ARRÊTÉ DE LA SOCIÉTÉ, DU 17 NOVEMBRE
« Un Membre a fait une motion tendante à ce que la société commençât incessamment à tenir des séances publiques, dans lesquelles tous les citoyens pussent juger ses intentions et ses principes, et où l'on pût opposer une résistance d'opinions à toutes les tentatives dirigées contre l'autorité légitime et constitutionnelle du Roi, et la constitution monarchique.
« La Société a arrêté que la première séance publique seroit encore différée, mais que pour faire connoître dès à présent son but et ses principes, et combattre d'une manière efficace les opinions dangereuses, il sera publié un Journal avoué par la Société et rédigé par M. de Fontanes, l'un de ses membres. A cet effet, la Société a autorisé M. de Fontanes à publier dans les numéros de ce Journal des fragmens de la correspondance de la Société, ses principes et son règlement. Signés : Decrkcy, Derossy, Stanislas de Clermont-Ton- N'ERRE, Cormier, Commissaires (1).
(l) Joutmal des Amis de la Constitution monarchique, n" 1, du samedi 18 décombre 1790. Prospectus. Co journal, hebdomadaire, eut 27 numéros. Chaque numéro a une pagination distincte, porte le cachot de la société, — les armes de France supportant une balance dans un des plateaux de laf4uelle est un bonnet de la liberté, et dans l'autre la couronne royale. En exergue : libres et fidèles: sur le tout est une ban<leroUe avec le nom do la société; on bas de l'écu, dans un médaillun, le millésime : 1790.
Lemonnier prononça, dans la séance du 25 décembre 1790, aux Jacobins, présidés par Miral)eau l'aîné, un discours dans lequel il appréciait ainsi, au début, le nouveau club :
« Vous savez, Messieurs, que l'aristocratie, désespérée d'avoir vu tous ses complots découverts, toutes ses sombres manœuvres mises au jour, a cru avoir inventé un moyen infaillible pour anéantir tout ce que nos législateurs ont fait pour la stabilité de l'empire français : c'est l'établissement d'un club sous le nom de Constitution monarchique. Plaisante dénomination ! Comme si tous les clubs patriotiques, en particulier celui des Amis de la constitution, n'avaient pas le but de fonder une constitution vraiment et essentiellement monarchique, mais une monarchie légale, une monarchie qui aura pour base les lois et pour objet le salut de la nation,
« Ce n'est point pour ridiculiser cette folle institution que j'ai eu l'honneur de vous demander la parole, mais pour vous dénoncer les premières opérations de cette assemblée vraiment inconstitutionnelle : elle a conçu le plan de mettre le trouble dans cette capitale, et par la suite dans le royaume entier. Voici le sûr moyen que ces hommes fallacieux ont cru devoir employer. Ils ont nommé quarantehuit commissaires pour se répandre dans les quarante-huit quartiers de Paris; c'est le cheval de bois qui vomit les guerriers grecs pour renverser les murs de Troie. Vous verrez que les Grecs se sont répandus dans la capitale, et si cette capitale n'a que d'imbéciles Troyens pour défendre ses murs... »
Lemonnier ajouta que Cormier, un des commissaires, s'était présenté à la section de la place Vendôme, et que d'auti'cs s'étaient présentés dans d'autres sections; que Cormier, muni d'une carte signée Clermont-Tonnerre (1), avait fait l'offre de distribuer par semaine detix cents livres de pain aux pauvres de la section, à un sou la livre; que, heureusement, M. Leclerc, ancien commissaire des guerres et chevalier de Saint-Louis, avait riposté : « Puisque vous voulez obliger les pauvres, donnez en argent à chaque section qui, avec notre surveillance, si vous l'exigez, distribuera le pain à ceux que la section connaîtra en avoir le plus de besoin. » A quoi l'émis-
(1) Carte plus grande qu'une carte ordinaire, ayant au nnlicu h; nom du roi, et à côté de ce nom une balance, en haut une guirlande avec le titre du club.
saire n'a pas voulu consentir, trouvant « étonnant que des gens préposés pour procurer les avantages de la section refusassent les secours offerts à la mendicité. »
C(U'mier ajouta que déjà treize sections avaient accepté. Leclerc lui demanda de laisser par écrit l'engagement qu'il voulait contracter, avec toutes les clauses. Cormier donna dans le piège, laissa par écrit sa soumission avec la carte, qui furent placées dans le bureau du président de la section, puis portées à la police de la ville (1).
Ainsi, le Club monarchique attirait l'attention des Jacobins et entrait dans la lutte politique^ non pas seulement par l'énoncé des sentiments intimes de ses membres, mais par des moyens actifs. De plus, il paraissait disposé à ne pas céder aux menaces populaires, ni aux injonctions de l'autorité municipale, à en appeler, s'il le fallait, à la justice des représentants de la nation pour continuer d'exposer ses vœux en faveur de la royauté, de la noblesse et du clergé. 11 était plus franc que les réunions de certains modérés.
