‹ Les clubs contre-révolutionnairesChapitre 27 sur 73 · MUNICIPALITÉ DE PARIS · texte numérisé non relu

MUNICIPALITÉ DE PARIS

« Procureur de la commune.

« Du 24 ianvier 1791, 10 heures du soir.

« J'ai reçu de MM. les commissaires de la Société des amis de la constitution monarchique une déclaration qu'ils sont disposés à me remettre la somme de 11,549 livres, provenant d'une contribution volontaire faite par les membres de la Société, pour en faire la distribution aux pauvres, dont la liste me sei'a donnée ; el j'ai eu l'honneur de déclarer à MM. les commissaires que je ne pourrois me char^çer de la somme offerte qu'autant que j'y serois autorisé par le corps municipal.

« B. C. Cahier. »

Le lendemain, deux commissaires ont porté à M. le maire la somme de 11,549 livres et la liste des pauvres inscrits, qui se montent à

De plus, le Club monarchique s'adressa à l'Assemblée nationale pour protester contre le « pain empoisonné » dont Barnave avait parlé.

Dans la séance du 27 janvier 1791 (matin), M. Leleu de la Villeaux-Bois, secrétaire., fit lecture de la lettre suivante, de la Société des amis de la Constitution monarchique :

« Monsieur le président, « Nous avons été outragés, hier, dans le sein de l'Assemblée nationale; nous demandons aujourd'hui d'y être entendus. « Nous sommes, avec respect. Monsieur le président, etc.

<( Les commissaires de la Société des Amis de la Constiiutio)i monarchique. »

Gaultier-Biauzat dit : « Quand nous donnons du pain, nous le donnons (entièrement gratis ».

Clermonl-Toiinerre déclara : « On n'a pas disLr'ibué de pain ».

L'Assemblée passe à l'ordre; du jour (1). (I) J. Mavidal et Laurent, Arnliives parlementaires, t. XXÏT, p. 506.

GÏ.UB MONARCHIQUE 183

Cependant, l^s monarchistes trouvèrent un Iqcal, après avoir longtemps cherché, comme ce|a était arrivé précédemment (I).

Leur Société passa, avec le sieur Mélan, l'acte suivant :

« Je, soussigné, suis convenu de louer pour l'espace d'un mois, à compter de ce jour, à M. Dagieu, commissaire de la Société des amis de la constitution monarchique, et stipulant en son nom et pour elle, la salle de mon vauxhall d'été et le café qui est au-dessous seulement du sallon, les foyers qui ont communication dans la salle; comme aussi de fournir les chaises et tahles nécessaires, ainsi que les lustres dont ces messieurs pourront se servir, me réservant le jeudi pour disposer et jouir de mon établissement, moyennant le prix et somme de mille livres, que j'ai présentement reçue de mondit sieur; bien entendu qu'il ne se traitera dans lesdites assemblées rien qui ne puisse être avoué, et qui puisse être contraire à la loi ni au roi. Car ainsi a été convenu.

« Fait double entre nous, à Paris, ce lî) janvier 1791.

« Signé : Melan. »

Le?l, la séance a eu lieu; puis, un des membres du directoire n reçu du sieur Melan la lettre suivante :

« Co 23 janvier 1791.

« Monsieur,

(( Je compte devoir vous prévenir d'une opposition que j'ai reçue des syndics de mes créanciers à ce que je reçusse davantage votre Société chez moi. Ces gens sont malheureusement des entrepreneurs, et les mêmes que peux qui ont bâti le Pauthéon^ et qui ont été effrayés lors de l'altercation que vous avpz eue avec la municipalité. IVe trouveriezvous poiut prudent, avant cjue yotn* SoPieté soit bien jnstalée (sic) chez moi, et lorsque cela n'est pas pncore bien connu du public, de la transporter dans un autre local, sous le prétexte du trop grand éloignement du mien, et d'éviter par là l'apparence d'une appréhension de ma part vis-à-vis du public, lorsque, le mois étant expiré, je ne vous renouyellerois point la location de ma salle. J'ai obtenu de ^\ës créanciers qu'ils ne vous feraient aucunes signilications juridiques, et je leur ai promis de prendre, là-dessus, votre avis, et de vous prier de prendre en considération Ips observations que j'ai T^PPueur dp

(1) Voir plus liant, p. 14-'! et sulv.

vous faire. Vous auriez le tems, d'ici à votre prochaine assemblée, de prévenir votre président actuel, que je ne connois pas, pour qu'il la convoque dans un autre local. Déjà tous les papiers incendiaires crient après moi; et peut-être auroit-on évité ces clameurs si l'on avoit fait afficher davantage, et surtout sur les murs de mon édifice, le placard de la municipalité, qui m'auroit servi du moins de bouclier contre ces espèces de gens toujours disposés à tout envenimer. J'attendrai avec confiance votre décision, persuadé que vous prendrez les précautions nécessaires pour me mettre à l'abri du dommage que je pourrois éprouver de la part du peuple que l'on se plaît si souvent à aveugler.

