‹ Les clubs contre-révolutionnairesChapitre 19 sur 73 · AVIS AU PUBLIC · texte numérisé non relu

AVIS AU PUBLIC

« Changement de domicile.

« Les ci-(ievanl enragés de rassemblée préviennent Messieurs et dames de la nation, qu'ils s'assembleront dorénavant au couvent de« Jacobins, à la salle des anciens ligueurs, près la cellule de saint Jacques-Clément, leur patron ; et, quittant le nom d'enragés, ils s'appelleront désormais Jacobites; ils ne répondront qu'aux adresses qui leur parviendront sous ce nom. »

« Nota. — Le cabinet du président est dans la cellule de feu Jacques Clément. »

« ... Il n'est pas besoin de faire de commentaire sur cette impartiale plaisanterie, qui paroit avoir été conçue au même moment où les aristocrates se transferoient des Grands-Augustins à la rue de la Michodière (1). »

Les Impartiaux publièrent nombre de brochures contre les Jacobins, qu'ils accusèrent d'avoir des correspondants attitrés dans les provinces. Les Jacobins et les amis de la Révolution, à leur tour, appelèrent les Impartiaux Malouelistcs^ du nom de leur président, Malouetistes ou Malouetins. Ceux-ci formaient un club « que son nom seul, dit le marquis de Ferrières, rendait suspect aux aristocrates », et qui, « attaqué lui-même comme aristocrate masqué, par les Jacobins, quoique composé des hommes les plus probes et les plus instruits de l'Assemblée, ne put soutenir la concurrence ('2). »

D'autre part, les Actes des A-pôtres proposèrent un jour de changer le nom de la Rue des Deux-Portes en celui de Rue des Impartiaux. Et nous lisons, dans un Avis aux aristocrates du côté droit, par un Démocrate du côté r/auche (3), les lignes suivantes :

« Je vous ai abandonné pour me ranger dans le parti des impartiaux. Je n'y suis pas resté longtemps, parce ({ue j'ai toujours ouï dire qu'il falloit être quelque chose, et que je n'ai pas tardé à voir qu'ils n'étoient rien. Je me suis ennuyé de n'avoir jamais que des avis dictés par les circonstances. »

Claude Redon, député de Riom à la Constituante, un des fondateurs <les Impartiaux., votait généralement avec la droite; il signa notamment la protestation du Ii2 septembre 1791 contre la Constitution,

(1) Héoolulions de I-aris, n° 30.

[1) Mémoires de Ferrières, t. II, liv. viii.

(:!) Brochure iii-8' (7 i).). lUb. de la Chambre des députés. IJ<"', 222 (t. LV).

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en jugeant que, dans le cours de sa session, l'Assemblée avait outrepassé ses pouvoirs.

Les Imparilau.r rendirent publics : \'I'Jx]iosi' des motifs fpii les ' avait portés à se réunir, — leur Iléijlemenl et leurs Prinàprs. Ces trois curieux documents importent à leur histoire. Ils proclament linvariabilité de leur conduite politique.

« Exposé des motifs qui ont porté les Impartiaux à se rôunir, cl rccil des circonstances qui ont précédé cette réunion.

« ... 11 se tient, dans la maison des Jacobins de la rue Saint-llonoré, des assemblées fréquentes qui ont succédé à celles qui se tenaient à Versailles, sous le nova àe comité breton. Cette réunion habituelle excita un nombre assez considérable de membres du clergé, de la noblesse et des communes à s'assembler, de leur côté, aux Grands- Augustins. Dans cette assemblée, la seule qui se soit tenue aux Augustins, on s'occupa des moyens de ramener l'ordre et la tranquillité; on nomma quinze commissaires, du nombre desquels fut M. Malouet, quoiqu'il n'eut point assisté à cette assemblée.

« Dès que ce député eut été informé de la mission dont on l'avait honoré, il écrivit pour la refuser...

« Il fut résolu, en conséquence, par le petit nombre de ceux qui agissaient d'après les principes de tous les autres, qu'on mettrait la plus grande publicité dans toutes les démarches, qu'on ne se rassemblerait en grand nombre qu'après avoir manifesté l'objet et les motifs d'une telle assemblée, et que même M. le commandant de la milice de Paris en serait le premier instruit.