Des difficultés s'étant élevées sur les droits des sociétés monarchiques correspondantes, au commencement du premier numéro du Journal de la Société des Amis de la constitution monarchique^ fut placé un
(■ Extrait du 'procès-verbal de V Assemblée Nationale, du samedi au soir, treize novembre mil sept cent quatre-vingt-dix .
« L'Assemblée Nationale, après avoir entendu son Comité des rapports, déclare que les Citoyens ont le droit de s'assembler paisiblemont, et de former entre eux des sociétés libres, à la charge d'observer les loix qui régissent tous les Citoyens; qu'en conséquence, la Municipalité de Dax n'a pu troubler la société formée dans cette ville, sous le nom de Société des amis de la Constitution; que ladite société a le droit de continuer ses séances, et que ses papiers doivent lui être rendus.
« CoUationné à l'original, par nous, Secrétaire de l'Assemblée nationale. A Paris, le lOjanv. 1791. Armand, La Metuerie, Bion, Latyl, Prêtre de l'Oratoire, Secrétaire; Oudot, Curé de Savigny; Cl. An. L'Eleu.
(1) Ce discours, imprimi'' par l'ordro de la société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, se trouve à la Bibliothèque nationale; il forme 7 pages iu-S", sans date.
« Nous, Commissaires du Comité des Décrets^ certifions que le décret ci-dessus est sanctionné du J9 novembre 1790. « Fait au Comité, le i 0 janvier 1791. Bouche. »
Plus les idées avancées se firent jour, plus la presse patriote se montra sévère dans ses appréciations sur la Société, qui devenait agressive, qui lui paraissait dangereuse. A Paris et en province, les polémiques abondèrent.
Gorsas écrivit :
« Le club monarchique, dont nous avons parlé ces jours derniers, est ouvert depuis quelque tems ; le but avoué de ce club est de s'opposer à l'esprit de Républicanisme qui germe, disent ses membres, dans toutes les têtes (assertion aussi fausse qu'absurde), le but secret est de former une scission parmi les citoyens de la Capitale. Les cartes d'entrée portent ces mots : Amis de la constitution monarchique ; c'est sous ce titre respectable que les membres espèrent exciter une diversion dont les suites funestes sont incalculables. »
« ... L'intention du Club Monarchique est de renverser celui des amis de la constitution et toutes les autres sociétés de ce genre... (4) »
Gorsas ne se méprenait pas sur les intentions véritables des monarchistes.
Les Révolutions de Paris (2) interprétèrent la devise du Club monarchique :
w Emblème du club monarchique.
« Ce club est un réchauffé de 89 (3), dont nous ne pouvons maintenant citer que le titre et analyser que l'emblème.
« L'hiéroglyphe de cette société est une balance en équilibre parfait, par la charge des deux bassins, dont l'un porte le bonnet de la liberté, c'est-à-dire la Nation, et l'autre la couronne de France, c'està-dire le Roi; ce qui signifie que la Nation est égale au Roi, et que le Roi est égal à la Nation; d'où les sociétaires monarchistes font résulter sans doute cette doctrine que, si les droits de la Nation sont imprescriptibles, ceux du RoiXo, sont aussi, et que, par conséquent, la Nation et le Roi, ou le Roi et la Nation, sont inattaquables l'un par l'autre; que l'imprescriptibilité de l'un et de l'autre ne pouvant dériver que du même principe, il s'ensuit que la nation étant souveraine de droit naturel, c'est aussi de droit naturel que le Roi est souverain ; que tout
(1) Courrier de Gomas, u° 20, du lundi 20 dcceuibrc 1790.
(2) Révoluiions de Paris, n" 76, du 18 au 25 décembre 1790. (:i) Voir, plus bas, Société de -1789.
ce que peut la nation de ce côté, le Roi le peut aussi du sien ; que l'un pèse autant que l'autre (ce qui, par exemple, est trop fort) ; et qu'enfin, en droit originel, en force et en volonté, un est égal à vingtcinq MILLIONS. Voilà le système du veto expliqué, et ses analyses mentales révélées.
« Cette hérésie politique, que les monarchistes n'osent encore professer qu'en gravures, doit être terrassée par les simples propositions de la saine doctrine.
« La NATION est tout dans la nation, c'est-à-dire, rien n'est au-dessus d'elle, tout individuellement, et le Roi, comme les autres, est audessous d'elle. La nation est le souverain ; le Roi n'est pas le souverain. La nation fait la loi et l'abroge; le Roi ne peut ni l'un ni l'autre. La nation peut abroger la royauté ; le Rot ne peut pas abroger la NATION. La NATION cxistc par elle-même; le Roi n'existe que par la NATION. La NATION est un corps indépendant qui sort du sein de la nature; le Roi est une convenance de la loi faite par la nation.
« Les monarchistes n'entendent donc rien aux emblèmes. Leur balance n'a point de justesse, et s'ils veulent continuer à tenir en équi-' potence la nation et le Roi, ils sont ou des ignorans ou des mauvais citoyens. »
Et Carra fit chorus, d'une façon très violente, en prenant à partie Clermont-Tonnerre.
