POLICE
tranquillité du quartier, troublé depuis plusieurs jours, quelques moments de plaisir, et à suspendre leur Société pour quelque tems.
« Mais l'assemblée persista : le district n'en continua pas moins sa protection, et la Garde nationale, ferme dans ses devoirs, s'interposa toujours entre le peuple et les membres du Club, pour conserver à ceux-ci la liberté d'entrer et de sortir à volonté,
« Si la puissance publique doit protection aux individus, elle doit aussi tranquillité, sûreté, repos à la ville. Le district prit un arrêté pour témoigner à ces messieurs son intention, comme corps de police, de les voir dissoudre, ou du moins suspendre leur rendez-vous.
« Députation de ceux-ci à M. le maire et à l'administration. Ils se plaignent que la liberté n'est point respectée, invoquent le décret de l'Assemblée nationale, et continuent de s'assembler. On leur continue secours et protection.
« Cependant, l'administration de la police, pressée entre le respect illimité de la loi et la volonté bruyante d'une partie du peuple, ne balance point à consacrer les principes, et fait afficher, le vendredi soir, une proclamation où elle dit formellement « que la violation de la liberté naturelle des citoyens est un attentat qu'aucune circonstance ne peut commander, qu'une opinion défavorable, ou fausse ou fondée, ne peut donner lieu de déroger aux principes sur lesquels reposent les droits de la Société entière et des individus ; que priver sans autre motif qu'un préjugé, un homme ou une société d'hommes, d'une faculté que la loi accorde à tous, serait un acte de tyrannie; que la puissance publique ne pourrait se le permettre sans crime; qu'elle ne doit pas davantage souffrir que ce despotisme soit exercé par les citoyens dont les inquiétudes ne peuvent motiver une prohibition.
« En conséquence, déclare que la Société, existant depuis plusieurs mois sous le nom de Salon français^ et qui tient ses assemblées dans la rue Royale, butte de Saint-Roch, n" 29, n'est point contraire aux lois, et qu'ainsi elle est sous leur protection.
« Que tous ceux qui se rassembleront pour troubler, insulter, ou maltraiter quelques-uns de ses membres, ou violer la maison qu'elle occupe, feraient un acte criminel et punissable comme tel.
« Néanmoins, l'attroupement augmente. Le peuple se plaint des menaces qu'on lui fait; on saisit des armes entre les mains des membres qui allaient à l'assemblée; M. l'aide-major-général porte à l'hôtel de la mairie les pistolets dont il s'est emparé, et un soldat de la Garde nationale est menacé, un pistolet sur la poitrine, d'être assassiné par un membre qu'il sauvait dans ses bras des insultes du peuple.
« Alors les bourgeois, les citoyens du quartier, des banquiers, des hommes publics, des marchands, se plaignent du trouble de cette Société, des dangers auxquels eux, leurs domestiques et leurs propriétés sont exposés ; ils invoquent à leur tour la protection de la cité dont ils font partie. Les plaintes, les réclamations sont communiquées au procureur-syndic de la commune, et comme chargé des intérêts de la Ville, on exige des devoirs de son ministère qu'il requiert (sic) de la puissance publique la clôture d'une maison où, sans rechercher ce qui s'y passe, se tient une Société qui compromet la sûreté, la vie des habitants du quartier et de toute la ville.
« Ils représentent que l'intérêt de trente mille individus paisibles et citoyens de la capitale, ne doit point être sacrifié aux amusemens de société de quelques individus ; que la troupe effraie et bouche les avenues des rues, et qu'il est contre le vœu de la loi que l'oppression et la gêne du grand nombre soient commandées pour favoriser les droits de quelques personnes.
