ARTICLE PREMIER
« Fidèles à notre devoir, et invariablement attacliés auv véritables intérêts du Peuple, nous ne cesserons de nous opposer, jusqu'à la fin, à tout projet qui tendroit à l'égîirer ou à compromettre ses droits,
(1) Journal des hnpaiiiaux, t. 1, p. 1^,
(2) Journal des Impartiaux, t. 1, p. 16.
(3) Dans la version donnée par le Mercure de France (9 janvior 1790), les paragraphes ne sont pas numérotés de la même manière, ce qui importe peu; mais des mots, même des phrases, sont changés ou ajoutés. Nous indiquons en notes ces variantes. — Ndus re|)roduisons la brochure de 1790, (Bib. Nat.. Lb .•(9/3870.)
suit en excitant insidieusement sa défiance, et en l'invitant au désordre, soit en le portant au mépris de la Constitution et de l'autorité légitime.
« Tout Citoyen doit se soumettre à la Constitution (1). Ce qu'elle pourroit avoir de défectueux, le temps et l'expérience le manifesteront à la Nation, qui le changera ou le modifiera k son gré.
« 11 est plus que tems de ramener l'ordre, la paix et la sécurité : c'est le seul moyen de sauver la Patrie, de garder la foi promise et duc aux Créanciers de l'État, de ranimer le commerce et de rétablir la perception des revenus publics, sans lesquels on verroit bientôt périr la Constitution elle-même et la liberté,
«( Le maintien de la Constitution et de la liberté dépend essentiellement de l'observation des loix^ et l'observation des loix ne peut être garantie que par une puissance active, protectrice de tous les droits. Il faut donc se hâter de rendre au Roi l'exercice du pouvoir e.vécutif suprême, conformément au vœu solennel de la Nation et aux principes monarchiques, reconnus et consaci'és par la Constitution,
« Nous défendrons de tout notre pouvoir, sans acception de rang ni de personne, les droits de l'homme et du citoyen (i), trop souvent violés aujourd'hui avec impunité.
" La Constitution ayant aboli la distinction politique des ordres, un même titre doit réunir tous les François, celui de Citoyens.
« Il est d'une saine politique (3) d'attacher tous les co'urs à la Constitution. Si son complément commandoit encore de grandes réformes, il est indispensable d'éviter dans l'exécution tous moyens violens; ils alarment les Citoyens, aigrissent les esprits, menacent les propriétés, multiplient les malheureux, et ne peuvent qu'accroître la détresse du Peuple.
(1) La Constitution doit être maintenue (vorsiou du Mercure, de France).
(2) Droits sacrés méconnus trop longlomps {version du Mercure de France).
(:!) Il est d'une saçje politique d'attacher tous les citoyens à la Constitution (version du Men-ure île France).
lOi LES GLURS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES
YIII.
« Nul sans doute ne doitêtre-inquiété pour ses opinions religieuses, ni pour le culte rendu en commun à la Divinité; mais Texpérience des siècles passés n'a que trop appris combien la tranquillité et l'intérêt même de l'État exigent que la religion catholique continue à jouir seule, dans le royaume, à titre de Religion Nationale, de la solennité du culte public.
« Pour assurer dans tous les cas et contre tous les événemens la dépense du culte public, l'entretien de ses ministres et les secours dus aux pauvres, et fondés pour eux, il est essentiel de conserver aux Églises une dotation territoriale. En conséquence, jusqu'à ce que la dotation nécessaire ait été déterminée et solidement assurée, il ne doit pas être fait d'autre aliénation des biens de l'Église que celle décrétée le 10 décembre dernier, comme secours extraordinaire (1).
« Conformément au Décret du 2 Novembre précédent, aucune disposition relative, soit à l'aliénation, soit à la répartition des biens ecclésiastiques, ne doit avoir lieu que (Topros les instrurl ions et sous la survflllr/nrr des prorinces respectivement intéressées.
« Une nouvelle constitution veut un autre ordre judiciaire, dans lequel les nouveaux Tribunaux soient restreints au seul pouvoir de juger. Mais on doit prendre tous les tempéramens convenables pour concilier, à l'égard des anciens Magistrats, ce que la nécessité commande et ce que l'équité réclame (2).
« Chez un peuple libre, et qui veut continuer de l'être, la liberté de la presse doit être constamment protégée; mais l'ordre public, l'honneur et la sûreté de chaque Citoyen demandent que la licence de la presse soit réprimée. Rien n'est donc plus instant que de provoquer et faire rendre sur cet objet une loi sage et prudemment motivée.
« Toute force armée deviendroit redoutable à la liberté publique, et seroit le fléau des particuliers, si elle n'étoit contenue par la Cons-
M) .lui^qu'à ce que la dotation nérossairo ait été (liHerminée (version <hi Mercure lie Franre.].
(2) La nécessité' avec la justice (version du Mercure de France).
tilulioii el toujours dépendante du pouvoir exécutif, conservateur de l'ordre (1). Il faut donc que, subordonnément à Tordre établi par les principes constitutionnels, l'armée et les Gardes-Nationales soient soumises au Monarque, comme le monarque lui-même doit être soumis à la Loi.