« Il paroît, depuis peu de temps, un Journal des Amis de la Constitution, qui doit sa naissance à la délibération prise par la société qui porte ce nom de publier sa correspondance. Ce journal patriotique a donné l'idée aux anti-patriotes de répandre leurs perfides principes sous un titre à peu près semblable, celui de Journal des Amis de la Constitution monarchique (1). Nous prévenons nos lecteurs que le premier de ces journaux est le véritable antidote du Mercure, et que le second n'en est qu'un insipide supplément. » Chronique de Paris.
Voir cet autre article, du même :
« Une société, sous le titre des Am?'i- de la constitution monarchique, vient de se former dans cette capitale. On jugera aisément de ses principes et de son but quand on saura qu'elle est fondée par Stanislas Clerniont-Tonnetre, et qu'elle est composée de tout ce qu'il y a de roués, d'escrocs, de joueurs, d'intrigans et de partisans de l'ancien régime à Paris (2). »
(1) Annales patriotiques, uo 440, du 26 décembre 1790.
(2) Annales /jalriotigues, ir 431, du 27 déceuibrc 1700.
170 LES CLUBS COÎsTRE-RÉVOLUTlONNAIRES
Et cet autre :
« Supposons que le club des monarchieiis de Paris, et ses correspondans établis dans tous les postes importans de l'empire, veuillent, sous les dehors spécieux de la bienfaisance, soudoyer et s'attacher deux millions de citoyens, à un sou par livre de pain, il en coûtera aux sociétés monarchiennes deux millions de sous, ou 100 mille francs par jour, ou 3 millions par mois (1). »
La bienfaisance avait déjà été pratiquée politiquement eu province.
Il avait existé, en juin 1790, à Dijon, une Socirté de la lireliro^ dans laquelle on prodiguait de l'argent à des citoyens pauvres ou avides qui adhéraient à une profession de foi aristocratique. Les patriotes dijonnais dispersèrent les membres de cette société.
Le 30 décembre 1790 (n° 46-4 des Annales), Carra ajoutait :
<( Remarquez, je vous prie, qu'en même temps que nos ennemis projettoient dans dilTérentes villes de l'empire une contre-révolution à main armée, ils en méditoient une autre sur les esprits faibles, en formant tout-à-coup et partout des sociétés sous différens noms, tels que ceux de Club monarchique ,• (VAmis du Roi; A'Amis du Roi et de la paix ; AWmi$ du Roi, de la Noblesse et du Clergé; (VAmis de l'ordre et du bien, etc., etc.. »
Toujours pour imiter, mais aussi pour combattre la Société des Jacobins, le Club monarchique faisait une active propagande en 1790; il correspondait avec les sociétés des Amis de la paix qui, à Perpignan, à Aix et ailleurs, venaient de soulever la colère du peuple. Nous avons donné là-dessus quelques détails (2).
Il avait recruté, disent les Révolutions de Paris; les restes épars du club de la rue Royale, tous les spadassins de VOféra, et piliers de tripot du Palais-Roi/al (3). Ajoutons que les dames de la halle, en très grande partie, étaient royalistes, et que plusieurs désavouèrent les journées des 5 et 6 octobre 1789. Marie-Antoinette les reçut, à Paris, mais à distance, et elles s'enorgueillissaient néanmoins de cette réception.
(1) Annales patriolifjues de CaiTa, n" 453, du 29 décembre 1790.
(2) Voir plus haut, p. 129.
(3) Révolutions de Paris, n" 77, p. 627.
Eu décembre 1790, il se formait un club d'A^nis de tordre et de la
paix à Metz, dont les membres portaient sur le cœur des cocardes
blanches attachées à la doublure de Thabit. Il s'en formait un aussi,
société des Afnis de la Paix, à Limoges (décembre).
Un partisan du Club monarchique imprima une circulaire Aux Amis de la paix, dans laquelle il disait : « Tenez vous sur vos gardes ; défiez-vous de ceux qui se disent Amis de la Constitution; ce sont des loups revêtus d'une peau d'agneau, qui se masquent pour vous dévorer plus sûrement... (1). »
La section des Tuileries demanda la dissolution du Club monarchique, dont les réunions amenaient des attroupements qui troublaient la tranquillité publique.
« Section des Tuileries
« Extrait des registres des délibérations de l'assemblée générale du ^8 décembre 1790.
... « L'assemblée, considérant que la dénomination fastueuse des amis de la Constitution monarchique que prend cette société, annonce un attachement exclusif et de préférence à une seule partie de la constitution, et contredit la profession de foi de cette même çociété, de sa soumission aux décrets de l'Assemblée nationale, acceptés ou sanctionnés par le roi ;
« Considérant que le principal but de cette société, manifesté dans un discours prononcé par un de ses membres, et inséré dans le journal de ses séances, est d'opposer une masse de résistance à une société composée d'hommes connus par le patriotisme le plus pur et le plus éclairé, entièrement dévoués au maintien et à la défense de la liberté, et appliqués sans relâche à préparer et à combiner les matériaux du grand édifice de la constitution ;
« Considérant que cette société a la folle présomption, ainsi que l'annonce ce même discours, de défendre la constitution monarchique, comme si elle étoit attaquée, comme si elle n'étoit pas une partie essentielle de la constitution générale, que tous les François ont juré de défendre et de maintenir, même au prix de leur sang; qu'elle porte le délire jusqu'à vouloir favoriser et appeller de tous ses moyens le retour de la paix, le retour de l'ordre public, comme si ces précieux avantages pouvoient être l'ouvrage des prétendus amis de la constitution monarchique, et n'étoient pas le résultat et l'ac-
(1) Bib. x\at. (pièce), Lb 39/3191.
