CI.UB DE i; HOTEL DE MA8SIAC
Pour y être a4mis, il faut : 1" être négociant; 2" n'avoir jamais manqué à ses engagements (1). «
C'est donc par un établissement financier que fut remplacé le Club de V Hôtel de iMassiac, dont les membres se dispersèrent en France ou aux colonies, après avoir vainement cherché à empêcher Taffranchissement des nègres et à conserver les vieilles prérogatives des blancs, propriétaires d'esclaves comme de troupeaux et d'habitations.
On sait que le premier Consul voulut, en 1801, la soumission complète de Saint-Domingue et la restauration de l'esclavage, comme il le fit à la Martinique et à la Guadeloupe; on sait qu'il entreprit une expédition malheureuse, et que le général Leclerc s'empara de Toussaint-Louverture, quand celui-ci, ayant mis fin à la guerre civile, acceptait la suzeraineté de la France.
(1) Journal de l'nris, 13 orlobro 1797.
l^'on*!.- î\ PnT-i^^, n ]n Hn do VnuvM-u- 1789.
Sur l'emplacorruMil, du niai'cli('' de la Vallrc, aujourd'hui disparu, st'dovail, depuis le milieu du Ircizièmo siècle, un couveni, de moines <lil,s (irnnds-AïKjiistins. Là s'étaienl réunies plusieurs fois, les assemblées du Parlement et des l^lals-(^fén(''raux. sous l'aneienne monarchie.
Quelques vastes salles des Grands-Auguslins avaient aussi servi de lieu de réunion pour le haut clergé tous les dix ans, pour les chevaliers du Saint-Esprit, et pour les assemblées des Comptes, de cinq ans en cinq ans.
Le couvent était situé au bas du Pont-Neuf, sur le quai portani encore le nom des religieux, qui étaient dispersés.
Malouet et quelques-uns de ses amis y réunirent des « modérés », des membres du cAté droit de l'Assemblée nationale, pour les opposer aux « avancés » du Club Breton, fondé à Versailles, dans le /ir?/)oso/r.
Aussi, le î) janvier 1700, le journal V Observateur (1) contenait cette appréciation : « Il existe à Paris, depuis un mois, deux associations libres, dont Tune s'occupe sans relâche du bonheur de la nation, et l'autre du bien-être de quelques particuliers. La première, fondée par les députés de Bretagne, se rassemble aux Jacobins de la rue Saint-lfonoré ; la seconde, formée par des évêques et de gros béni'liciers, se rassemble aux Grands-Augustins. Les bons citoyens ci-aignent l'Augustine, les mauvais ont peur de la Jacobine, »
Cette association de mod('n's se constitua à l'imitation des Jaco-
(I) IMJhserouleiir, u" 70, par Kcydfl ; journal <|ni (larul du l" août nSO au 12 octobre 1790.
hins. Pour ne pas paraître anti-patriotes, ces clubistes laissèrent en dehors Maury, d'Éprémesnil et le vicomte de Mirabeau, tout à fait opposants, déterminés royalistes. Ils s'attachèrent, à côté deMalouet, qui avait voté pour la réunion des trois ordres, le comte de Virieu, député du Dauphiné, La Fare, évèque et député de Nancy (1); François-Louis Hutteau, avocat, lequel, quoique partisan des idées nouvelles, votait souvent avec la minorité; le chevalier de Boufllers, membre de l'Académie française et député de Nancy, poète de salon : Rulhières, qui avait écrit pour l'instruction du dauphin (Louis XVI) une Histoire des troubles de la Pologne ; Mallet du Pan, journaliste qui, avec Linguet, avait rédigé les Annales politiques et littéraires; et peut-être le poète Fontanes, dont VEpilre à Louis XVI sur redit eu faveur des non catholiques avait été couronné par l'Académie et avait fait quelque bruit parmi les partisans de la tolérance religieuse.