« J'ai l'honneur d'être, avec respect, « Monsieur, <( Votre très humble et obéissant serviteur.

« Signé : Melan, »

Ce membre du directoire a annoncé qu'il répondroit le lendemain : le môme soir, le sieur Melan lui a adressé la lettre suivante :

« Monsieur,

(( Dans ce moment encore, je suis assailh par plusieurs personnes de mon quartier et du district voisin, qui me préviennent du danger que je cours pour mercredi prochain : car on sait déjà que votre assemblée est pour ce jour-là. Je suis prêt à sacrifier ma vie pour tenir l'engagement que j'ai pris avec vous, mais je ne dois point risquer le gage de mes créanciers, et le bien de mes enfans. La fermentation est telle que la garde de mon quartier ne se dérangeroit point pour venir à mon secours dans le cas d'une rumeur publique. En conséquence, telle chose qui doive m'arriver, j'ai l'honneur de vous prévenir qu'il m'est impossible de laisser faire l'assemblée mardi prochain, et que je ferai garder mes portes pour empêcher tout accès. Si cependant d'ici à ce tems-là vous voulez bien me promettre que l'assemblée sera décommandée, afin de ne point fixer les yeux du public sur votre Société, je n'y mettrai point de gardes. Je voudrais que tout le monde qui est effrayé de vos assemblées eût assisté à celle que vous avez tenue vendredi, il seroit rassuré comme moi ; mais dois-je risquer toute ma fortune et celle d'un tas d'honnêtes gens auxquels je dois, pour essayer de vaincre l'opinion publique dans un quartier surtout aussi isolé de tout secours! Si la personne qui a le double de mon marché veut venir (car je ne sais point son adresse), je lui remettrai son double du marché et le billet que j'ai

reçu; mais je suis bien décidé, quoi qu'il dût m'en arriver, à ne point recevoir l'assemblée, mercredi.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

« Monsieur,

« Signé : M élan. »

Il fut répondu à Melan ; voici dans quel sens :

« Le directoire a fait au sieur Melan une sommation d'avoir à faire jouir la Société des lieux loués à elle par ledit sieur; sur son refus, Ta cité devant le juge de paix, à l'effet de le faire condamner à ce que provisoirement le bail soit exécuté.

« Le directoire ne fait aucune réflexion sur la marche que l'on suit à son égard : il a invité les membres du club à ne point tenir la séance annoncée pour mercredi ; il suivra la marche légale, il espère lasser la patience de ses persécuteurs, et annonce que la sienne est à toute épreuve. — Il faut qu'enfin il soit décidé en France, si ce que la loi nHnterdit pas, peut être empêché jjar quelqu'un. Nous mettrons à résoudre ce problème : cette question décidée, nous sommes libres ou nous ne le sommes pas. »

Au club on s'indignait, en invoquant la loi, et le directoire déclara :

« Le lendemain, le sieur Melan, d'après les menaces qu'il dit lui avoir été faites, a signifié son refus d'ouvrir notre salle. Cependant, ayant pris une permission de la municipalité, le comte de Clermont- Tonnerre avait loué et payé d'avance le Wauxhall d'été. »

Chassés du Wauxhall, ou plutôt cédant devant les instances du propriétaire, qui craignait leur réunion, les membres du club monarchique louèrent une autre maison, où ils tinrent leurs séances. C'était l'hôtel de Richelieu.

« Société des Amis de la Constitution MONARCHIQUE

« Telle est l'inscription qu'on lit au haut d'un placard affiché hier à Paris. An-dessous est écrit l'extrait du procès-verbal de l'Assemblée Nationale du 13 novembre, qui déclare : « que les citoyens ont droit de s'assembler paisiblement, et de former entre eux des sociétés libres, à la charge d'observer les lois qui régissent tous les citoyens; qu'en conséquence, la municipalité de Dax n'a pas dil troubler la société formée dans cette ville sous le nom de société des Amis de la Constitution ; que ladite société a le droit de continuer ses séances. »

« Et encore au-dessous est écrit le jugement municipal, qui déclare

quo la Société des amis de la Constitution Monarchique est autorisée à reprendre ses séances. »

... « Ce club, ami de la constitution rnonarchique, au surplus, vient, nous mande-t-on, de prendre à loyer l'hôtel de Richelieu (1). On ne s'étonneroit pas, ajoute celui qui nous écrit, que le ci-devant duc de ce nom eût donné asyle à ses amis monarchiques ; mais ce qu'on ne verroit pas sans surprise, ce seroit la section des Filles Saint-Thomas, qui depuis 18 mois occupe une partie de cet hôtel, habiter sous le même toit avec une congrégation d'hommes que l'opinion publique a jugés... »