172 LES CLUBS GONTRE-HEVOLUTIONNAIRES
complissement de la loi à laquelle nous avons tous juré d'être fidèles ;
« Considérant que c'est une charité bien redoutable et bien perfide, que celle qu'avoit commencé à exercer cette société, lorsque, sous le voile de la bienfaisance, elle a arrêté une distribution de pain à ses frais, à un prix inférieur au prix ordinaire, en faveur des pauvres de la capitale, qu'elle vouloit ainsi soudoyer pour se les attacher, et qui seroient venus recevoir, dans un morceau de pain, un aliment empoisonné ;
<( Considérant enfin que ce nouveau club est la même société chassée d'abord de la maison des Capucins, poursuivie ensuite rue Royale, proscrite enfin partout où elle a cherché à s'établir, qui se reproduit aujourd'hui sous un nouveau titre; qu'Q peut faire craindre les plus grands dangers pour la capitale, et y amener les scènes d'horreurs dont gémissent encore la ville d'Aix, celle de Perpignan et autres, où se sont établis de pareils clubs, sous les noms (Vamis du roi, d'amis du clergé; que cette dernière considération solhcite puissamment la surveillance de la section, et qu'elle ne croie pas avoir un moment à perdre pour prévenir de semblables malheurs :
(( A arrêté unanimement d'exprimer le vœu le plus formel pour la dissolution de la société ou club connu sous la dénomination des Amis de la constitution monarchique, qu'il sera en conséquence enjoint aux propriétaires ou principaux locataires du Panthéon, rue de Chartres, d'empêcher qu'il soit tenu aucune séance de la société dont il s'agit dans les dépendances de cet édifice.
« A arrêté, en outre, que la présente délibération sera imprimée et affichée, et envoyée aux quarante-sept autres sections, avec invitation expresse d'y adhérer; de veiller à ce que la société ne tienne ses assemblées dans aucun lieu de leur arrondissement, et à ce qu'il ne se forme aucune association pareille dans leur sein ;
(( Que la présente délibération... sera notifiée à M. du Bergier, comme s'étant annoncé président de la société des prétendus amis de la constitution monarchique, et aux propriétaires ou principaux locataires du Panthéon; et que, pour y donner la plus grande publicité possible, elle sera envoyée aux rédacteurs des journaux patriotes, pour être insérée dans leurs plus prochains journaux...
« Signé : Bertemy. »
Une autre section, celle de l'Observatoire, fit une réclamation analogue.
Le 28 décembre 1790, « sur la dénonciation faite par la section de rObservatoire de quelques faits tendant à troubler la tranquillité publique, attribués à la société appelée les Amis de la Coustilulion monarchique^ le Corps municipal ordonne que le procureur de la Commune prendra les renseignements les plus étendus et les plus exacts sur ces faits et rendra compte incessamment de ce qui sera parvenu à sa connaissance ; comme aussi, le Corps municipal ordonne que, jusqu'à ce qu'il ait statué sur le compte à rendre par le procureui' de la Commune, l'assemblée dite des Amis de la Constitution monarchique discontinuera ses séances; enfin, ordonne que le présent arrêté sera notifié demain par le procureur de la Commune à M. Clermont-Tonnerre, se qualifiant président de ladite société (1). >>
C'était demander la dissolution du club. Mais ses membres ne cessèrent pas de s'assembler, ou tout au moins de se concerter. Les distributions de pain continuèrent. Les patriotes regardèrent leur philanthropie comme étant un moyen politique. On assurait que les monarchistes chargeaient des sœurs de distribuer du « pain monarchique ». Le fait déplaisait; ses résultats paraissaient dangereux.
Le Mercure national imprimait :
«... Cette assemblée coupable, présidée par Stanislas Clermont (2), tient ses séances du côté de la place Vendôme : elle a arrêté de la rendre publique et fait serment de poursuivre, en son nom, tous les écrivains qui parleraient contre le système monarchique (3). »
(( Les monarchistes, dit encore le Mercure national (même date), font des billets qu'ils distribuent abondamment, et avec lesquels les particuliers vont chez les boulangers qui le leur donnent ;le pain) à un sou (la livre). Ces billets sont signés Lally-Tolendal. »
Remarquons ici que le nom de Lally-Tollendal ne se trouve pas sur les listes que nous avons transcrites plus haut. Mais il figurait parmi les memJires du Club de Valois (4). Ses votes récents le faisaient considérer comme monarchiste avant tout.