« Nous réunirons tous nos efîorts pour obtenir la plus prompte expédition des atTiiires, accélérer la conclusion si désirable de nos travaux, et surtout pour maintenir l'union entre toutes les parties de ce vaste Empire dont l'intérêt est si essentiellement de former un seul et même corps sous la protection et la dépendance delà Loi et du Roi.
« Pour parvenir au but que nous nous proposons, nos moyens sont la justice, la vérité, la constance. »
<-ette déclaration de principes est signée : les Impartiaux.
Dans la correspondance relative au club, nous devons reproduire la lettre suivante :
(( Lettre de M. le duc de La Rochefoucauld (2; , Député de Paris, à l'Auteur de la Partie Politique du Mercure de France.
« Le compte que vous avez rendu , Monsieur, dans deux Numéros du Mercure du mois de Janvier, de deux conférences qui ont eu lieu cbez moi, et de la fondation du Club de^ Impartiaux que vous avez paru lier à ces conférences, a été répété dans beaucoup de Journaux, commenté par quelques Libellistes, et m'a valu aussi plusieurs lettres particulières. Persuadé que l'on doit, le moins possible, occuper le Public de soi, j'ai balancé long-temps à prendre la plume, et si je m'y détermine aujourd'hui, c'est que plusieurs de mes amis sont intéressés comme moi à établir l'exactitude des faits, et surtout parce qu'ayant l'honneur d'être hommes publics, nous devons à nos Concitoyens compte de nos opinions et de nos démarches, lorsqu'elles ont rapport à nos fonctions.
« Le premier Numéro d'une Feuille périodique, intitulée Journal
(1) Si elle n'était contenu<^ par des rt-glemonts sévères et entièretnont subordonnée au pouvoir exécutif suprême, conservateur des droits de tous (version du Mercure, de Franre).
(2) Le duc de Larochefoucauld appartint an Club de Valoix (voir pins liaul).
des Impartiaux., a rapporté plus en détail que les autres ces deux conférences, suite d'une visite que fit M. Malouet à M. de La Fayette, le 29 décembre (1789) : ce dernier, dont on connoit le patriotisme, accepta la conversation proposée, parce qu'on semblait l'envisager comme un moyen assuré de produire d'heureux effets; il indiqua le rendez-vous chez moi pour le 3 janvier (1790), et m'en prévint, ainsi que quelques autres de ses amis
« Nous nous réunîmes donc le 3, MM, de La Fayette, de La Coste, de La Tour-Maubourg, de Liancourt (1) et moi; MM. Malouet, de Virieu, l'Evêque de Nanci, le chevalier de Bouftlers, La Chèze et Rhedon y arrivèrent, et le premier ouvrit la conversation par un discours à-peu- près semblable à celui qu'il avoit tenu le 29 Décembre à M. de La Fayette, et que l'on trouve imprimé avec des guillemets dans le Journal des Impartiaux. Un de mes amis lui répondit que les situalions respectives étaient différentes, puisque ces Messieurs s'annonçoient comme chargés d'une mission, tandisque nous n'étions que pour notre compte. On observa encore que 'nous ne pouvions pas reconnoitre l'existence de deux partis dans l'Assemblée Nationale, en avouant pourtant que nous gémissions souvent de la division qui s'y manifestoit dans beaucoup d'occasions; que l'établissement d'une négociation du genre de celle qui nous étoit proposée nous paraissoit impossible, parce que, nous bornant à suivre ce que notre conscience et nos lumières nous dictoient, nous n'étions ni chefs ni prosélytes d'un partie et que nous ne pouvions nous charger de répondre que de nous-mêmes.
« La conversation roula vaguement sur plusieurs objets; on nous proposa de nous revoir le (i, ce que nous acceptâmes, et d'y invitei' quelques-uns de nos amis; mais aucun du petit nombre de ceux à qui nous en parlâmes, n'ayant désiré s'y trouver, la seconde conversation fut composée des mêmes personnes que la première. Elle fut vague aussi, et quoique ces Messieurs nous parlassent beaucoup de la nécessité de rétablir le Pouvoir exécutif, ils ne nous spécifièrent pas quels étaient leurs moyens pour y parvenir, et se bornèrent à nous dire que c'étoit le dernier objet dont on.devoit s'occuper.
« On leur répondit, et je me rappelle leur avoir dit, et avoir été approuvé par mes amis, que c'étoit bien notre avis, et certainement même la volonté générale, de donner au Pouvoir exécutif toute l'étendue et toute la force nécessaires au salut d'un grand Empire :
(1) Le duc de Liancourt faisait partie du Cluh de Valois (voir plus haut), ainsi (|ue la Tour-Maubourg et La Fayette.
mais que ce ne seroit pas une suite de Décrets faits en peu de joui's qui établiroit cette force constitutionnelle; que plusieurs des relations du Pouvoir exécutif avec le Corps législatif, les Municipalités et les Assemblées administratives étoient déjà déterminées, que l'on détermineroit successivement les autres à mesure que Ton formeroit les différentes parties de la Constitution, et que la collection des articles qui, dans chacun des chapitres, traiteroient du Pouvoir exécutif, composeroit celui dans lequel ses fonctions et ses prérogatives seroient constitutionnellement fixées ; mais que ce chapitre devoit être le dernier, parce que le Pouvoir exécutif étoit la clef de la voûte, qui ne peut être placée que lorsque toutes les autres parties de l'édifice oui reçu leur forme et leur disposition.