« En note, la personne qui a écrit la lettre ajoute, sur l'hôtel de Riclioli(ni: « ... C'est à cet hôtel que s'étoit établi, au commencement de juillet 1789, le quartier général de l'armée Broglie; c'est de là que le chef de cette armée fut éconduit un peu brusquement le lundi matin 13 du même mois. Dieu sait, et je devine, et je gage que vous devinez ce qui attend dans ce même lieu ses successeurs et ses amis, et peut-être ses co-monarchiques (2). »

Le club n'avait pas épuisé la série des mauvaises cliances. Aussi bien à l'hôtel de Richelieu qu'ailleurs, il se sentait menacé; la iVç^nquillité publique, dont répondait le corps municipal, ne semblait pas permettre qu'on laissât les monarchistes braver la majorité de l'Assemblée nationale.

C'est ce que Corsas constate en quelques lignes :

« Le club MONARCHIQUE, pour des raisons qu'on devine, n'occupera pas, dit-on, l'hôtel de Richelieu. Il s'étoit présenté au Panthéon, où il vouloit tenir sa première séance. Refus. Il s'est présenté dans d'autres locals [sic). Refus. Enfin il a tenu sa l'" et sslïis doute sa dernière séance au Wauxhall d'été, boulevard du Temple, chez Melan,

« Au club des Amis de la Constitution, M. Melan, architecte, s'est justifié « d'avoir profané un seul jour le Wauxhall, en permettant que la société Monarchique s'y assemblât ; il en témoigne tous ses regrets aux amis de la Constitution (3). »

(1) Voir aux Lieux de réunions publiques et privées, hôtel de Richelieu.

(2) Courrier de Gorsas, n" 21, du 21 janvier 1791. (IJ) Courrier de Gnrsas, n"22, du 22 janvier 1791.

Sur le refus de laisser entrer les membres au Panthéon, ceux-ci sont allés dans le jeu de paume de la rue de Grenelle Saint-Hono^'é, et ils ont suspendu leur séance, sur un ordre du directoire du département.

Nouvelles plaintes adressées par le président du Club au Corps municipal. Les monarchistes invoquent encore la loi et la liberté; ils arguent de leur soumission aux dépositaires de la loi, de leur séparation volontaire, tout en annonçant qu'ils useront de leurs droits.

« DISCOURS prononcé à VHôtel-de-Ville pm- le Président du Club

Monarchique.

« A Monsieur le Maire,

« Monsieur,

« Président d'une société que la loi autorise et que les factieux peuvent redouter, je viens en ce moment, au nom de son directoire, vous remettre le récit des faits qui doivent être connus de vous.

« Hier, M. Clermont-Tonnerre a reçu un paquet à son adresse, contenant une lettre signée Cahier, et une expédition d'une délibération du corps municipal.

« Dans la délibération, il est parlé d'une (Jénonciation faite par une section de la capitale, mais cette dénonciation n'est pas copiée dans la délibération.

« Cette délibération contient un ordre de discontinuer nos séances. M. Clermont-Tonnerre y est qualifié de se disant président du club de la constitution monarchique.

« M. Clermont-Tonnerre, qui n'est, qui ne se qualifie président de la société, auroit pu sans doute renvoyer à M. Cahier le paquet qui lui a été adressé sous une qualité qui ne lui appartient pas.

« Cependant, son patriotisme et l'amour de l'ordre l'ont décidé à me transmettre sur-le-champ le paquet; je ne l'ai néanmoins reçu qu'à quatre heures, et n'ai pu en prévenir que le directoire.

« Les membres du club, n'ayant pu conséquemment connoitre l'avis de la délibération du corps municipal, se sont rendus au Panthéon ; ils en ont trouvé la porte fermée, quoiqu'en leur qualité de n^embres de la Société des amis de la constitution monarchique, et celle de membres 4u club des étrangers, elle dût leur être ouverte. Aucune opposition légale ne leur étpit présentée. Ils ont hésité entre le cri de la liberté, que les vexations rendent encore plus impérieux, et l'amour éclairé de l'ordre, sentiment qui caractérise notre Société, sentiment qui interdit la violence même la plus juste, lorsque la loi

peut être invoquée. — Ils se sont donc enfin décidés à se réunir dans une maison voisine, et à envoyer chez un de nous s'informer de ce qui pouvoit être arrivé. — Le propriétaire de cette maison a eu des inquiétudes, et il faut que vous, Monsieur, qui êtes chargé de veiller au nom de la loi, sachiez que des commencemens d'attroupemens rendroient les inquiétudes légitimes. Nos membres ne les ont pas partagées, mais, fidèles à leurs principes de modération et de respect pour l'ordre public, ils ont voulu soustraire ce particulier à toute espèce de danger. Ils se sont alors transportés dans la rue de Grenelle, et là, un jeu de paume leur a paru propre à y continuer leur séance. C'est dans cet azyle, dont le nom est déjà glorieusement connu dans les fastes de la liberté françoise, que l'avis de la délibération municipale a été porté à notre Société ; ses membres ont cru devoir provisoirement lui obéir, ils se sont paisiblement retirés avec la douce satisfaction d'avoir donné le témoignage le plus authentique de leur soumission aux dépositaires de la loi.