Corsas entretint ses lecteurs de ce qui s'était passé aux alentours de la salle de la rue de Chartres.
« La balance du club monarchique avoit perdu l'équilibre avant-
(1) Procès-verbaux manuscrits, 28 décembre 1790. — Cité par M. Paul Kobiquot, dans son ouvrage sur le Personnel municipal de Paris pemiant la Révolution, cic, p. 5o3.
(2) « C'est tout dire. » [Note du rédacteur.)
(;{) Mercure national, numéro du vendredi 31 décembre 171)0. (4) Voir, p. :jt, Cluh de Valois.
hier au soir. Le sou de pain mis sans précaution dans le bassin qui soutenoit le bonnet de la liberté, a emporté celui où reposoit la couronne, — Pour parler sans figure, les membres de ce club ont voulu s'assembler avant-hier, suivant leur coutume; mais l'inquiétude qu'avoit causé ce rassemblement a provoqué une a|sez énergique insurrection dans la rue de Chartres, et MM. du club monarchique se sont retirés un peu plus vite qu'ils n'auroient voulu, après avoir ce-pendant et au préalable^ jette un coup d'œil du côté d'un certain district qui leur avoit promis, en cas de besoin, protection et secours. Quelques membres s'étant permis de dire qu'ils reviendroient en force, la réserve de l'hôtel de-ville est accourue (1). »
Devant les attroupements, les monarchistes s'étaient dispersés. Corsas annonça aussitôt :
« La dissolution du Club monarchique a fait avant-hier un éclat assez violent pour inquiéter le Roi et sa famille (2), »
On savait les sympathies de la cour pour cette société; on les exagérait peut-être. En tout cas, les zélés la compromettaient. Sur feu le Club monarchique^
Villate écrivit :
« Le Club monarchique n'a séduit personne, pas même ceux auxquels on promettoit le pain à un sou la livre, »
Alors, les défections, les plaisanteries accablèrent plus que jamais la défunte société. Les affiliations cessèrent.
Par une lettre du 3 janvier 1791, adressée à M. Robert, rédacteur du Mercure National, Hugou (de Rassville), soldat citoyen de la sixième division, se défendit d'appartenir au Club monarchique.
Madame Louise Robert, dans le même journal, à la date du 7 janvier 1791, écrivit : « Vois à Paris môme ce club monarchique ; quels sont les dieux qu'on y encense? le fanatisme et la royauté. »
Dans le même journal encore, à la date du 1" février 1791, nous trouvons :
« Extrait d'une lettre de Corbeil, en date du 27 janvier.
« Vous saurez, monsieur, qu'il s'étoit établi un club à Coi^beil^ affilié à celui des Jacobins de Paris. M. de Clermonl-Tonnerre a voulu, dit-on, qu'il fût affilié à son club monarchique, et sur le refus, il n'a pas voulu le laisser subsister, sous prétexte qu'il ne faut pas de club
(1) Courrier de Gorsas, n" 30, du vendredi 31 décembre 1790; (ii) Courrier de Gorsas, w 1, du l'' janvier 1791.
dans les petites villes. Je vous envoie sa lettre à ce sujet, et des couplets qui ont été chantés dimanche dernier, à une fête qu'il a donné [sic] à cinq cent cinquante hommes de la garde nationale des environs, dont il est commandant, dans son château, près Corbeil. Il étoit révéré généralement avant son discours, et la ville est partagée actuellement pour et contre. Les couplets sont du curé d'Ivry, connu pour un grand aristocrate. — Voici un de ces couplets.
Air : Vive Henri IV.
Brave Tonnerre, j
Nous suivrons tes drapeaux. > 6/^.
Eu paix, en guerre, )
Ils seront nos signaux,
Brave Tonnerre, Nous suivrons tes drapeaux,
« Que l'on me dise encore que Stanislas n'est point un chef de conjurés... »
Clermont-Tonnerre et ses amis perdaient leur prestige. Carra s'empressait d'insérer cette phrase dans son journal :
« Le club des Monarchiens ou des Monarchieux, (jui soulevoit le peuple en mettant à un sou la livre de pain, vient d'être dissous, autant par le mépris que par l'indignation publique... (1). »
On chansonna beaucoup feu le club monarchique, surtout à propos de Clermont-Tonnerre, que l'on surnommait Jean-Farine.
Bonis rimes remplis par M. de Clermont-Tonnerre., président du feu Club monarchique.
Sur, défunt, le cluô Monar-chique ^
Les Annales et la Chronique
S'évertuant à qui mieux mieux,
Dans une finale cynique (2)
Enterrent ce club piloyeux.
Messieurs, dit d'une voix étique
Clermont, jadis le Tonnerrrr' ique.,
Efn renversant le pique nique,
De mes Monar... tant souffreteux,
Ah! daignez leur laisser le.., chique (3),
(i) Annales pat riolùj nés, n» 4"i8, du 3 janvier 1791.