« Ces Messieurs nous annoncèrent leur projet de rendre compte au Public de ce qui s'étoil passé, d'arrêter et de publier une Déclaration de principes Impartiaux, et de former un Cbib^ dans lequel seroient admis tous ceux qui feroient profession de penser comme eux. Nous nous séparâmes, et il n'y eut point d'autre conférence indiquée.
M Voilà, Monsieur, le récit de ces deux conversations aussi exact que ma mémoire peut me les rappeler ; car je vous avouerai que je n'en ai pas tenu note, ne croyant point être dans le cas de faire imprimer. Ce sont les interprétations peu fidèles de divers journaux qui m'y engagent; et comme c'est le vôtre qui le premier en a parlé, je vous prierai de vouloir bien y insérer ma lettre, qui sera la première et la dernière sur cet objet.
« Depuis le 6 janvier (1790) nous avons vu paraître les Principes impartiaux et le Club se former; mais tout en rendant justice aux vues patriotiques des Membres de ce Club^ tout en adoptant plusieurs de leurs principes, il y en a quelques-uns sur lesquels nous sommes certainement d'avis différent; aussi leur profession de foi politique n'a-t-elle été ni adoptée, ni signée par aucun de nous.
« Le Duc dk la Rûchbfquc.auld (1). »
Le duc de La Rochefoucauld, après avoir voté l'affranchissement des noirs, réclama la liberté de la presse, se prononça contre les ordres religieux, et jouit d'une grande popularité; mais il se rallia à la droite pour déclarer nationale la religion catholique, puis il
(1) Gazette nalioïKile, ii" CO. ilu inorcrodi lOmai's 171(0.
demanda la suspension de Pétion et de Manuel, et devint très impopulaire (l'i.
Un mouvement pacifique de modérés se produisait partout, dans les écrits et dans les paroles. Mais les haines se multipliaient.
Servan, avocat général du parlement de Grenoble, avait refusé, pour cause de santé, le litre de député aux États-Généraux. Il publia, en décembre 1789, une brochure (in-S" de 68 pages) intitulée : Adrcs^p niix A^nis de la paix, coïncidant avec son Essai sur la formation des Asseinhlres nationales, provinciales et municipales.
Le 2 janvier 1790, parut une Lettre des Impartiaux aux Amis de la paix :
« Chers camarades, vous êtes ce que nous sommes, et nous sommes ce que. vous êtes; vous voulez la paix et la liberté; nous voulons la liberté et la paix. Mais notre ami, M. Servan, a oublié de nous dire par quelle voie raisonnable on y arrivait; et, s'il est impossible de rien ajouter à la pureté de ses vues, à la sagesse de ses observations, au charme de son style, il est très nécessaire de vous conduire au but plus directement, et sans perte de temps.
<( Il convient d'abord que vous sachiez, amis de la paix, que nous, les Impartiaux, qui avons l'honneur de vous écrire, formons la plus malheureuse portion de l'Assemblée nationale. — Nous avons débuté par être également détestés des démocrates et des aristocrates ; car vous n'ignorez pas, amis de la paix, que les hommes passionnés ont une singulière aversion pour les hommes modérés; ceux d'entre nous qui ont essayé de développer leurs principes ont été sur-lechamp dénoncés au peuple comme ses ennemis, aux jolies femmes comme des hommes sans moyens, et les beaux esprits n'ont pas manqué de nous ranger à une grande distance des temps héroïques où nous sommes parvenus. — Les francs aristocrates n'avaient pas pour nous moins de mépris; et, si la fortune avait favorisé leurs armes, nous aurions été traités comme les Tartares de l'armée vaincue. — Messieurs les ministres, et gens de la cour, ne faisaient pas plus d'attention à notre modeste bataillon, et nous n'avons eu nouvelle de notre importance qu'en nous voyant inscrits dans les listes de proscriptions.
« Il faut cependant vous avouer, amis de la paix, qxu'. sans nous
(1) Massacré à Gisors en 1792.
lïiclier el sans injurier personne, nous éprouvions alternalivement de la pitié et de l'indignation des sottises de la cour, de celles des aristocrates, et des extravagances philosophiques des métaphysiciens et des matérialistes, qui ne nous aiment pas. — Par matérialistes, nous n'entendons pas désigner le dogme, mais seulement l'enveloppe : car, il faut le dire, il y a eu dans cette afîaire, comme à la création du monde, une première impulsion ; et, le mouvement dé rotation une fois imprimé, les satellites tournent autour de leur soleil dans un même cercle, avec cette différence que les corps célestes exécutent paisiblement leurs révolutions, au lieu que ces corps sublunaires ont un mouvement bruyant, et de fréquentes explosions.