« Mais, Monsieur, en se séparant d'après votre ordre, l'assemblée s'est ressouvenue qu'elle a un président et un directoire chargés du dépôt de ses droits, et qui sauront légalement les soutenir.

« Nous vous prévenons donc, Monsieur, que nous allons remettre à M. le procureur général syndic de la commune les renseignemens les plus positifs; que nous lui demanderons communication de la dénonciation qui nous outrage, que nous poursuivrons par tous les moyens consacrés par la constitution et la loi, la réparation de tant de vexations illégales, la punition de nos calomniateurs, et la révocation d'un ordre qui ne peut pas subsister dans un état libre (1).

« DUBERGIER. »

Nous allons voir que la question resta longtemps en suspens, que les dénonciations ne cessèrent pas, que les sections (quand les 60 districts eurent été remplacés par 48 sections) (2) se montrèrent hostiles, non sans raison, au Club monarchique.

Dans la séance du 29 janvier, aux Jacobins, une députation de la section de la rue des Lombards apporta un arrêté contre le Club monarchique et sa dénonciation au Conseil général de la Commune.

(1) Bib. Nat., Lb 39/4731.

12) D'après la loi du 21 mai 1790.

Une autre députation, de la section des Arcis, apporta aussi un arrêté dénonçant le club au Conseil général de la Commune.

La municipalité devait pourvoir à Tordre public, tenir compte de pareils faits.

Le directoire du Cluh monarchique, pour hâter la décision de la municipalité, a écrit à M. le maire la lettre suivante :

« Lettre à M. le Maire.

« Vous ne désapprouverez certainement pas, monsieur, notre impatience d'obtenir une décision de la municipalité, sur l'objet de la déclaration que nous avons remise à M. le procureur-syndic de la commune, le Vi du courant (janvier 1791). Nous vous prions instamment de hâter cette décision, et nous avons l'honneur de vous observer que les circonstances la rendent très importante.

« Dans des tems tranquilles, la pureté de nos intentions et la publicité de nos moyens suffiroient pour nous rassurer contre les manœuvres et les calomnies de nos ennemis. Mais dans ces momens d'effervescence préparée, il faut que tous les bons citoyens soient rassurés par nous, sur nous et pour nous.

« Si les commissaires de la Société distribuent chez eux les cartes pour des livraisons gratuites de pain, on ne manquera pas de dire qu'ils provoquent des attroupemens ;

« Qu'ils vont chacun chercher l'indulgence (1) dans les greniers qui la recèlent; on les accusera de faire des enrôlemens.

« Lorsque le produit des contributions volontaires qu'ils ont recueillies pour secourir la misère sera réparti par la municipalité entre les sections, et distribué par elles aux malheureux, la méchanceté sera réduite à se taire ou à inventer des calomnies si absurdes, qu'elles se détruiront d'elles-mêmes.

« Notre demande est un nouvel hommage du respect de la Société pour les loix, de son amour pour Tordre, de sa confiance en ceux qui sont chargés de le maintenir; et personne n'est plus fait que vous pour l'accueillir et la faire valoir.

« Nous avons l'honneur d'être, avec autant d'attachement que de considération, monsieur, vos, etc. (2). »

D'autre part, le 22 janvier, le club continuait de s'assembler.

I) Lisez : l'indif/ence.

{2) Journal de la Suciélé des Amis de la Conslilulion monurchigue, ïi" 7, du samedi 29 janvier 1791.

190 LES CLUBS G0NTRE-RÉV0LUTI0NNAIRE8

(( Séance de la Société des amis de la constitution monarchique. « Du 22 janvier 1791.

« La société a ouvert sa séance par le discours suivant, de M. Dubergier, son président

« Discours du président.

« Messieurs,

« Avant de soumettre à votre discussion les divers objets qui doivent vous occuper dans cette séance, qu'il me soit permis d'arrêter un instant vos regards sur les causes qui ont provoqué notre séparation, sur les circonstances qui l'ont accompagnée, et sur la marche franche et loyale que votre directoire, pénétré de vos principes, a cru devoir opposer aux menées sourdes, aux basses intrigues de ses persécuteurs.