Les meneurs, en réalité, eurent avec eux, lors de leur première réunion, presque tout le côté droit, qu'ils divisèrent. « On fit l'observation, dit Bûchez (2), qu'ils s'occupèrent des moyens d'assurer la conservation de ce qui resterait des biens ecclésiastiques, après le prélèvement des 400 millions ordonné par l'Assemblée nationak*; on nota aussi avec plaisir les échecs qu'ils éprouvèrent. Ils avaient appelé le cardinal de Rohan : celui-ci se retira en déclarant qu'il ne voulait point faire partie d'une réunion instituée dans le but unique de faire de l'opposition. »
Michelet a parfaitement saisi, lui aussi, le principal but des fondateurs, au début du club. « Ils demandaient, dans leur déclaration, écrit-il, qu'on rendit force au roi, et qu'on subordonnât l'alir-nation des biens du clergé à la volonté des provinces (.'^). »
D'ailleurs, ils se targuaient déjà <rimpartialité, bien que leur modération fût de l'esprit de parti.
Tout en assurant que Louis XVI et Madame Adélaïde, fille aînée de Louis XV, embrassaient sincèrement la doctrine des Impartiaux, Malouet « certifiait que la cour n'avait été pour rien dans la formation du club ».
Comme le couvent des Grands-Augustins était situé sur le territoire du district de l'Abbaye Saint-Germain des Prés, le district s'assembla
(1) Prédicateur de la cour, qui s'était écrié en chaire, le 4 mai 1789 : « Sire, le peuple sur lequel vous régnez a donné des preuves non équivoques de sa patience... C'est un peuple martyr, à qui la vie semble n avoir été laissée que pour le faire souffrir plus longtemps. »
(2) Hisloire partenienlalre de la Révolution.
(.'{) J. Michelet, Histoire, de la Révolutiov franmise. t. I, chap. iv, p. 199.
CLUB DES IMPARTIAUX «j;^
et décida que la réunion des modérés ne pouvait être considéi-ée que comme un attroupement, qu'elle serait dissipée par la force, à moins qu'elle ne consentit à délibérer en présence de quatre commissaires nommés par le district. La foule huait les membres de la réunion.
Bienl«M décriés, des Grands-Augustins les modérés s'en allèrent former, à la Chaussée-d'Antin, le Club des Im'pariiaux. Leurs assemblées continuèrent, mais rue de la Michodière, n" 8 (1). Elles protestaient contre les tendances des Jacobins, elles donnaient au peuple l'enseignement du côté droit (2). Elles eurent un journal, dit Journal des Impartiatu., rédigé par M. Salles de la Salle (3), et portant pour épigraphe : Justice, Vérité, Constance. Le premier numéro est précédé de deux écrits intitulés, — le premier, Club des Impartiaux; exposé des motifs qui ont porté les impartiaux à se réunir, et récit des circonstances qui ont précédé cette réunion ; — le deuxième. Principes des Impartiaux.
De droit étaient membres tous les représentants qui signaient la déclaration de principes; était reçue membre adjoint, ayant droit de proposer des motions, avec voix consultative, toute autre personne présentée par un sociétaire, agréée par le Directoire, et qui signait la même déclaration. Le Directoire, chargé de l'administration, se composait du bureau et de sept membres, se renouvelant par moitié tous les quinze jours. Une garde, composée d'adjoints désignés par le Directoire, était constamment présente au club, assez bien organisé.
Clermont-Tonnerre présenta aux Impartiaux un discours, l'elalivement à celui ([ue le roi était venu prononcer le 4 février (1790). à l'Assemblée nationale.
« Cette société l'agréa, le lit imprimer. » Elle se montrait ainsi royaliste, quand Louis XVI promettait de respecter et de sauvegarder la liberté constitutionnelle, de préparer son fils au régime nouveau : quand le côté droit était consterné, en voyant la majorité applaudir en môme temps que les tribunes, et jurer de maintenir la Constitution que les députés décréteraient, que Louis XVI accepterait.
Cazalès demanda alors, pour cause de troubles, trois mois de dictature pour le roi, et ne fut pas écouté, malgré son éloquence.