« Pour nous, amis de la paix, nous n'avisons que d'aujourd'hui de nous déclarer une puissance; mais aussitôt qu'elle sera bien connue, elle sera irrésistible ; car c'est celle de la raison et de la justice.
« Or, voici notre plan d'attaque et de défense, ou plutôt de restauration ; car tout s'ébranle et se détruit, et nous voulons sauver du naufrage la constitution, la royauté, la religion, les mueurs et ce qui reste de pi*opriétés intactes
« Premièrement, nous consentons à laisser à ces messieurs qui frappent du pied, battent des mains, et font des lois à la clameur de haro, nous leur laisserons tous les honneurs du spectacle qu'ils donnent tous les jours gratis aux galeries. — Nous voulons continuer à nous faire remarquer par une contenance paisible et impassible, (jui finira par être celle du vrai patriotisme.
« Nous continuerons à écrire dans nos provinces qu'il faut se calmer et obéir aux lois, au roi, et n'offenser personne ; de telle sorte, ([u'au jour du jugement chacun de nous puisse dire : Je suis le député du canton où il y a eu le moins de châteaux brûlés et le moins de sang répandu; ce qui, dans la compensation des titres et mérites, écjuivaudra, au moins, à un éloge de journaliste.
" Nous ne prétendons aussi faire usage que ce jour-là des lettres anonymes, des listes de proscriptions et de toutes les couronnes de martyre que nous ont obtenues nos opinions, conformes à celles de M. de Mirabeau sur le veto royal et la Constitution, en Assemblée nationale, ainsi que notre doctrine sur les deux Chambres.
« Ces opinions, qui ne sont plus pour nous que des souvenii-s précieux de nos devoirs accomplis, sont maintenant subordonnées à d'autres principes constitutifs que nous voulons maintenir, pai'ce (jue la paix publique y est attachée.
« Nous ne voulions pas une révolution à feu et à sang, et nous ne pensons pas encore qu'elle lïit nécessaire, attendu (pie, lorscpie les
représcuLants d'une nation sont assemblés, et qu'ils ont sa conllance, ils ont une puissance absolue pour réprimer les abus et rétablir les droits du peuple dans toute leur étendue. Or, c'était là notre mission, et chacun de nous a tout le courage nécessaire pour la remplir complètement.
« Mais la révolution est faite; et ce qu'on appelle une contre-révolution est une absurdité en spéculation, et serait un malheur affreux si (juelque imbécille {sic) osait la tenter.
« Or, nous vous assurons, amis de la pai\, que nous sommes des ij,ens très sensés, et qu'il y en a parmi nous qui savent aussi bien ce ((lie c'est qu'un gouvernement que ceux qui viennent d'en faire un neuf. Il s'agit maintenant de le faire aller, et nous entendons pour cela en raffermir le grand rouage, qui est la royauté.
« Nous voulons que le pouvoir exécutif reprenne toute l'énergie dont il est susceptible par la constitution, et que ses agens soient responsables de quelque chose; car nous ne concevons pas ce qu'on peut leur demander, et ce qu'ils ont à faire dans ce moment-ci. — Il est même extraordinaire que l'honorable membre, qui poursuit le livre rouge, passe sous silence les appointements des secrétaires d'État depuis qu'ils sont en vacance.
(' Nous voulons que le roi soit plus puissant que le maire de Paris ; (juc les municipalités et les gardes nationales lui obéissent, ainsi (juc l'armée de terre et celle de mer.
« Nous réprouvons le gouvernement fédératif et tout ce qui ressemblerait à la ligue Âchéenne et Ionienne dont le roi de Macédoine vint aisément à bout.
« Nous empêcherons que le portefeuille des affaires étrangères soit mis, comme le Journal de Paris, à la discrétion des tribunes et des galeries.
« Nous voulons ((ue toutes les assemblées administratives soient dans la dépendance du roi, et ([u'elles ne puissent rien sans son consentement.
« Nous voulons que toute désobéissance à ses ordres, quand les ordres du roi ne contrarient point la loi, soit punie comme forfaiture.
« Nous voulons que la splendeur du trône soit rétablie, et que le roi ait toutes les jouissances qui peuvent contribuer à son bonheur personnel et au maintien de la dignité de la famille royale; qu'en conséquence, il ordonne et règle sa maison militaire, ainsi que bon lui semblera, sans qu'aucun district puisse le trouver mauvais.
« Nous nous opposons à la liberté de lous les cultes publics. — P'après les divisions qu'ont produit {sic) parmi nous la diversité
(ropiiiioiis politiques, celle des religions nous mettrait dans un état de gueiTc perpétuelle, et notre amour pour la paix nous fait désirer de conserver à la religion de nos pères une grande prépondérance, sauf à convertir en mosquées, en synagogues, tous les boudoirs de Paris, ce qui nous est indifférent.