. « Je ne vous parlerai point des vexations particulières que quelques-uns de vos membres ont éprouvées : assis au milieu de vous, honorés de votre confiance, ils sont assez vengés. Mais il existe des faits tellement liés aux intérêts de votre Société, que votre directoire a jugé qu'il étoit important de vous en instruire. Une bouche plus éloquente s'est chargée du soin de vous les présenter : je ne pourrois, en vous en parlant moi-même, qu'affaiblir l'impression qu'il est en droit d'en attendre.

« Une Société dont la loi consacre tous les principes, dont la vertu avoue tous les moyens, et dont le but est le rétablissement de l'ordre, devoit être un sujet d'effroi pour les factieux. Ennemis de la vertu qu'ils outragent, ennemis de la loi qui pourroit les punir, ils ne voient, dans le retour de l'ordre, qu'une époque alarmante pour leur ambition, tandis que l'anarchie qu'ils favorisent leur présente un moyen sûr de prolonger leurs coupables succès. Il étoit juste que de pareils hommes s'élevassent contre la Société des amis de la constitution monarchique; nous nous applaudirons toujours de mériter leur haine.

« Mais la loi, qui pouvoit seule prononcer notre dissolution, leur offroit-elle un moyen d'y réussir? Protectrice des droits de l'homme, elle avoit établi les nôtres. Nos principes étoient trop purs, trop publiquement établis, pour qu'il n'y eût pas quelque danger à les combattre. Il ne leur restoit qu'à calomnier nos intentions : c'est ce qu'ils ont fait. La religion de la municipalité a été surprise; l'ordre de suspendre nos séances a été prononcé; et cette erreur des dépositaires de la loi a fait présager des triomphes à nos adversaires.

« Mais bette pt'Oscriptiori mdffletltanëe n'enchaîtloit pas votre directoire, chargé de maintenir vos droits. Il a itivdqué les principes, il a détruit les préventiotis, il a dissipé les inquiétudes; et là municipalité s'est empressée de retirer son ordre.

« Fermons les yeux sur le désespoir de ceux qui s'étoieht flattés de nous détruire, oublions leurs manœuvres et leurs intrigues, dédaignons leurs attaques, et suivons avec persévérance le but honorable auquel nous tendons tous. La prospérité de la nation, le triomphe de la loi, la conservation de la monarchie, seront tout à la fois et le terme et le prix de nos efforts. »

« La Société a arrêté l'impression de ce discours dans son journal ; elle a voté des remerciemens à son directoire.

« Elle a décidé qu'il seroit adressé aux correspondans une lettre détaillée sur les divers symptômes d'anarchie qui se renouvellent dans les départemehs, et sUi' la nécessité d'opposer partout aux factieUx l'exemple de l'obéissance à la loi, et le développement des principes purs et constitutionnels.

« Il a été proposé d'envoyer aUx quarante-huit sections les pièces justilicatives qui ont été placées sous les yeux du corps municipal lors de la suppression de nos séances. Cette proposition n'a point été admise, parce qu'il a été représenté que les sections ne sont plus des corps délibérans et permanens, puisque, convoquées en assemblées primaires, elles ne doivent traiter aucun objet étranger aux élections, et que les fractions de la commune ne peuvent se réunir constitutionnellement pour délibérer que sur la pétition de cinquante citoyens. — La Société, soumise en tout à la loi, a pensé que ses principes seroient bientôt sufhsamment connus, et que la révocation de l'ordre illégal qu'elle a combattu est une justihcation péremptoire (1). »

Pour' le pain, la Société publia des

« Observations sur le mode de bienfaisance quavoit adopté le directoire àa la Société des amis de la Constitution monarchique. »

« Le directoire observe qu'il y avoit 2348 pauvres inscrits, que plusieurs s'étoient fait inscrire avec des adresses [différentes, que la vérification de besoins et de qualités requises n'étoit point faite ;

« Qu'on peut présumer qu'après cette vérification, il s'en seroit trouvé un tiers ou un quart de moins;

i< Mais qu'en supposant même que la totalité des 2o48 eût été dans le

(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, n» 1; du samedi 29 janvier 1791.

cas de profiter de cette bienfaisance, on eût donné pendant plus d'un mois une livre de pain à chacun ;

« Que les 2348 pauvres, à une livre de pain par jour, pendant un mois, font 76,440 livres de pain;

« Et que les 11,549 livres fournissent environ 95,000 livres de pain.

« Le directoire a, de plus, écrit à MM. les présidons de sections la lettre suivante (1) :

« Nous avons l'honneur de vous prévenir, monsieur, en vous priant d'en rendre compte à la section que vous présidez, que la Société des amis de la constitution monarchique vient de déposer, chez M. le procureur syndic de la commune, la somme de 11,349 livres.