« Il fallait céder à cette justice, et M. Mitouflet de Beauvais, dans son réquisitoire, en fait sentir toute l'évidence par ces paroles que nous devons conserver :
« Nous l'avouerons avec douleur, la persévérance de cette assemblée au milieu des troubles qu'elle produit, quelle que soit l'opinion des membres qui la composent, nous paraît au moins fort indiscrette {sic). Il nous semble que le patriotisme leur commandait le sacrifice de leurs jouissances, dès que leur réunion inspirait des :< craintes; mais loin de là, les procès-verbaux contiennent des preuves de violences coupables, des menaces criminelles de la part de quelques-uns des membres de cette association. La loi cesse dès lors de lui devoir sa protection, et la plus sainte, la plus sacrée des lois, le salut et la tranquillité publique compromis^ réclament contre cette assemblée. Si le premier devoir de la police est de protéger la hberté individuelle, c'en est un non moins impérieux pour elle de veiller à ce que l'exercice de cette faculté n'entraîne ni troubles, ni désordres publics.
<( Sur quoi le Tribunal faisant droit, attendu qu'il est prouvé, tant par le mémoire présenté au district de Saint-Roch, au nom d'un grand nombre d'habitants de la rue Royale et autres, que par les procès-verbaux rédigés au comité du district, et Vairêté dudit comité, que l'assemblée qui se tient dans la rue Royale est une occasion de trouble et de désordre, donne lieu à des attroupemens que la puissance publique ne pourrait faire cesser que par des moyens violens, dont la protection d'une association de plaisirs ne peut
« motiver l'emploi; que plusieurs de ses membres ont été saisis por- « leurs d'armes à feu, et ont menacé d'en faire usage, même contre la « Garde nationale placée pour leur sûreté ; que par cette conduite ils « cessent d'être dans le cas de réclamer l'application des termes de « la déclaration des droits; que la voie publique est obstruée, les maice sons inquiétées, le repos troublé par la troupe même qu'il faut em- « ployer, etc. ; fait défense à ladite Société, connue sous le nom de « Salon français, de s'assembler, à l'avenir, dans la maison de la rue « Royale, butte Saint-Roch, n" 29. »
« Cette sentence a été signifiée au principal locataire, portier, membres de la Société qui auraient pu s'y trouver; et le lendemain, samedi 15 au soir, il n'y avait plus d'attroupement.
« Je finirai en répétant que la Garde nationale s'est conduite, dans toute cette affaire, avec une raison, un courage, une patience, une sagesse qui ajoutent encore à tous les droits qu'elle a déjà si bien acquis, au respect, à la confiance, à l'estime, à l'amour public. » (Cet article est de M. Peuchet) (1).
En même temps, le Moniteur du 17 mai 1790 faisait des observations qui semblaient atténuer l'attitude du club incriminé par le Tribunal de police :
« Les attroupemens qui ont eu lieu pendant plusieurs jours dans la rue Royale, butte Saint-Roch, sont entièrement dissipés ; les citoyens voisins de la Société qui s'y était établie sous le nom de Salon français^ et qu'elle tenait dans de continuelles inquiétudes, ont obtenu du département de police qu'elle fût supprimée. Nous donnerons demain les détails circonstanciés des motifs qui ont déterminé ce tribunal à un procédé qu'il a jugé lui-même porter atteinte à la liberté publique. «
Mais si, le 15, il n'y avait plus d'attroupements populaires dans la rue Royale, les monarchistes protestaient. De là, une « Lettre de M. de Gouvion (2), major-général de la Garde nationale, à M. Railly, le prévenant de la réunion illégale que se proposent de tenir, dans leur ancien local de la rue Royale, les membres du Salon français (16 mai 1790) (3). »
(1) Jacques Peuchet, administrateur de la Commune de Paris, se rapprocha des monarchistes après les journées des 5 et 6 octobre 1789. Il fut proscrit pour ses opinions royalistes après le 18 fructidor an V. Il a contribué puissamment à la création du Moniteur, où il travailla toute^ sa vie.
(2) Jean-Baptiste Gouvion, colonel au moment de la Révolution, fut député de Paris à la Législative. Ami de La Fayette.
(3) Copie, Bib. Nat., Mss., fonds français, n» 11697.