(2) « Les auteurs do la Chronique et des Annales se sont permis impiinémenl de changer la finale du mot inoua.rchique, et d'appeler ce club mona.r -cfiien, numar-chieux ; or, la réclamation de M. de Clermont-Tonnerre a pour objet ce changement. 11 demande avec raison qu'on restitue le chique enlevé à l'épithète thérie du club dont il est le président. » {Note de Gonas.)
(3) Courrier de (iorsas, ïi° 4, du 4 janvier 1791;
Pendant que Malouet, après avoir présidé le club des Impartiaux^ défunt aussi, se déclarait champion de Clermont-Tonnerre, une lettre du 24 janvier 1791, signée par de Broglie, -président, Villers, G. Bonnecarrère, Alex. Beauharnais, Voydel, secrétaires, adressée aux Amis de la Constitution, accusait le Cluh monarchique de chercher à exciter des troubles.
Lorsque, le 25 du même mois, une affaire sanglante eut lieu à La Chapelle, près Paris, Carra et les Jacobins assurèrent que le Club monarchique était fauteur de la bataille qui coûta la vie à plusieurs citoyens, et qu'il fut d'accord, sur ce point, avec le Comité autrichien (1).
Les dénonciations pullulaient.
Le 23 décembre 1790, Lemonnier (2) prononça, nous venons de le dire, un discours aux Jacobins contre le Club monarchique. Le 30, la section de Bondy dénonça ses agissements. Le 20 janvier 1791, survinrent les dénonciations faites par les sections des Gravilliers, du Louvre et de la Halle au blé ; le 28, celles des sections des Lombards et du Louvre. Le 31, la section de la rue Beaubourg délibéra et s'éleva contre les menées du Cluh des Amis de la Constitution monarchique. Six jours avant, la section des Champs Élysées avait inculpé cette société, à propos de l'affaire de la Chapelle Saint-Denis, et une protestation d'un membre monarchiste accusa les Jacobins.
Le 13 février 1791, il y eut, à la section du faubourg Montmartre, une motion d'un nommé Moelle contre les membres du Club monarchique.
Dans ces circonstances délicates, les monarchistes ne se tinrent pas pour battus. Ils réclamèrent contre la suspension de leurs séances, en invoquant la loi et la liberté.
A la fin de décembre 1790, le président du Club s'adressa au procureur-syndic de la Commune.
« Discours de M. le président de la société des Amis de la constitution monarchique, à M. le procureur-syndic de la commune :
« Monsieur, « Le directoire de la société des amis de la constitution monar-
(1) Annales patriotiques, ii" 480, siippl. du 23 janvier 1791. — Voir Comité autric/iien. — Voir Club des Impartiaux.
(2) Dcmcuraut rue du Bac, n" 244, ou rue Ncuve-Saiiit-Eustache, u" 12. -— Voir plus haut, p. 166.
chique a l'honneur de représenter à M. le procureur-syndic de la commune qu'il est instant que Tordre arbitraire qui a suspendu ses séances soit incessamment révoqué.
« La liberté est un bien que l'homme ne peut aliéner; il est autant de son devoir que de son droit d'être et de demeurer libre.
« La liberté civile consiste à pouvoir faire tout ce que la loi ne défend pas; et personne ne peut contraindre à faire ce que la loi n'ordonne pas, ou empêcher de faire ce qu'elle permet.
« Rappeler ces principes à M. le procureur-syndic de la commune, c'est reporter son attention sur les intérêts et les droits des citoyens (}ui composent la société des Amis de la constitution monarchique.
« On nous défend de nous réunir : cette défense est illégale; il n'appartenoit qu'à la loi de la prononcer. Nous avons obéi; mais celte obéissance est un titre de plus à la justice la plus prompte. Nous avons fourni tous les documens qui pouvoient paroitre utiles; nous avons fait plus môme que nous ne devions, puisque les papiers qui contiennent nos opinions, ces opinions dont la liberté est constitutionnellement établie, ont été remis par nous à M. le procureur-syndic de la commune. Nous avons cherché des objections pour y répondre; nous avons pleinement éclairci le jugement du corps municipal : nous prions, en conséquence, M. le procureur-syndic de la commune de le hâter, et nous lui observons que chaque instant qui s'écoule depuis que, par le corps municipal, et non par la loi, notre liberté est restreinte, ajoute au délit social contre lequel nous avons droit de réclamer (1). »
Le discours fut publié, comme on le voit. Le Journal des Clubs imprima ces lignes :
« La Révolution avait eu lieu. Des patriotes se réunissent aux Jacobins sous le titre d'amw de la constitution ; une autre société, tirée presque entièrement du sein de la première, prend le titre de club de 1789, année de notre liberté ; les sections ont leurs clubs ; les départemens imitent la capitale; enfin, il se forme à Paris une dernière association, celle des amis de la constilulion monarchique.
« Ce club paroît sous de sinistres auspices; on lui imprime, dès sa naissance, le sceau de la réprobation; il fait une lourde faute qui sème l'inquiétude; tout s'arme contre lui, les clubs l'attaquent, les sections le dénoncent, les assemblées de café le menacent; les journaux crient à l'aristocratie, à la contre-rçvolution; le peuple éprouve
(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution inonarchic/ue, U" 4, du 30 décciubre 1790.