Les Jmj/nrtiaux approuvèrent les brochures, les articles de jouinaux prêchant la modération, mettant sur le même pied l'Assemblée
(1) En eflet, le Babillard, dans son numéro du 13 août 1791, parle « d'un duh de la rue de la Michodière. »
(2) Louis Blanc, Histoire de la Révolution, t. V, cliap. v, p. 98.
(3) ln-8". Parut du i février au 17 avril 1791. -- Jtddi'>f/ra/drir do .M. .Maurice Tournoux.
04 LliS CLUBS CONTHli-UÉVOLUTlONNAlUES
iiatioiuilc ol 1(! roi, devenu constitutionnel. Ils publièrent des écrits ({ui tenaient le juste milieu entre la souveraineté royale et les droits respectables des représentants de la nation. Donnons un exemple :
Extraits de V Apologie de l'égoïsme, brochure des Impartiaux :
« ... L'égoïsme vicieux par excellence est celui des hommes « (lui bouleverseraient, s'il le fallait, un empire, pour contenter leur ambition démesurée : ils emploient les détours de l'intrigue, les poisons de la calomnie pour parvenir à leurs lins; ils masquent leurs vues criminelles du voile du bien public ; le patriotisme dont ils font parade est sur leurs lèvres et non dans leurs cceurs; ils sont égoïstes, mais leur égoïsme destructeur, bien loin de leur être avantageux, iinit souvent par les précipiter eux-mêmes dans l'abîme qu'ils avaient creusé pour les autres.
« L'égoïste vertueux n'est d'aucun parti, d'aucune faction, d'aucun complot. Les supérieurs le considèrent, ses égaux l'aiment, ses inférieurs le respectent : il est heureux...
« ...Je dirai aux artisans et aux agriculteurs : n'abandonnez plus vos ateliers, pensez que vous avez une femme et des enfants à nourrir, ne confondez pas la liberté naturelle et raisonnable avec la licence eiï'rénéc : la véritable liberté consiste à ne pas faire à autrui ce <|ue vous ne voudriez pas (lu'oii vous fit. Je loue votre zèle pati-iotique, nuiis ne passez pas les bornes (jue la raison et votre intérêt même vous prescrivent.
« Je dirai à tous les Français : Ne troublez plus la tranijuillité, l'harmonie et les opérations de l'auguste Assemblée qui s'occupe de la nouvelle Constitution (1). »
L'auteur espérait arrêter les atlaijues des châteaux et les coiillits avec les chefs militaires.
V l'aide de leur journal, les Jmparlîau.r tirent de la |)ropagande dans les provinces, comme on le voit par la lettre (}ui suit :
" LcHr<'. du rrdacienr du Journal des Impartiaux à M. le l'rocurciir de la commune d'Uzerchi'.
« Monsieui'.
<( Le Club des Impartiaux, en insérant la délibération de la commune d'Uzerche dans son journal, a remarqué les justes plaintes que vous faites de l'infidélité, de la partialité et de l'exagération de la
(I) Apologie de l'égoïsme, broi^hurc pai'uo en 1700 j piussun, brochure publiée «ans d<jute i»ar un Impurlial^
C LU B DES 1 M t'A RTJ A U X ' •..
plupai'l dos jom-iiaiiv i'(''paiiilus dans votre i)i()viiice. Le sien ayant été, depuis son origine, rédigé dans des principes d'une uiodération constante, le club a pensé que vous le recevriez avec plaisir. Il me charge de vous en adresser les dix premiers numéros (1). »
Le 27 mai 1790, la municipalité de Poitiers dénonça une adresse (les dé'putés « dits du (îluh des Impartiaux », ipii l'excitait à protester contre les déci'ets de l'Assemblée nationale.
l)onc le club, composé de modérés, réclamant sans cesse le caluu'. la ti'anquillité, l'ordre public, présentait un type qui s'est perpétué pendant et après la Révolution, jusqu'à nos jours. Beaucoup de ses membres étaient « enragés de modération ».