En efFet, le club n'abandonnait pas la partie. Loin de là, en cessant d'alarmer le major-général de la Garde nationale parce qu'il changea de local, il travailla plus que jamais contre la Révolution.
Il eut, d'ailleurs, un but déterminé: il trempa dans les intrigues organisées pour favoriser l'évasion de Louis XVI.
En i 790 , le Salon français , régulièrement constitué selon les formes du temps, avait pour principale préoccupation de sauver la famille royale. « Une société de zélés royalistes du haut rang, dit l'abbé Guillon, formée à Paris sous le titre de Salon français, possédait trois hommes capables de concevoir un bon projet pour remplir les intentions du Roi. Ces hommes étaient : M. le chevalier des Pommelles, M. de Jarjayes et M. le marquis de Chaponay, d'une des plus anciennes et des plus respectables familles du Lyonnais. Le premier d'entre eux rédigea le plan, après l'avoir concerté avec les deux autres, et ce plan fut porté, vers la fin de juillet 1790, par M. le marquis de Laqueille et M. de Sabran, évêque de Laon, à Madame Elisabeth, qui le goûta fort et le remit au Roi (1). »
Le témoignage de l'abbé Guillon a d'autaut plus de valeur que ce prêtre était aumônier, lecteur et bibliothécaire de la princesse de Lamballe.
Dans le plan d'évasion du roi, conçu en 1790 par la Société du Salon français, une partie de chasse devait être organisée à Fontainebleau. Louis XVI, sous ce prétexte, courait à Avallon, où l'attendaient des Pommelles, de Jarjaye et de Chapponay, qui devaient l'escorter jusqu'à Lyon.
Les membres du club correspondaient avec l'émigration, principalement avec le comte d'Artois.
« Sous l'influence des émigrés qui lui arrivaient en foule (à Turin), le comte d'Artois prenait son point d'appui, non aux Tuileries, mais dans un club contre-révolutionnaire de Paris, le Salon français (2). »
(1) Mémoires de Vabbé Guillon, édition de 1824, p. 67. — On sait que Tabbo Guillon (Marie-Nicolas-Sylvestre), né à Paris en 1760, mort en 1847, fut en vain promu, par Louis-Philippe I", aux évêchés de Cambrai et de Beauvais; il avait encouru la censure de l'archevêque de Paris, pour avoir, malgré les règles canoniques, administré l'abbé Grégoire mourant.
(2) Correspojidance intime du comte de Vaudreuil et du comte d'Artois, t. 1, Introduction, p. 36. (In-S", Paris, 1889.)
Voilà ce qui établissait l'importance d'une Société qui ne fut qu'un essai de club, mais qui agit beaucoup pour Louis XVI.
Vaudreuil écrivait, en juillet 1790, au comte d'Artois :
« Je ne peux me refuser à penser que le Salon Français médite quelque chose en faveur de la liberté du Roi, d'où s'ensuivrait le rétablissement de la monarchie. Ils sont assez nombreux, assez puissants et assez fournis d'argent pour pouvoir opérer utilement, s'ils ont une bonne direction et de l'ensemble (1). »
Cette manière de voir, ce vœu de Vaudreuil devaient être partagés par le Comité autrichien. Marie-Antoinette voulait tout diriger, d'après ses conseillers favoris (2).
11 y eut, en 1790, un envoyé du Salon français au comte d'Artois. Une lettre de ce club annonçait le prochain départ du Roi, et indiquait que le roi et la reine voulaient faire jouer au comte un rôle secondaire.
Ce que le comte de Vaudreuil espérait, n'arriva pas. Il cessa bientôt d'avoir confiance dans le club.