178 LES CLUBS GONTRE-Rr<]VOLUtlONNAlHES
sticcessitement et rapidement la défiance, Id crainte; un pas de plus, il se litfoit à la fureur et reribùVelloit petit-être ces scènes affligeantes...
« Le club monarchique rësiste aiix attaques; la loi est iilvoquée; les magistrats du peuple rie voient d'abord que le danger des eitoyens ; la suspension du nouveau club est ordonnée (le 29 décettlbre 1790); les informations se font; Tœil sévère de la justice s'arrête aux faits et ne profonde point jusqu'aux intentions; la municipalité condamne une distribution de pain au-dèssoiis du prix courant.
« Le directoire du club déclare qu'il renonce à ce mode inquiétant de distribution; alors, la loi étant formelle sUi* le droit accordé il tous citoyens, ne faisant point corporation, de s'assembler paisiblement et sans armes, après en avoir donné avis à la municipalité, le corps municipal, par un arrêté du samedi 8 janvier 1791, rend au club monarchique la liberté de tenir ses séances (1). »
« Extrait du Registre des Délibérations du Corps Municipal.
« Du 8 janvier nSL
« Le Corps Municipal, ouï le rapport de ses Commissaires, après avoir entendu le Substitut-Adjoint du Procureur de la Commuflè, sui* les informations ordonnées par l'arrêté du 28 Décembre 1790, et lecture faite de la déclaration de ladite Société de la Constitution Mottarchique, déclare que rien n'empêche qu'elle reprenne ses séances. « Sifjy^é : Bailly, Maire; De Joly, Secrétaire-Greffier.
« Pour extrait conforme à l'original, signé : De Joly, Secrétaire- Greffier {"i). ))
(( Les papiers publics^ lisons-nous dans le Journal des Clubs, ont annoncé la mort de la Société des amis de la constitution monarchique, et cependant elle n'a cessé d'être en activité depuis le 8 janvier (1791) que la municipalité lui permit de reprendre ses séances (3). >>
Le 6 janvier, une fête donnée le jour des Ëois, près dU caiiip de Jalès, était, disait-on, organisée pai* le Club monarchique étaMi en cette ville. Après le dtner, distribution de pain, de vin, de viandes et d'argent « faite au pauvre peuple ». Le soir, sUr un transparent, Oh lisait : Vivons., mourons pournotre roi (i)! Malgré les dénégations du
(1) Journal des Cliifis, t. I, p. 411, U2 et 413.
(2) Lettre d'un patriote à un de ses amis, etc. (Bib. Nat., pièce, Lb 39/4509.)
(3) Journal des Clubs, t. I, p. 609.
(4) Journal général de France.
Journal de la Société des amis de ta constitution monarchique (1), le fait demeura constant pour les ennemis de cette société.
En octobre 1790, Voidel, membre du Comité dés recherches de l'Assemblée nationale, avait dénoncé de nombreux aristocrates (2). Bàrnave, en janvier 1791, prononça un discours qui contenait aussi une dénonciation contre le club monarchique, à l'Assemblée nationale. Il s'écria :
« Tandis que les uns regrettent des abus irréligieux, s'appuient du nom sacré de la religion, une autre secte s'élève : elle invoque la constitution monarchique; et sous cette astucieuse égide, quelques factieux cherchent à nous entourer de divisions, à attirer des citoyens dans des pièges, en donnant au peuple un pain empoisonné... Ce n'est pas ici le moment de traiter ce qui concerne Cette insidieuse, perhde et factieuse association... Sans doute, les magistrats chargés de veiller à la tranquillité publique auront pris les précautions qu'exige cette tranquillité. Sans doute, le comité des recherches instruira bientôt l'Assemblée de Ces manœuvres factieuses, de ces distributions de pain à moitié prix, destinées à porter le trouble dans le peuple et à en armer, et vous dénoncera dénominativement ceux qUi ne craignent pas de se montrer et de paraître les auteurs de ces manœuvres et les chefs de cette faction... »
Murinais (3), Malouet, et d'autres membres de la droite s'agitèrent fort pour interrompre le discours de Barnave.
Malouet parla ensuite : « Je demande, dit-il, que la liberté, que la sûreté publiques et individuelles ne soient pas impunément outragées dans cette tribune... Je demande (jue la dénonciation (jui a été faite soit consignée dans le procès-verbal... Je demande que l'Assemblée nous indique un tribunal... Je demande que le préopinant déploie sa dénonciation sur le bureau... »
Murinais s'éleva contre le « membre qui a appelé le coutelas des assassins sur la tète des hommes honnêtes. » Il dénonça la société des Jacobins. Et Malouet, dans le même sens, demanda « comment faire cesser les désordres dont gémissent les bons citoyens, tant qu'il régnera sur la France un club dominateur »? Il dénonça, lui aussi, le club des Jacobins.
(1) .loufiialulc la Société dcfi Aml.s de la ConslUiUiun munarchique, t. 1, n" 8, p. 64.
(2) Rapport de VoldcI, dU 26 octobre 1790.