« Nous aurions désiré qu'on eût mis vingt années à détruire tout ce qui a été détruit en quelques heures; mais ce qui est fait est fait, nous voulons laisser debout ce qui n'est pas encore renversé. — En conséquence, nous oserons déplaire aux gazetiers, en mettant une circonspection raisonnable dans les dispositions subséquentes au décret du 2 novembre sur les biens ecclésiastiques.
« Notre intention est d'abord d'assurer les frais du culte et la subsistance des ministres, ainsi que celle des pauvres, tout autrement (jue par des calculs hypothétiques.
« Nous ne croyons ni juste, ni utile de salarier les prêtres en argent; de les dépouiller d'une dotation territoriale.
<( Nous consentirons à toutes les suppressions et réductions raisonnables, à l'aliénation de quatre cents millions; mais nous ne dépasserons pas ce terme.
'< Et cependant, nous ne voulons point d'ordre, ni de résurrection d'ordre, aussitôt que l'ordre des avocats sera enterré.
(' Nous estimons que la suppression des parlements est une opération nécessaire, mais à charge de remboursement.
« Nous serons fort aises de voir MM. les maitres des requêtes et conseillers d'État, employés dans les municipalités, de préférence aux avocats et procureurs; mais nous n'avons point d'article arrêté pour ce qui les regarde.
« Nous prenons un intérêt très vif au commerce, à l'agriculture, à la navigation, aux colonies ; nous provocjuerons et nous accueillerons avec transport toutes les lois (jui encourageront le travail et l'industi'ie.
« Nous désirons un système raisonnable d'imposition et de liiuince; et, après l'avoir longtemps attendu, nous prendrons la liberté d'en proposer un, si le comité ne se dépêche.
'< Finalement, nous désirons justice, protection, liberté, sûreté jxjur tous, sans en exclure le Pape et son comtat d'Avignon, que M. Bouche convoite amoureusement. — Nous nous opposerons à l'invasion, ainsi qu'à la destruction de l'ordre de Malthe {sic).
« Quant aux chanoinesses, et à tous les chapitres nobles, nous les verrions subsister sans inquiétude, et supprimer sans chagrin, moyennant les mesures et les égards convenables pour les titulaires;
1(2 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTIONNAIHLS
en général, nous n'aimons point l'impétuosité, la précipitation, la colère, dans les fonctions législatives. — Nous sommes plus disposés à absoudre qu'à condamner, à concilier qu'à diviser. Le comité des recherches, et tous les complots qu'il a imaginés, ou découverts, ou poursuivis, nous paraissent d'absurdes et d'iniques moyens de régénération. Nous travaillerons à faire disparaître cette page de notre histoire.
« Lorsqu'on nous dénoncera une cocarde noire, nous lèverons les épaules.
« Nous ferons établir, aussitôt que nous le pourrons, un poteau à carcan pour les libellistes, sans entendre proscrire les plaisanteries aimables qu'on pourrait se permettre sur notre compte. — Mais toute espèce d'imposture est un poison pour le peuple, et la grossièreté une chose dégoûtante pour les honnêtes gens.
« Du reste, amis de la paix, nous abandonnons le fauteuil et toutes les dignités auxquelles on parvient par la combinaison des nombres; et notre bataillon sera toujours prêt à s'ouvrir pour recevoir un aristocrate pénitent ou un enragé converti.
« Nous ne faisons point serment de nous lever ou de nous asseoir au commandement d'un officier-major qui fait faire l'exercice à la Prussienne; fidèles à nos principes, s'il plaisait aux parties adverses de les adopter, "et aux alliés de les oublier, ou si, dans les articles imprévus, nous apercevons tort ou raison dans l'une ou l'autre extrémité de la salle, nous refuserons le salut au tort, et nous ferons la révérence à la raison.
« Apprenez maintenant, amis de la paix, que telle est notre conduite depuis le o mai, sans nous en être écartés un instant, et qu'auparavant, il n'y a pas un de nous, véritables impartiaux, qui eût fléchi le genou devant le véritable despotisme ; tandis qu'on assure que plusieurs hommes, libres d'hier, faisaient fonctions d'esclaves avant hier.
« Or donc, amis de la paix, laissez là la brochure du jour, même celle-ci, qui vaut peut-être mieux qu'une autre; prenez vos cannes et vos chapeaux, sans oublier la cocarde, et allez-vous-en de rang en rang, de place en place, pour nous chercher d'honnêtes gens; montrez-leur nos conditions, nos principes, et dites, avec assurance : Là l'U la paix, la justice, la vérité ; bonnes gens, ralliez-vous à ces enseignes.
« Dites aux officiers municipaux, aux comités permanens, aux gardes nationales, qu'il y aura toujours des sottises, mais qu'il n'y a plus de complots redoutables; (pi'il faut que les vaincjueurs et les
vaincus se réunissent cordialement, et que c'est à la force qu'il convient de ne point abuser de la victoire ; qu'il n'y a de révolution utilement consommée que celle qui met un terme à la violence, aux outrages, à la défiance, à l'inimitié ;
« Qu'aussitôt que la bienveillance et la bonté se manifestent dans un tems de trouble, il arrive ce que l'on voit clans les jours orageux, lorsqu'un souffle pur chasse les nuages et nous rend le soleil dans tout son éclat.