■ « M. Malouet se rendit donc chez lui le 29 décembre (1789), et lui dit: « L'amour de la patrie et le désir de contribuer au salut de l'i'^lat me conduisent ici. Les maux du royaume sont effrayants; la division est extrême; l'aigreur des esprits augmente chaque jour; l'exagération des idées en sens contraires multiplie les troubles, accroît et propage l'anarchie. Plusieurs membres de l'Assemblée nationale, qui n'ont jamais varié dans leur amour pour la liberté et l'ordre public, pénétrés du danger de la situation actuelle des affaires, ont résolu de faire les derniers efforts pour ramener tous les esprits à des idées de modération et de paix. Il n'est pas de meilleurs citoyens en France ni d'hommes plus purs dans l'assemblée, que ceux au nom desquels j'ai l'honneur de vous parler; ignorés, calomniés et oppri-

niés jusqu'à présent, ils onl résolu do ne plus l'être. Une conduite franche, des principes patriotiques et des explications loyales, voilà les moyens de succès qu'ils comptent employer et sur lesquels ils se fondent. »

'( M. Malouet fit ensuite le récit de ce qui s'était passé dans l'assemblée unique tenue aux Grands-Augustins, puis il ajouta :

« Nous avons toujours désiré une Constitution libre; nous la voulions plus paisible, persuadés que la seule force de l'opinion publi- (|ue pourrait suffire pour l'opérer. Nous voulions qu'on évitât les violences et tous les maux de détail que l'impérieuse nécessité n'exigeait pas...

<( Je vous invite donc, monsieur, à vous mettre à la tète des hommes modérés, qui veulent la liberté, la paix et la justice pour tout le monde. »

« M. de La Fayette reçut cette ouverture avec sensibilité ; il annonça les mômes sentiments, la même conviction et la nécessité de rétablir la paix et la confiance, et de rendre au pouvoir exécutif toute son énergie ; il montra le désir de rapprocher tous les esprits par des conférences conciliatoires... Cette perspective de paix dans le royaume, de modération dans l'Assemblée, d'une tendance unanime à une heureuse conciliation, réunit tous les vœux, il fut arrêté qu'on rendrait compte respectivement à ses amis, et qu'on se réunirait chez M. le duc de La Rochefoucauld.

« Le même jour, vingt-cinq députés se réunirent et invitèrent à leur assemblée MM. de Virieu, l'évêque de Nancy et le chevalier de Boufflers, qui marchaient sur la même ligne qu'eux, ainsi que beaucoup d'autres. M. Malouet rendit compte de son entrevue avec le mar(iuis de La Fayette et annonça la conférence qui avait été convenue et indi([uée. L'assemblée nomma, pour y assister, MM. l'évêque de Nancy, le chevalier de Bouffiers, de Yirieu, Redon, La Chèze et Malouet. La conférence eut lieu, en efi'et, le IJl, chez M. le duc de La Rochefoucauld. MM. le duc de Liancourt et de La Rochefoucauld, le maniuis de La Fayette, de La Goste et de la Tour-Maubourg s'y trouvèrent (1). »

MM. Thouret et de la Tour-Maubourg y furent appelés et désirés.

Les conférences tenues chez le duc d(! La Rochefoucauld précc'dèrent l'exposé des principes des Imparl'taiw^ que les rédacteurs du Mercure « regardaient eux-mêmes comriie ceux de tous les bons citoyens ».

(1) ■loiirnul des l/n/uifliaux, t. 1, p. 1.

« Rèf/lenienl adopté par les Impartiaux.

« Los Impartiaux, dont l'objet principal, en se réunissant, a été (le professer et publier les principes qu'ils ont adoptés, et que chacun d'eux a signés, considérant combien il leur importe que la publicité des conventions de leur société éloigne d'elle toute idée d'intrigue et de cabale, à laquelle leurs principes et leur esprit se refusent également, se sont promis de propager de tous leurs moyens les sentiments patriotiques qui les animent, de les répandre dans les provinces par leurs correspondances, et de rallier partout les bons esprits aux vrais principes de la Constitution.

« Et pour leur organisation intérieure, ils sont convenus des articles suivants :

« Aj'ticle premier.

« Tous les députés de l'Assemblée nationale (jui adopteront et

signeront les principes impartiaux inscrits en tète du registre, seront

membres de la société.