(.3) Nous citons, plus bas, IR sâlou alistocratiqui' de madauic de Murinais. (Voir plus bas, Salons, etc.)
L'Assemblée ne tint pas compte des amendements de Murinais et de Malouet (1).
Celui-ci inséra, dans le Journal monarchique, une réponse à Barnave :
(( J'avois vu des crimes impunis, des hommes avides de pouvoir, s'élever par toutes sortes d'intrigues; j'ai connu des princes despotes, des ministres absolus; mais la tyrannie dans toute son audace, je ne la connoissois pas ; et je ne conçois pas qu'il y ait des hommes assez vils pour fléchir devant la tyrannie qui se masque du nom de patriotisme. Ah! si c'est un droit sacré que celui de résister à l'oppression, que tous les hommes généreux brisent, comme moi, le joug qu'on leur impose; car ce n'est pas le joug des loix, c'est celui des tyrans, des factieux, que je ne subirai jamais.
« Je ne sais si le tumulte des camps et le bruit des armes présentèrent jamais plus d'alimens à la discorde que ces scènes affreuses, où des représentans du peuple, unissant leurs cris et leurs applaudissemens à ceux des spectateurs, accueillent avec des transports de joie, quoi? un acte d'humanité, de justice et de bienfaisance ? non : des paroles de sang, des calomnies et des outrages à ceux qu'on opprime!
« Vous voilà donc, François, obligés de vous affilier tous au club des Jacobins, sous peine d'être traités en ennemis de la constitution. Et vous, membres de la société monarchique, qui avez osé rivaliser avec le club dominateur, et qui, déjà chassés d'un quartier dans un autre, interdits par la municipalité, n'avez obtenu votre réhabilitation qu'en vous soumettant humblement au plus rigoureux examen, vous voilà dénoncés par M, Barnave comme des hommes perfides^ insidieux^ distribuant aux pauvres un pain empoisonné.
« Si huit ou neuf cents citoyens, du nombre desquels j'ai l'honneur d'être, ainsi traités, à la grande satisfaction des tribunes et de la majorité de l'Assemblée nationale, n'obtiennent pas la réparation de cette injure, M. Barnave me permettra de lui demander ce qu'il appelle la constitution, l'heureuse révolution, et, surtout, la liberté (2). »
Malouet avait proposé d'organiser une taxe des pauv7'es, selon Michelet, des bureaux de secours et de travail, dont les premiers fonds seraient faits par les établissements de charité, le reste par un impôt sur tous, et par tm emprunt.
(1) Murinais ne tarda pas à disparaître de la scène politique.
(2) Hépo?ise de M. Malouet à la dénonciation du Club de la Conslilulion monarchique par M. Bar/iuue.— Journal inonarc/iique, du 22 janvier 1791.
Le Cluh monarchique renonça à distribue)' lui-même des bons de pain, et communiqua cette résolution au Corps municipal. Était-ce l)ien vrai? On en douta dans le public; à plus forte raison aux Jacobins.
Alors, le Club monarchique délibéra^ ainsi que le constatent les documents qui suivent :
« DélibAration du comité de la Société de;; amis de la constitution monarchique (24 janvier 1791 ).
« Les citoyens soussignés, membres du Comité de la Société de? Amis de la Constitution monarchique, instruits que les ennemis di. repos public répandent que la Société continue à distribuer du pain aux indigens à un prix inférieur au taux ordinaire, nonobstant la déclaration faite au Corps municipal qu'elle renonce à ces modes de distribution, déclarent et attestent, sur leur honneur, à M. le Procureur-Syndic de la Commune qu'il est faux que le Comité fasse ou ait fait, depuis ladite déclaration, aucune distribution de pain à un prix inférieur au taux commun. Les susdits citoyens demandent acte à M. le Procureur-Syndic de 4a Commune, de la présente déclaration, et le préviennent en même tems que le Comité, fatigué des absurdes et calomnieuses inculpations qu'on ne cesse de diriger contre la Société, s'est décidé à charger ses Commissaires de remettre, demain, à M. le Procureur-Syndic de la Commune la somme de onze mille cinq cent quarante-neuf liv., montant des contributions volontaires que la Société a ramassées, et qu'elle destinoit à des actes de bienfaisance. La liste des pauvres inscrits sera en même temps remise à M. le Procureur-Syndic; et le Comité s'en rapporte, pour la distribution, aux Comités des Sections de Paris, dont le patriotisme pourra s'exercer d'une manière moins pénible et plus digne d'elles, que dans la discussion des nombreuses et odieuses délations dont on les occupe.
« Le Comité réserve à la Société le droit de prendre, à l'égard des actes de bienfaisance qu'elle voudroit faire à l'avenir, le parti qui lui semblera convenable, lorsque la tin d'une nouvelle persécution dont elle est l'objet lui permettra de reprendre ses séances,
« DuBERGiER, Président i Hamelin, Vice-Président ; Cormier, dHautefort, de Rossy, Clermont-Tonnerre et Debar, membres du Comité. »
M. le procureur-syndic de la commune a répondu par la pièce suivante :