« Au fait, écrit Vaudreuil le 7 août 1790, le Salon français est composé d'une grande quantité de jeunes gens, pleins de zèle et d'honneur, mais ardents, mais sans chefs, sans direction (3). »
Vaudreuil écrivait encore au comte d'Artois qu'il fallait se défier des informations que ce club transmettait sur la Reine, « que le club était composé de beaucoup de jeunes gens sans expérience, sans prudence, et que dans le nombre il devait y avoir nécessairement plus d'un faux frère ; que ce n'est pas à lui qu'il appartient de vous diriger, mais que c'est à vous à le conduire, à le contenir (4). » « Le Salon français prend trop vivement à l'espoir ou au découragement. »
Louis XVI, assurait-on, fit dire au Salon français « qu'il se livrait à lui et comptait sur lui. » Ce qui montre, une fois de plus, l'indécision qui paralysait les agissements de la Cour : à tout instant, les gens les plus dévoués au roi se divisaient. Aucune des tentatives taites pour l'évasion de Louis XVI ne réussit, sans que l'ardeur des membres du Salon français se démentit, où qu'il tint ses réunions.
Toutefois, après la fuite de Varennes, et quand la suspension du
(1) Correspondance intime du cotnte de Vaudreuil et du comte d'Artois, t. I, p. 229.
(2) Voir plus bas, Comité autrichien.
(.'<) Vaudreuil, Correspondance, etc., t. 1, p. 261. (4) Vauilrouil, Correspondance, etc., t. I, p. 263,
roi fut prononcée, la Société végéta, incessamment suspecte aux patriotes. L'exécution de Louis XVI ajouta à la dispersion de ses membres, ayant perdu leur but principal. Du 21 janvier 1793 au 27 juillet 1794, pendant les grandes luttes de la Convention, on ne parla plus d'eux.
Après la Terreur, les membres du Salon français présents à Paris étaient réduits à six, ou plutôt ils durent se résigner à disparaître comme club, ainsi que les autres Sociétés royalistes ou constitutionnelles.
L'infime reste de la réunion se réfugia dans les cercles ou les cafés qui existaient encore au Palais-Égalité, dans des lieux de rendez-vous qui passaient pour lieux d'amusements, mais où se réfugiaient des ennemis de la Convention, des Thermidoriens, comme des derniers Montagnards, en attendant une restauration monarchique.
Le Salon politique et le Club des Échecs, au Palais-Égalité, reçurent pour affiliés des membres du Salon français, notamment l'avocat Lavaux, qui y passait ses soirées.
La Convention fit fermer le Salon politique et le Club des Echecs. Comme Lavaux se présentait à la première de ces réunions, un factionnaire lui demanda où il allait : « C'est là que je veux entrer, répondit l'avocat. — Tu le peux, citoyen, répondit le soldat ; mais tu en sortiras comme tu pourras; ceux qui s'y trouvaient sont en arrestation, et on ramasse leurs papiers. »
De même au Club des Echecs (1).
(1) Voir plus bas, Salon des Échecs.
Plusieurs clubs de fédérés étaient démocratiques. Ils n'entrent pas dans le cadre que nous avons adopté.
De même, nous n'avons pas à nous occuper de l'assemblée générale des Vainqueurs de la Bastille, tenue dans l'église des Quinze- Vingts, le 25 juin 1790, et présidée par le maire de Paris; de la grande Confédération entre les Bretons et les Vainqueurs de la Bastille, ni des débats qui existèrent entre ceux-ci et les ci-devant gardes-françaises, ni enfin des mauvais procédés que les Vainqueurs de la Bastille éprouvèrent de la part des autres citoyens. Leurs assemblées paraissaient illicites.
Le Club des Fédérés^ dont il est question ici, n'inspirait aucune confiance aux amis de la Révolution. Les journaux et les brochures du temps n'en ont presque pas parlé.
Néanmoins, un journal très répandu remarqua, dès le mois d'octobre 1790 :
« Fédérés des départemens assemblés aux Petits-Pères.