« Amis de la paix, remettez doucement chacun à sa place, le magistrat sur son siège, le procureur dans son étude, l'ouvrier dans son atelier et le soldat dans ses cazernes {sic) ; ils ont assez longtemps habité les cafés et les places publiques.
(' Dites aux gardes nationales qu'ils dépensent un million par jour; car la diminution du travail est précisément celle de l'argent, des subsistances des denrées et des marchandises ;
« Qu'ils laissent donc reposer leurs fusils jusqu'à ce que les puissances ennemies chargent les leurs.
« Dites aux politiques métaphysiciens que nous avons besoin maintenant de faire un cours de physique expérimentale, et que nous reviendrons à eux à la suite de ce cours.
« Dites aux courtisans que la leçon est dure, mais qu'il faut (pi'ils en profitent.
« Dites aux ministres de prendre une attitude ministérielle, et (jue nous les aiderons pour le bien.
« Dites au clergé, par la voix insinuante de son agent, qu'il faut en linir; que nous n'entendons point abandonner au pillage et le prêtre et l'autel ; mais qu'il n'y a plus d'ordre et plus d'abbaye pour personne. — Du reste, amis de la paix, mettez une grande importance à concilier aux ministres de l'Église, qu'on outrage impunément, le respect et la confiance des peuples.
« Dites aux parlemens que leur dernière heure est arrivée; (lu'il faut se résigner et faire une belle mort, d'autant que nous aurons soin de leurs héritiers, et que nous n'entendons point les supprimer sans les rembourser.
« Dites au peuple, aux citadins, aux districts, que, s'ils continuent à se mêler de tout, ils bouleverseront tout : car il y a fort peu d'hommes très capables de gouverner les autres. Enfin, amis de la paix, n'oubliez rien de ce qu'a oublié M. Servan; et son home ie, jointe à la vôtre, sera un ouvrage parfait; comme il est lui-même un parfait citoyen et un excellent écrivain, que nous chérissons, ainsi que le petit nombre de ceux qui lui ressemblent.
, « Sur ce, amis de la paix, nous prions Dieu (ju'il bénisse vos efforts et les nôtres ; nous continuerons à être vos plus lidèles coopéraleurs,
« Lks Impartiaux (1). »
Mil
La lettre ci-dessus reproduite ne pouvait contenter les parlementaires, dont elle faisait bon marché, ni les hommes que les premiers actes de la Révolution atteignaient sérieusement dans leurs privilèges et leurs intérêts. Aussi, un monarchiste publia une Réponse à In lettre des Impartiaux (2), où Ton remarquera, entre autres critiques, ces reproches véhéments :
« ... Vous venez aujourd'hui nous annoncer des sentiments plus modérés; mais avez-vous abandonné les principes qui ont dirigé jus- (ju'à présent l'Assemblée? Non, vous les professez encore.
« Avez-vous le projet de revenir sur vos pas, de réparer vos erreurs, de rétablir ce que vous avez détruit? Non, vous annoncez, au contraire, de nouveaux projets de destruction : il ne reste plus que les Parlemens, et vous voulez les abolir...
«... Avouez-le, Messieurs, le but que vous vous proposez est de vous rallier des partisans pour faire reparoitre votre projet chci'i, votre Chambre haute, qui ne seroit autre chose qu'une Cour plénière aussi facile à corrompre, et plus dangereuse que celle que Brienne et Lamoignon nous avoient proposée... » ~
Loménie de Brienne était l'homme de Marie-Antoinette; il s'était, lui que Louis XVI appelait le « prêtre athée », rendu impopulaire par sa lutte contre les parlements, et il avait dû démissionner en août 1788. Lamoignon avait, comme Brienne, voulu faire enregistrer les édits du timbre et de la subvention territoriale, et, comme Brienne encore, il avait été brûlé en effigie sur le Pont-Neuf.
Le district de Saint-Jacques l'Hôpital s'émut et prit ini arrêté : « DISTRICT DE SAINT -JACQUES -L'HOPITAL
« ASSEMBLÉE GÉNÉRALl-)
« Séance du mercredi 3 février 1790.
u Dénong[at[ON d'un Imprimé, ayant pour titre : u' Li:s Impartiaux.
t< De ta Délibération de ce jour a été extrait littéralement ce qui suit : « L'Assemblée générale du District de Saint-Jacques l'Hôpital, sur
(1) Bib. Nat., Lb 39/27i4.
(2) Réponse à lu lettre des Impartiaux, brochure sans (lato, trù;? probablement .le 1790. Bib. de la Chambre des députés, recueil factice, Bf 222 (t. XXXYII).
la dénonciation qui lui a été faite d'un Imprimé sans nom d'Auteur et d'Imprimeur, adressé à son Président, ayant pour titre : Les Impartiaux, et distribué avec profusion dans les Comités des Districts de Paris, et en ayant pris connaissance, estime que l'Auteur de cet Ouvrage n'a pu avoir en vue que d'exciter le Peuple à désapprouver les décrets de l'Assemblée Nationale, à jetter {sic) une défaveur dangereuse sur ses opérations et exciter le trouble sous le vain appas de l'ordfe de la paix ; que c'est faire un outrage à l'Assemblée Nationale que de laisser errer des soupçons sur quelques-uns de ses Membres, ainsi qu'a voulu le faire l'Auteur en commençant son ouvrage par ces mots : Nous, Membres de rAssevihlée Nationale.