« Cette somme, à laquelle se monte le total des contributions volontaires recueillies jusqu'à ce jour dans ladite Société, étoit destinée à être employée en distributions de pain, totalement gratuites, aux indigens déjà inscrits par les commissaires de la Société. Mais d'après des réflexions ultérieures, et sur-tout d'après les calomnies atroces qui ne cessent de représenter ces distributions comme un moyen de préparer des attroupemens dangereux, la Société a pris le parti ci-dessus, et la somme qu'elle a déposée sera répartie entre les sections pour, par elles, être distribuée aux pauvres inscrits, dont la liste a été remise, en même tems que l'argent, à M. le procureur syndic.

<( Nous sommes,

« Monsieur, etc. (2). »

« La Société, parce moyen, se trouve forcée de renoncer, du moins pour le moment, à la faculté de combiner elle-même le mode de bienfaisance qu'elle auroit adopté; elle n'aura pas la satisfaction douce de communiquer sans intermédiaire avec les objets de sa sollicitude ; cependant, elle doit être contente, les pauvres seront soulagés; des fonctionnaires publics estimés veilleront à une répartition exacte du foible tribut que de bons citoyens offrent à leurs frères. — La Société doit cependant déclarer ici que les perfides insinuations, que les calomnies colportées, n'ont pas égaré, n'ont pas animé contre elle ce bon peuple de Paris, auquel les factieux qui la craigne (sic) prétendent faire croire qu'elle a déplu. — Tous les indigens que les

(1) «L'envoi de cette lettre a été tUH'éré, jusqu'à ce que la Société ait eounaissaocede l'arrêté, nou encore rendu, de la municipalité. » (Note du Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique.)

(2) Journal de la Société des Amis de la Constilulion monarchique, n" 7, du samedi 29 janvier 1791, p. 13, 14 et 15.

commissaires ont reçus se sont conduits avec modération et décence : ils paroissent tous disposés à recevoir, sans bassesse et sans insolence, ce qu'on leur offroit sans faiblesse et sans orgueil. — Chaque jour a prononcé et prononce que le vœu de Paris, que l'esprit de Paris est bien distinct de ce prétendu vœu, de ce prétendu esprit public que les mêmes hommes vont le matin puiser dans une seule maison, et reporter le soir dans tous les cafés de la capitale, ou dans les grouppes (sic) de carrefours. »

Le Club monarchique attaquait indirectement une bonne partie du peuple de Paris, parlait de factieux, se montrait froissé de voir répartir, par des fonctionnaires publics, les secours donnés « par de bons citoyens à leurs frères ».

En même temps, les monarchistes entrèrent en discussion avec le journaliste et député Audoin ou Audouin; un d'eux publia une

« Réponse aux grandes questions -proposées à la Société des amis de la constitution monarchique^ dans le n" 4.26 du journal universel ou révolutions des royaumes, par P. J. Audoin, du bataillon des Carmes.

<( Samedi, 22 janvier 1791.

« Il n'y a, dans toute la France, qu'une constitution, sans épithète; mais à Paris il y a une constitution monarchique, ou, du moins, une société d'amis de la constitution monarchique, qui s'autorise pour s'assembler d'un décret de l'Assemblée nationale, en faveur de la Société des amis de la constitution tout court, établie à Dax. Voici les questions qu'on peut faire à ces monarchiens. Comme le patriote Corsas m'a prévenu, et comme il m'est impossible de ne pas me rencontrer avec lui en interrogeant ces messieurs, j'emprunte tout bonnement ses expressions, qui rendent parfaitement ce que j'avois résolu d'écrire. Qu'importe que ce soit lui ou moi qui parle, puisque nos idées sont absolument les mêmes sur ce point? « Quels sont les membres que cette Société des amis de la constitution monarchique a dans son sein? N'en est-il pas qui professent hautement des principes opposés à ceux que la constitution avoue seuls, et qu'il est nécessaire de propager, lors même qu'on pourroit leur supposer un vice radical que la prochaine législature saura bien extirper?

« Comment cette Société interprète-t-elle son amitié pour la consti-

194 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTIONNAJRES

lution monarchique? Entend-elle par constitution monarchique la constitution telle qu'elle a été décrétée? La nation est-elle libre et souveraine? La nation a-t-elle seule le droit de faire les loix auxquelles elle entend que son roi soit lui-même soumis, en lui confiant le droit de les faire exécuter?... Par constitution monarchique, n'entendroitelle pas une constitution purement monarchique, c'est-à-dire où le roi auroit seul le droit de faire les loix, et de régner par les loix, dont il seroit en même temps l'auteur et l'arbitre? Voilà les questions sur lesquelles il importe que cette Société s'explique clairement et sans détours; si elle ne le fait pas, il est du devoir des écrivains patriotes de la renverser, de la détruire, etc. »

« Je demande, avant tout, la permission à M. Audoin de mettre dans sa plus grande valeur son propre ouvrage, soin qu'il eût pris sans doute lui-même, et avec bien plus de succès que moi, si la qualité de journaliste, dispensant dans ces productions éphémères de toute régularité comme de tout scrupule, ne lui eût fait négliger cette utile attention.