« Il ne suffisoit pas d'avoir accaparé les Fédérés le 14 juillet, d'avoir employé tout le temps de leur séjour à Paris à des évolutions, à des revues aussi inutiles que mal combinées, aussi favorables au projet de diriger leur sentiment que contraires à l'intérêt de la Révolution; c'étoit peu de les avoir rassemblés dans des lieux clos pour les amuser et les séduire par des délibérations, il falloit encore que les ennemis du bien public, après avoir inventé des moyens de fourvoyer les citoyens, trouvassent ceux de perpétuer l'erreur et d'en propager l'influence. C'est pour cela qu'on a retenu à Paris un certain nombre de ces députés de la fédération^ à qui l'on a inspiré de se réunir en assemblée délibérante.
« Bientôt, on les a fait présider par de francs aristocrates, et les pires de tous, c'est-à-dire par ceux qui, n'ayant rien à perdre et
voulant faire ressource, se vendent à ceux qui achètent les consciences et les bouches perverses. Or, le peuple n'achète rien de tout cela. Ceux qui servent sa cause la servent pour rien.
<( Que font ici ces Fédérés? Ont-ils une mission de leurs départemens? Ce ne peut être qu'après l'avoir sollicitée, et les départemens n'ont su ce qu'ils faisoient quand ils ont donné des pouvoirs à cet effet, en supposant toutefois qu'ils en aient donné. A la charge de qui sont-ils ici? On ne vit pas à Paris gratuitement quand on a ses foyers dans les départemens du royaume.
« Disons vrai : il importe aux mal intentionnés, aux royalistes esclaves, aux dictateurs, à l'état-major parisien, à tous ceux enfin qui ne cherchent qu'à égarer l'opinion, qu'à énerver le civisme; il importe, dis-je, à tous ces gens-là d'avoir à Paris une association de citoyens armés pris dans tous les coins du royaume, qui, ayant mérité peut-être dans un temps la confiance de leurs concitoyens, puissent séduire et abuser leurs patries respectives et leurs pays, en y faisant passer, par leurs avis, leurs nouvelles et leur correspondance, l'esprit qu'on leur souffle dans la capitale. Il falloit avoir encore un centre où les mal intentionnés pussent trouver des renseignemens sur le fort et le foible, et sur les variations de telle et telle partie du royaume, afin d'agir en conséquence : nous ne voyons que trop quels sont les fruits de ce système de séduction et d'espionnage tout ensemble.
« Que font, en un mot, ces Fédérés coalisés et assemblés dans la capitale? Que peut-on espérer d'une association où l'on arrête qu'il sera fait un service auprès de la fersonne du Roi et du général La Fayette^ composé d'une garde de deux députés fédérés qui auront le nom et la qualité d'aides-de-camp du général; que ces aides-de-camp prendront les ordres immédiats du Roi et du général pour les faire passer dans les départemens? Sans doute, ceci n'est qu'une conception ridicule, qu'une folie des chefs et des agens que Ton met à la tête des Fédérés, et qui donnent carrière à leur sotte vanité que l'on flatte. Mais s'il faut tirer des inductions de tout cela, on peut démêler aisément que cette association a un esprit totalement opposé à la Révolution. On doit penser que l'influence de chacun de ces Fédérés, écrivant du centre où la constitution se fait, à la circonférence qui l'attend, doit être d'un grand poids dans les divers cantons de la monarchie. Il n'a fallu souvent qu'une lettre d'un de ces Fédérés, qui, de loin, ont l'air d'être quelque chose, et d'être bien instruits, pour produire dans tel pays du relâchement, lorsqu'on a voulu y donner beau jeu aux complots des aristocrates. C'est par des menées de
cette espèce que nos ennemis nous travaillent et portent la désunion dans les pays les mieux disposés à la concorde, et la licence où la liberté est la mieux entendue.
« Pour connoître le véritable esprit de cette association, il ne faut qu'être instruit de \Si patriotique motion que fit dernièrement le sieur deMilange, capitaine de la Garde nationale de Riom, de prendre pour article fondamental du projet d'organisation de la Garde nationale, que ces messieurs préparent, qu'on ne comprendra dans cette garde que \q^ nobles et les bons bourgeois; ce sont ses termes; qu'il faut en écarter les artisans et les paysans, et les désarmer. Apprenez donc, citoyens des quatre-vingt-trois départemens, qu'il existe dans Paris une Société de vos compatriotes, où l'un des membres profère impunément de tels blasphèmes; connoissez-les, et sachez rejeter loin de vous leurs perfides suggestions. Il n'y eût peut-être point eu de sang versé dans telle ou telle ville sans la correspondance de cette société dangereuse (I). »
Le Club des Fédérés tenait ses séances aux Petits-Pères, près la place des Victoires.