On imprima une curieuse lettre adressée au rédacteur du Journal des Impartiaux :
« Letfrf au rédacteur du Journal des Impartiaux.
« Paris, lo février 1790.
" Tous les bons citoyens, Monsu:l'K, ont applaudi à la formation d'un club destiné à professer dans toute sa i)ureté la doctrine publiée sous le titre de Principes impartiaux. Tous ont vu paraître avec platsir un journal portant le même nom, et je m'y suis abonné sans perdre un seul moment. Mais, par l'intérêt que je prends à vos succès, Monsieur, de grâce, ah! de grâce, n'insérez rien dans votre journal qui puisse en démentir le titre, qui puisse faire tort à la société qui vous a choisi pour son organe. »
La lettre est signée : Un Abonné. L'auteur attacjue fort l'adresse ré<ligée par l'évêque d'Autun, sous le titre de Y Assemblée nationale aux Français.
Il termine :
<< Impartial de principes, mais étranger au Club des Impartiaux. j'ai cru devoir adresser à leur journaliste les réflexions pénibles qu'a fait naître en moi une adresse que je ne croyais destinée à en produire que de douces. Il (ui fera l'usage (pie son impartialité lui prescrira. . »
N. H. — Lm s:''véi-il('' (les principes de M. Salles de la Salle ne lui I) .louiiml des li/i/Miiliatix. ii" 10 (mars ll'JO).
96 LES CLUBS CONTHE-hÉVOLUTlONNAlRES
ayant pas permis (Linsérer cette lettre dans son journal, l'auteur
s'est obstiné à la publier pour son propre compte (1).
Néanmoins, l'abonné au Journal des Impartiaux Taisait l'éloge de cette l'euille, en approuvait, en recommandait d'adopter la doctrine.
Les Itévolutions de Paris « se firent un devoir de prévenir leurs concitoyens contre les surprises qu'on aurait pu leur faire par le saint mot iVimparlialité ».
Elles remarquèrent que Malouet « n'avait accepté le titre de ciief de la nouvelle coalition que sous la condition que MM. Maury, d'Epré- Hjesnil et le vicomte de Mirabeau en seraient exclus; ils auraient trop décrié la société.
« M. de Gazalès (:2i, qu'on y auroit reçu avec plaisir, a généreusement refusé; il a préféré passer pour aristocrate, et ne point mentir sur ses opinions et ses sentimens.
« A l'exception de ces quatre membres, tout le parti aristocratique l'orme le Club des Impartiaux. Les (quatre commissaires que le district patriote de Saint-Germain des Prés se proposoit d'envoyer à leurs assemblées, les a effrayés ; ils se sont réfugiés rue de la Michodière, n°H, et ils ont envoyé deux députés au district des Filles-Saint-Thomas, pour le prévenir de l'existence et du but de leur association; ils étoient sCirs d'être accueillis par un comité financier. '
« La preuîière opération de cette coalition a été de publier, sous le titre de Principes imparlian.r, un symbole en quinze articles, (]u"ils ont déjà défendus contre ceux qui les ont attaqués, par cin(| à six l)rocliures... »
« Les impartiaux ont donné une singulière explication dans leurs brocliures à l'article 11 (mais on doit prendre tous les tempéramens convenables pour concilier, à l'égard des anciens magistrats, ce fpie la nécessité commande et ce que l'équité réclame).
(' Dans l'hypothèse où il n'y auroit pas de ressource pour remi)ourser les anciens magistrats, leur destruction ne seroit pas praticable... »
« Nous ne pouvons finir cet article sans rapporter la teneur d'un placard qui fut affiché clandestinement dans la nuit du samedi au dimanche, contre les députés patriotes. Nous n'affirmons pas qu'il soit l'ouvrage des impartiaux, mais il nous paroit être du même caractère que toutes les brochures publiées sous le nom des impartiaux.
(1; «il). Nal., Lb ay/2y8u, iu-S" de 10 pages.
(i) C'.azalès passait alors pour '"Iro luonarchiste-lilnTal.