« Je remettrai donc l'article qu'il nous a consacré dans Tordre qu'il doit avoir; je ne placerai point l'accessoire avant le principal; je ne présenterai point les questions légères avant les questions plus importantes, et je donnerai aux demandes et aux réponses la marche qu'elles doivent avoir pour que nous soyons toujours, de cette sorte, mieux attaqués par M, Audoin, et dans un plus grand embarras de nous défendre, si notre cause est mauvaise.

« Après ce court exorde, je ferai encore, avant d'entrer en matière, la motion expresse qu'il soit voté par les amis de la constitution monarchique et par tous les honnêtes gens de France, des remerciemens à M. Audoin pour avoir enfin donné le louable exemple de traiter avec nous comme avec des hommes, de n'avoir point préfér<! les poisons de la noire calomnie, ou les horreurs de la dégoûtante injure, aux procédés de l'humanité, à la marche de la raison, au droit des gens et à la voix de la justice; des remerciemens encore pour s'être ressouvenu, du moins envers nous, du moins dans ce n" 426 de son journal, que des accusés sont eux-mêmes respectés par la société dont ils sont membres, jusqu'à ce qu'ils soient jugés et condamnés, et que pour honorer cette constitution même, que M. Audoin croît aimer et défendre mieux que nous, il faut parler de ses frères et à ses frères comme à des hommes libres, et non comme à un troupeau d'esclaves avilis ou de brutes féroces.

« Gj-andes queslions proposées à la Société des amis de la constilulion monarchique par le journal universel de M. Audoin.

« Lesdites questions remises dans l'ordre qui leur convient et qui leur est le plus avantageux.

« Question première,

« Comment cette Société interprèfe-t-elle son amitié pour la constitution moiiarchique?

« Réponse.

« Ce n'est certainement pas M. Audoin lui-môme qui nous l'ait cette question. 11 a laissé proposer celle-là par son secrétaire ou son valet-de-chambre. 11 seroit impossible que M. Audoin voulût avouer qu'il s'est érigé en censeur et correcteur des amis de la constitution monarchique, sans avoir aucune notion directe et positive de ce qui concerne cette Société. Or, ce seroit véritablement n'avoir pas la première notion sur cette Société que d'ignorer l'authentique profession de foi contenue dans son prospectus, le développement si clair et si étendu de cette profession de foi, présenté dans un discours qui a couru Paris sous le nom d'extraits des registres de la Société des amis, etc.; l'énoncé rapide et énergique de ses principes dans une réponse à M. Gorsas,, et dans un discours de M. Hamelin; ce rappel de ces mêmes principes dans le discours de M. le maire, par le président de cette Société; nos mille et une défenses contre les cent une mille attaques qu'on nous a déjà faites ; l'exposition si précise de nos sentimens et de nos intentions offerte à chaque page de nos journaux, etc.

« L'interprétation de notre amitié pour la constitution monarchique peut-elle, après tout cela, rester encore équivoque? et n'est-il pas évident que cette question ne peut pas nous avoir été proposée par M. Audouin lui-même?

« Question II.

« Entend' elle par constitution monarchique la constitution telle qu'elle a été décrétée?

<( Réponse.

« Encore une question qui n'est pas de M. Audoin, et par toutes les mêmes raisons que je viens de présenter ci-dessus.

« Mais j'ajouterai ici, à tout ce que M. Audoin doit si bien savoir, pour être convaincu, que ce que nous entendons par constitution monarchi(}ue est la constitution monarchique telle ([u'ellc a été décrétée :

que cette seule régularité sévère de notre part repousse de notre sein tous les grands aristocrates ; et que si nous voulions faiblir le moins du monde dans le rigorisme des principes que nous nous sommes prescrits à cet égard, nous ne suffirions pas à recevoir tous les citoyens qui viendroient se réunir à nous.

« Je prie nos savans et vertueux ennemis de remarquer en passant combien cette sévérité morale et cette soumission politique seroient adroites et naturelles à des contre-révolutionnaires! combien elles feroient partie d'un code de brigands, enrôleurs pour contre-révolution! Passons à la troisième question.

« Question III.

« La nation est-elle libre et souveraine?

« Réponse.

« Quelqu'un peut-il opposer le moindre doute à une semblable question? Mais les divisions, les distinctions et les développemens en sont si magnifiques et si étendus pour un homme un peu versé dans ces matières, que je me garderai bien de me livrer en entier à toutes les pensées qu'elle m'inspire.

« Sans doute qu'une nation est et doit toujours être libre et souveraine.