Dès son ouverture, sous le nom de Société des Gardes nationaux des départemens de France^ il donna de l'ombrage à nombre de citoyens, surtout aux anti-fayettistes, prétendant qu'elle conspirait contre la liberté.
D'où venait cette réputation, pour le club, de pencher vers le royalisme? Il s'en défendit dans un Compte rendu par la Société des Gardes nationaux à l'armée parisienne et aux quatre-vingt-trois départemens de France (2). Mais citons des faits.
Le 13 juillet 1790, une députation des Fédérés avait été admise près du roi, à qui La Fayette avait lu une adresse dans laquelle se trouvait cette phrase :
« Les gardes nationales de France jurent à Votre IN.'ajesté une obéissance qui ne connaîtra de borne que la loi, un amour qui n'aura de terme que celui de notre vie (3). «
Plusieurs députations avaient loué extraordinairement Louis XVI devant l'Assemblée nationale. C'était, d'ailleurs, le temps où les gardes nationales cherchaient à dominer partout, où un membre de la Société de 1789 écrivait: « Que sont les gardes nationales? Ce
(1) Révolutions de Paris, numéro du 30 octobre au 6 novembre 1790, n" 69.
(2) A Paris, chez Champigny, imprimeur-libraire, et chez tous les libraires du royaume.
(3) Mavidal et Laurent, Archives parlementaires, t. XVII', p. 83.
sont tous les citoyens actifs sous les armes; par conséquent, ce sont tous ceux que la loi juge en état d'avoir et d'exprimer une volonté, armés pour la faire exécuter; c'est la force publique elle-même^ protégeant la volonté publique (1). » La partie armée de la nation comptait des ennemis acharnés contre les épaulettiers^ les bleus comparés à de la faïence bleue qui ne va pas au feu, contre Bailly et La Fayette, qui, disaient-ils, voulaient royaliser la France, en rassemblant toutes les gardes nationales pour en faire un « tout respectable, fort, considéré. »
11 ne faut pas oublier que, lors de la Fédération du 14 juillet 1790, si les fédérés marseillais, par exemple, s'étaient signalés par leur ardeur révolutionnaire, d'autres, tels que ceux de la Touraine, s'étaient nettement déclarés amis du roi. En effet, les fédérés tourangeaux avaient apporté à Louis XVI un anneau qu'Henri IV avait donné autrefois à leurs compatriotes pour reconnaître leur fidélité. De plus, beaucoup d'envoyés des départements étaient visiblement enthousiastes de Louis XVI et de La Fayette.
Le 15 juillet 1790, des journaux récriminèrent contre l'adoration de La Fayette par les fédérés, contre le refus du roi de venir à l'autel de la Patrie prêter le serment qu'il avait prononcé dans sa tribune, sous sa tente. Pour la première fédération, il faut remarquer que Louis XVI était « chef suprême des gardes nationales de France », et La Fayette « major-général de la Fédération », recevant et exécutant les ordres du roi.
Un Journal des Fédérés était royaliste. On souscrivait chez Gattey (sic) et Senneville, rue Sainte Apolline, n" 18, au bureau, et rue Sainte-Anne, n° 11, chez Dodoucet (2).
Déjà différentes villes s'étaient fédérées en particulier, et les patriotes avancés voyaient un danger dans le fait de joindre ensemble par un lien commun tous ces faisceaux divers, formés à Orléans, à Troyes, à Dijon, à Lille, etc.