« Les Citoyens du District étant intimement persuadés qu'il ne peut exister dans le sein de cette auguste Diette {sic) des Membres assez mal intentionnés pour tendre, sous le voile du mystère, des pièges au Peuple,
« 11 a été, en conséquence, arrêté qu'il serait nommé deux Députés pour se retirer par-devant MM. les Représentants de la Commune en Assemblée générale, à l'efTet de les prier de s'occuper à rechercher les Auteurs de cet imprimé anonyme et dangereux; que cet arrêté serait envoyé à M. le Président de l'Assemblée Nationale, en le priant de le communiquer à l'Assemblée comme une preuve du respect du District de Saint-Jacques l'Hôpital, et qui sera adressé au {sir) 59 Districts le plus promptement possible pour éviter les efl'ets dangereux des principes que cet Imprimé renferme.
<- Efpour porter cet Arrêté, l'Assemblée a député :
" MM. Sergent, Président;
« Parquoy, Commissaire du Comité Permanent .
'< Pour extrait conforme audit Arrêté, délivré par nous Secrétaire (ireffier du District, étant sous registre des Délibérations en notre possession, ce jourd'hui, i février 1790.
« BLANC, Secntairc-Grefficr [V). »
H était évident ({ue le Club des Impartiaux se recrutait parmi les membres du centre de l'Assemblée natioiiclle, et le prenait de haut vis-à-vis de la majorité ; qu'il aspirait à faire nommer deux chambres^, une haute, l'autre basse, selon le système anglais.
(1) Bil). \at. (inauuscrils). Nouvelles ;ic(|iiisiUoa.s tVaii(;uises, a" 2()i)8i
JX -
La presse patriote publia des articles sur le club des Impartiaux^ à propos duquel Prudhomme imprima une sorte de réquisitoire qui lut lu avidement par les masses parisiennes :
« Dès la première séance, la faction a élu pour président, par acclamation, son altesse éminentissime ^ illustrissime monseigneur Hu-
teau (vic), avocat, député du tiers état de Paris (1); et la preujière matière mise en délibération a été la conservation des biens ecclésiastiques,
« Il s'est trouvé dans le nombre des assistants quelques honorables membres qui n'étoient pas venus pour chercher des moyens de mettre des entraves aux opérations de l'Assemblée nationale. M. le cardinal de Rohan dit expressément : « Lorsqu'on m'a invité à venir ici, on m'a assuré qu'on ne s'occuperoit que d'objets qui auroient trait à l'intérêt général, et je vois qu'il s'agit des aflaires particulières du clergé. Occupons-nous du bien commun. Cette assemblée ne peut avoir d'autre objet sans crime et sans danger. » Sa remontrance ne fut point écoutée. Il fut décidé que le parti aristocratique se diviseroit en deux branches; que MM. Maury, d'Esprémenil [sic) et le vicomte de Mirabeau, avec une trentaine d'autres privilégiés, continueroient à se montrer ouvertement les ennemis du peuple, de la révolution et de toute sage réforme, pendant que MM. Malouet et Virieu se mettroient à la tète du reste de la faction, et prendroient le nom respectable d'impartiaux (2). »
En réponse, dans la Lettre d'un impartial à M. Prudhomme , auteur des Révolutions de Paris, on remarque ces explications très développées :
« Je suis impartial. Monsieur, et j'ai lu ce que vous dites de notre société dans votre 28" n". Vous nous dénoncez comme des aristocrates; vous nous prodiguez les invectives les plus atroces. Je ne réponds point à des invectives; et le public jugera bientôt si nous sommes des aristocrates : mais vous rappelez nos principes pour les combattre, et vous annoncez des faits inexacts. C'est uniquement pour défendre nos principes et pour rétablir les faits que, je vous écris cette lettre. Vous dites que nous nous assemblons aux Auguslins ;
{{) Hulteati, quoique partisan des idées nouvelles, vota souvent avec la minorité réactionnaire.
(2) Jiévolulions de Paris, 1790, n» 28, p. il et 12.
que le district de rabbaye Saint-Germain regarde cette assemblée comme ïin attronpement qui doit être dissipé, à moins que les aristocrates attroupt's ou conjurés ne reçoivent quatre commissaires pour surveiller ce qui se -passera dans rassemblée. Ces quatre lignes sont un tissu d'erreurs. Nous nous assemblons rue de la Michodière, n" 8 ; nous avons envoyé au district des filles Saint-Thomas deux députés pour prévenir ces messieurs de l'existence et du but de notre association, leur remettre des exemplaires de nos principes, et inviter à nos séances ceux de ses membres à qui il conviendroit d'y assister. Le président du district a reçu nos députés avec les égards dus à une réunion de bons citoyens ; réunion que la loi approuve, et que vous avez tort de calomnier. Voilà les faits auxquels j'ajoute que le cinquième article de notre règlement porte : que toute personne présentée par un membre pourra assister à nos séances ; d'où je vous somme de conclure que nos intentions sont pures, et que vous-même, M. Prudhomme, vous pouvez vous présenter à nos assemblées, et que vous nous ferez plaisir.