« Art. IL

« Toutes autres personnes présentées par un des membres de la scjciété, et agréées par le directoire, seront admises en (jualité àadjoinls., en se conformant à l'article premier.

« Art. III.

« Toutes personnes présentées par un memhre de la société pourront assister aux assemblées générales.

« Art. IV.

« La^ adjoints n'auront pas voix délibérative; mais ils pourj'ont, sur leur demande, agréée par le directoire, être admis à proposer des motions, et à les discuter.

« Art. V.

« Les assistons n'étant par leur nature, ni membres de la société, ni adjoints., n'auront de voix dans aucun cas.

« Art. Vl.

« La société aura un président, deux vice-présidens, quatre secrétaires, un trésorier et sept commissaires, lesquels composeront son

di?^ec taire.

« Art. VIL

« Les ofliciers seront renouvelés par moitié, tous les (piinze Jours.

Le trésorier ne sera renouvelé que tous les trois mois, et pourra être continué.

.< ArL Vin.

« Le directoire sera chargé de régler Tordre du travail; il prononcera sur l'admission à<d'& -adjoints et des motions à proposer par eux. Il sera juge provisoire dans tous les autres cas qui intéresseront la société, ot sept membres suffiront pour prendre une délibération.

« Art. IX.

« Le directoire noxnvcvQY^ tous les jours un membre ou adjoint^ pour être de garde au club depuis 11 heures du matin jusqu'à trois, et un autre depuis 6 heures du matin jusqu'à 10.

« Art. X.

« Tous les membres et adjoints de la société auront le droit de demander au commissaire du jour la communication du registre et de toutes les propositions faites au directoire et arrêtées par lui.

« Art. XL « Les membres et adjoints de garde seront nommés à tour de rcMe sur la liste : ils pourront se faire suppléer, mais en s'assurant que leur service sera fait exactement.

« Art. XII.

« Il y aura assemblée générale à 6 heures du soir, tous les jours que l'Assemblée nationale n'a point adoptés pour ses séances, et à 11 heures du matin les dimanches et fêtes.

« Art. XllI.

« Les Impartiaux observeront la plus grande exactitude aux séances de l'Assemblée nationale; ils ne les quitteront pas qu'elles ne soient levées par le président; ils donneront toujours l'exemple de l'ordi'e et du silence : et si l'un d'eux se permettait de le troubler, il en serait averti par le président de la société, à la -séance prochaine; en cas de récidive, il en serait fait mention sur le registre.

« Art. XIV.

« La conduite des Impartiaux devant être invariable comme leurs principes^ tout membre de la société qui s'en écarterait dans les discussions intérieures, en attaquant les décrets constitutionnels, auvfjuels tout citoyen doit se soumettre, sera rappelé à l'ordre par le pn'*-

sident.

« Art. XV. ■

« Toute motion tendante à changer ou altérer quelque ai'licle du

pi'ésoul règlemoiit, sera pi'éalal)lement discutée, et la délibération ù, cet égard ne pourra être prise qu'à la séance suivante (1). »

La nomination d'un membre ou adjoint ^owc être de garde au club pendant un certain nombre d'heures, indique l'activité des membres de la société.

« Après la lecture et l'admission du règlement, un des membres a proposé d'établir une correspondance dans les provinces, avec ceux cpii, ayant adopté et signé les principes du c/uZ», demanderaient à y être associés.

(^ La motion a été ajournée.

« La plupart des membres ayant paru désirer la création d'un Journal drs Impartiaux^ publié au nom di^ la société, M. le président a présenté quelques idées l'tîlalives à cet établissement. Après quel- ((ues discussions, il a été décidci que le directoire serait cbargé' de présenter à ce sujet le résultat de ses opinions [t). »

Finalement, le journal en question fut créé, comme on l'a vu; de même, quant à la correspondance, elle s'établit de fait, soit au moyen de lettres adressées par tel ou tel membre à des adversaires, soit par les articles insérés dans le Journal des Jmpai'tmua-^ de telle sorte que la propagande de ce club fut pendant un temps retentissante.

« Principes des Impartiaux (li).

« Nous, membres de l'Assemblée nationale, ennemis de toutes mesures violentes et exagérées, séparés de tout intérêt personnel, réunis par le patriotisme, et dévoués entièrement à la cause de la liberté nationale et du salut public, professons et déclarons les principes suivants :

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