« Une nation est souveraine par son volonté générale, et libre par sa sagesse particulière.

« Elle est toujours libre quand elle est sagement souveraine.

« Elle est toujours souveraine quand elle est modérément et légalement libre.

« Sa liberté fortifie sans cesse sa souveraineté, quand cette liberté est environnée des immuables principes de la morale universelle.

« Sa souveraineté consolide chaque jour sa liberté, lorsque sa souveraineté est circonscrite dans les maximes de la politique indispensable.

« Elle devient souveraine, lorsqu'elle sait par quels principes, par quels moyens une nation peut rester ou redevenir souveraine, lorsqu'elle n'ignore plus que le despotisme de tous est bien effectivement le contraire, mais non pas le remède du despotisme d'un seul.

« Elle demeure libre lorsqu'elle ne prend point l'état d'anarchie pour un état de puissance; lorsqu'elle est convaincue que la liberté naturelle est la plus grande ennemie de la liberté politique ; lorsqu'elle est parvenue à sentir que de toutes les libertés particulières se forme la plus terrible servitude universelle, lorsque ces libertés particulières, au lieu d'être concentriques, sont excentriques, lorsqu'elles

isolent au lieu de réunir, lorsqu'elles conduisent chaque individu à un but personnel, au lieu de ramener tous les individus à un seul but général.

« Mille pardons à M. Audouin ; j'en resterai là sur cette question, s'il veut bien mé le permettre.

<( Question IV.

« La nation a-t-eUe seule h droit de faire lea loix auxquelles elle entend se soumettre^ auxquelles elle entend que son roi lin-même soit soumis, en lui confiant le droit de les faille exécuter?

« Réponse.

« Autre question à l'occasion de laquelle je sens dans mon cœur l'impétuosité d'un torrent, et dans ma tête le possible enfantement , d'un in-folio. Mais je tâcherai de préserver mes lecteurs, ainsi que moi, et du torrent et de l'enfantement.

« Une nation libre et souveraine, telle que je viens de là représenter, une nation agissant par sa pleine et parfaite volonté générale, a et doit incontestablement avoir le droit de faire les loix auxquelles elle veut se soumettre. Mais je a'entends point du tout le mot seule, employé dans cette question : A-telle seule le droit, etc.? S'ew/eveut-il dire là sans le secours des peuples voisins? Cela seroit absurde, et on ne peut pas présumer une absurdité dans l'auteur auquel nous répondons. 11 me semble qu'une nation est toujours seule, est essentiellement seule, lorsqu'elle exerce le droit de faire ses loix. Seule voudroit-il dire, peut-être, sans le secours d'un roi? Mais alors cette phrase est encore bien plus inintelligible pour moi : car une nation, ou n'a point encore de roi, ou a déjà un roi. Si elle n'a point encore de roi, elle est bien assurément seule dans toute la plénitude du sens que notre adversaire sémbleroit attacher à ce mot; et celui qui pourra devenir roi fait certainement, en attendant, partie de la nation. Si elle a déjà un roi, ce roi est bien du moins un citoyen tout comme un autre, et fait essentiellement partie de cette même nation. Ainsi, le mot seule est incompréhensible pour moi.

« Loix auxquelles elle entend que son roi lui-même soit soumis?

« D'après ce que je viens d'établir, cela marche tout seul, et n'est susceptible d'aucune contestation. Car, le roi faisant essentiellement partie de la nation, lorsque la nation se sera donné des loix et se sera soumise à ces loix, le roi, comme partie essentielle et intégrante de la nation, s'y sera nécessairement soumis de même.

« Question V.

(' Par constitution MOîi\^cmQijK,n'entendroit-elle pas une constitution

PUREMENT MONARCHIQUE, c'est-à-dire où le roi auroit seul le droit de faire les loix et de régner par les loix, dont il seroit en même tems /'auteur et /'arbitre?

« Iil':PONSE,

« A cette question je ne répondrai qu'un mot. Ou je suis dans la plus profonde ignorance des principes de cette société, tout membre de son directoire que j'ai l'honneur d'être, ou j'ose garantir que si, par une fatalité imprévue, il renaissoit tout h coup un ordre de choses dans lequel un seul homme, et trop souvent un homme vicieux ou ignorant, dût être le seul instituteur, le seul auteur, le seul arbitre des loix, il n'y a point en France de citoyen actif, point de démagogue, point de club, point de jacobite, point de district, point de département, point de section, point de journaliste, point de Prudhomme, point de Martel, point de Marat, qui opposât une plus forte, une plus véritable résistance à ce funeste ordre de choses, à ce retour d'un despotisme absolu et arbitraire, que la Société des amis de la constitution monarchique.

« Question VI.

« Quels sont les membres que cette Société des amis de ta constitution monarchique a dans son sein?

Page 1