« Dans l'analyse de nos principes, vous parodiez quelquefois, et vous ne raisonnez pas souvent.
« Lorsque nous disons que nous renonçons aux opinions par lesquelles, dans les discussions, quelques-uns de nous ont pu combattre les principes que l'Assemblée nationale a décrétés, vous dites que l'on doit nous en savoir gré ; cela n'est ni piquant ni profond. Vous me dispenserez d'y répondre.
« Lorsque nous disons que nous ne voulions pas une révolution à feu et à sang, vous dites que nous la voulions à Yea\i rose, comme celle de Cro/n?/'e//; cela n'est ni de bon goût ni de bon sens; vous me dispenserez dy répondre.
« Lorsque nous disons que nous voulons que le pouvoir exécutif reprenne toute son énergie, vous dites que les patriotes le veulent aussi. Dieu veuille que vous ne soyez pas démenti par tous ceux que vous appelez patriotes ; et je n'aurai rien à vous répondre.
« Lorsque nous disons que nous nous opposerons à la liberté de tous les cultes publics, vous ne combattez cette assertion que par l'exemple de l'Amérique, de Strasbourg et de Bordeaux. — Je vous réponds que nous avons expliqué cette phrase dans nos principes impartiaux, qu'en accordant le culte commun, nous nous bornons à désirer que la solennité du culte soit réservée à la religion catholique, (jue l'Assemblée nationale a sans doute reconnue nationale (1), puis-
(1) '< Ou la roliaion catholiquo est uno associfitinn libro, ou fllo osl \\n (>(abli!*-
♦ 18 LES Cr.UUS CONTRE-HÉVOLUTIONNAIRES
qu'elle a déclaré ses biens à la disposition de la nation, comme apparlenans à un établissement public. Enfin, je vous observe que Thumeur qui repiirait en Languedoc ne prouve que trop qu'il faut laisser mûrir les nations, et ne pas compromettre la tranquillité publique.
" Lorsque nous annonçons que nous voulons borner aux 4{K) millions décrétés les alithiations des biens du Clerr/é, vous dites... Voilà le ffraud mot lâché. 11 n'y a rien à répondre à cette raison. Vous ajoutez qu'on ôtera à VAhbè Maury ses huit cents fermes, qu'on lui en laissera uner ou deux pour vivre jusqu'à ce qu'il trouve une paroisse qui veuille de lui pour vicaire. — A cela je réponds qu'il ne faut voler personne, même VAhbé Maury; et que l'homme qui propose de dépouiller, même un Aristocrate., n'a ni principes, ni probité.
« Lorsque nous disons que nous soutiendrons l'ordre de Malthe, vous nous dites que, ne connaissant pas les raisons de M. Camus, nous ne pouvons pas savoir si elles ne seront pas bonnes. Je réponds que, du moins, nous connaissons l'ordre de Malthe, ses droits et ses propriétés, les raisons qu'il y a pour défendre un établissement qui protège notre commerce du Levant, et qui est de la plus grande utilité politique; enlln, que nous connaissons M. Camus [i), si nous ne connaissons pas ses raisons.
« Lorsque nous annonçons notre indifférence pour 1(!S chapitres nobles, vous dites que ces établissements sont dispendieux et inutiles î\ l'état; je réponds que cela est loin d'être prouvé, mais que leur inutilité même démontrée ne nous condamne pas, puisque nous renonçons à les défendre.
«' Voilà cependant, Monsieur, ce que vous avez cru devoir atta<iuer; et c'est après cette série de raisonnements que vous dites : là est l'astuce, le mensonge et rhypocrisie. M. Prudhomme, vous n'êtes pas impartial.
(( J'ai l'honneur d'être, etc.
« Un Imi'ahtial. »
I^a polémique des Impartiaux avec les journaux patriotes devenail de plus en plus vive. Les modérés se disaient calomniés, faussemeni, hypocritement accusés d'aristocratie. Les patriotes s'apercevaient
sonipnt public ot national ; dans lo premier cas, la nation n'a aucun droit sur ses biens; dans le second cas, on ne peut lui contester la faveur et l'existence d'une religion nationale; il n'y a pas moyen de soi'tir de ce dilême (sic). >> [l) Camus fut avocat du cleroré de Krance avant la Révolution.
que les Impartiaux^ en bons termes avec la plupart des représentants des pouvoirs publics, se croyaient appelés à peser sur le gouvernement, à parler sans cesse au nom du roi et de ses droits légitimes.
Ils répondirent à Camille Desmoulins, qui les attaquait vertement, par une nouvelle profession de foi :