’Oronce Finé lui-même 1 ; et je gagerais que si ce tableau avait survécu, il serait pour l’instant classé au nom d’Holbein dans quelque Musée. C’est, autant que la gravure médiocre permet de le reconnaître, un travail très rapproché de celui du maître de Bàle; Oronce Finé est à mi-corps devant une table où sont disposés ses instruments scientifiques, une sphère, un compas, des livres, une écritoire.. On sent, en dépit de l’interprétation maladroite, que l’original était une œuvre solide, sincère, et fort écrite. C’est au plus juste le même art que le portrait de François Ier au Louvre, dans lequel la précision du costume, la simplicité de la tête, le luxe des accessoires attestent la belle naïveté du portraitiste, et la recherche précieuse de la chose moins utile, la soutache du pourpoint, ou la détermination oiseuse des moindres plis de l’étoffe 2.

Parmi tous les portraits, panneaux peints ou crayons conservés au Louvre, au Musée de Versailles, à Chantilly ou à Azay-le-Rideau, donnés à Jean Clouet le père un peu facilement, je n’en sais pas trois que j’oserais lui reporter sans crainte. Il faut se rappeler que Clouet n’était point seul à la cour, que son frère même y travaillait sur la recommandation de Marguerite de Navarre 3, que tous ces hommes se copiaient et se recopiaient à l’infini, suivant les besoins ou les commandes. Savons-nous si Champion, si Barthélemy Guéty, si Jean Perre'al même ne faisaient point de portraitures ? Jusqu’à nouvel ordre

1. Galette des Beaux-Arts. Le Portrait en France au XV P siècle. 2° période, t. XXXVI, p. 108, 2 1 8, 464.

2. Ce portrait de François Ier porte le n" 109 du Musée du Louvre, et M. Villot restait à son sujet dans une prudente réserve. Vivant Denon l’avait attribué à Mabuse.

3. Génin, Lettres de Marguerite, p. 342, n° 70. La lettre où Marguerite de Valois recommande le peintre « frère de Jeannet, peintre du Roy », est datée de 029 et se trouve dans le ms. de Béthune, vol. ancien 83 16, fol. 3. M. de Laborde a dit par erreur que cet artiste était fils de Jeannet. Le frère de Jeannet était, en 1529, l’oncle de François Clouet, alors à peine âgé de quatorze ans.

LES C LO Ü ET ET CORNEILLE DE LYON i3

il se faut garder d’entraînement. Un jour viendra peut-etre ou quantité d’Holbein aujourd’hui reconnus reviendront à notre vieux maître français, tandis que nombre de Clouet authentiques iront à d autres. Gaignières, que son goût très fin et ses procédés de critique rigoureuse gardaient d’enthousiasmes inconsidérés, se défend bien de jamais inscrire le nom de Jean Clouet sur les tableaux de sa collection. Il}" mettra cependant celui de François Clouet et celui de Coineille de Lyon, mais il aura des raisons déterminantes pour cela, suivant que nous aurons occasion de le dire ci-après.

Au fond, la peinture à l’huile sur panneaux était ce que ces hommes faisaient le moins. On leur demandait surtout d’expédier vite une effigie, de prendre le minimum de pose et de produire à la hâte. D’où la mode des crayons sur papier venue dès les commencements du xvie siècle, et passée dans les moeurs au milieu du règne de François Ier. Le roi disait comme Catherine de Médicis dans ses lettres : que ce « soit un crayon pour estre plus tôt fait ». Le peintre était alors, révérence gardée, le photographe des seigneurs et des dames, il devait portraire vite et bien, sauf à se servir plus tard de son croquis à la sanguine pour un tableau ou une miniature. Jean Clouet était un miniaturiste, un crayonneur, un modeleur, il ne boudait jamais sur les otdies, grandes ou médiocres commandes, il faisait tout ce qui concernait son métier d’imagier. Mais jusqu’à ces derniers temps je m’étais refusé à lui attribuer la moindre figure crayonnée à cause de la médiocrité trop notoire des dessins portant la marque de son temps. Depuis, grâce à la libérale courtoisie de M. le duc d’Aumale qui a bien voulu me confier les crayons acquis à lord Carlisle en 1 889, j’ai dû revenir un peu sur mes réserves. Voici quelques faits nouveaux, un peu hypothétiques encore, mais dont la vraisemblance et la possibilité enhardissent singulièrement.

Cette collection de 3oo crayons achetée en bloc renferme une série de

ANNE DE MONTMORENCY, DEPUIS CONNÉTABLE, A l’aGE DE 22 ANS.

Miniature de Jean Clouet.

LES ARTISTES CÉLÈBRES portraitures allant de 1 5 1 5 à 1570 environ. Ce sont les seigneurs et les dames de Brantôme dessinés d’après le vif par deux ou trois artistes de premier ordre. Lord Ronald Gower avait autrefois publié ces chefsd’œuvre, mais ses reproductions ne donnaient qu’une faible idée des originaux b En les étudiant de près, on retrouve deux mains principales, deux procédés : l’un représentant des personnages ayant vécu de 1 5 1 5 à i5qo, l’autre des seigneurs de 1540 à 157c.

Le premier de ces artistes est un dessinateur hors de pair, il a d’Holbein la méticuleuse recherche de la ressemblance, l’ampleur du dessin, la raideur et la force à la fois. Ses crayons à la sanguine sont d'une habileté merveilleuse, et sûrement écrits d'après le modèle posant et arrêté. Rarement les noms se trouvent inscrits sur les feuilles, comme si l’artiste, ayant gardé ces esquisses chez lui, n’eût eu aucun besoin d’écrire les titres pour se rappeler les personnes. Après diverses comparaisons et de nombreux rapprochements, j’ai pu identifier plusieurs physionomies, celle du connétable de Montmorency à vingt-deux ans, celle de Bonnivet, du sieur de Tournon tué à Pavie, de Chabannes La Palice, de Fleuranges et d’Arthur Gouffier, grand-maître. Or toutes ces figures, prises sur la nature, dans lesquelles de nombreux repentirs attestent le travail premier et non la copie, se sont rencontrées transcrites sans la moindre différence en miniatures très poussées, dans le manuscrit de la Guerre Gallique, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale, fonds français, n° 13429. Ce manuscrit, le troisième d’une suite dont un est à Chantilly et 1 autre à Londres, avait été décoré de grisailles par Godefroy de Hollande (. Batavus )1 2, pour le compte de François Ier en 1519. Le roi

1. Lord Ronald Gower. Three hundred french portraits by Clouet... Londres et Paris, Hachette et C,e, 2 vol. in-fol. Reproductions en autolithographie.

2. C est M. le duc d’Aumale qui a retrouvé la mention du nom de cet artiste qu’on avait cru jusqu’alors être Geoffroy Tory, en dépit des invraisemblances.

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