La première grande fédération, de 1790, laissa de profondes racines à Paris, non pas seulement au point de vue de la simple fraternisation, mais comme donnant l'idée du fédéralisme, c'est-à-dire du système consistant à faire des quatre-vingt-trois départements autant de petits États égaux entre eiix, se secourant, en cas de nécessité, d'un bout à l'autre de la France, à l'exemple des États-Unis d'Amérique.
. (1) Article du député Guiraudet, dans le Journal de la Société de 1789.
(2) Bib. Nat., Le 2/429, sans date. Le dernier numéro se termina par une ode contre le duc d'Orléans.
CLUBS DES 1<'ÉDÉRÉS 385
Une adresse ou lettre ayant été envoyée à la Société des Amis de la Constiliition^ cette Société saisit cette occasion pour manifester son opinion sur les gardes nationales, et ce fut Barnave qu'elle chargea de rédiger sa réponse.
Le 3 décembre 1790, Barnave répondit à la Lettre de la Société des Gardes nationaux établie à Paris aux Petits Pères, sous le litre de Société des Gardes nationaux de France (1), Il y exposait les principes de la Société des Amis de la Constitution (Jacobins) sur les gardes nationales.
« Nous avons cru, dit-il, que l'exposition des principes de la Société était la seule réponse que nous dussions faire à voire lettre.
« Les Amis de la Constitution ne pensent point que les gardes nationales forment en France un corps séparé de celui du peuple ; ils croient que le droit de défendre la Constitution, sous les drapeaux de la patrie, appartient également à tous les citoyens, et que l'institution qui le réserverait à une classe particulière établirait le plus injuste et le plus dangereux des privilèges. Pénétrés d'estime et de reconnaissance pour ceux qui les premiers se sont réunis pour la défense de la Révolution, ils sont intimement convaincus qu'aucun d'eux n'a conçu la pensée de s'en faire un titre, d'établir, une corporation, de renouveler en quelque sorte ces distinctions que les principes de l'égalité ont fait disparaître, et, après avoir été les premiers défenseurs de la liberté, d'en devenir le dernier écueil. Les Amis de la Constitution ne reconnaissent donc aucun représentant, aucune représentation des gardes nationaux de France. Une telle représentation serait à leurs yeux celle de la nation même, et la nation ne l'a placée que dans l'Assemblée nationale. Ce n'est point d'ailleurs sous un caractère guerrier et sous le costume des armes, que les citoyens doivent se réunir et former entre eux des associations délibérantes. Chacun, à titre de citoyen, a le droit d'exprimer son opinion; chacun, à titre de citoyen, a l'usage libre de [ses droits, de sa volonté politique ; mais sous un titre militaire, aucun ne peut être que l'instrument passif de la loi, sans autre guide que la voix du magistral qui en est l'organe. Les hommes libres sont fiers quand ils exercent leurs droits individuels ; mais ils ne connaissent plus qu'une soumission religieuse sous le caractère qui met dans leurs mains le dépôt imposant de la force publique. Les hommes libres sont soldats à la voix de la patrie' qui les appelle; mais ils s'empressent de rentrer sous le régime de la paix, pour recueillir les fruits de la liberté
(1) Lettre eu date du 1" déceiabrc 1190.
qu'ils ont défendue, pour agiter les intérêts publics, pour mêler l'expression de leurs vœux à la volonté générale. Les hommes libres croiraient trahir leur patrie et eux-mêmes, si, .jaloux de vains honneurs, ambitieux d'un pouvoir que la loi ne leur aurait pas conféré, ils osaient y faire servir cet appareil militaire que la nation ne leur a donné que pour en imposer à la tyrannie.
« Ces opinions, Messieurs, vous indiquent assez ce qiia nous pensons de Tinstilution de votre Société. Il est inutile de vous dire que le patriotisme dont sont animés tous les gardes nationaux de France, nous rassure pleinement sur le sort et les progrès de cette institution; et qu'instruits qu'elle n'est formée que par l'assentiment individuel d'un petit nombre de personnes, c'est moins à son importance qu'au désir de manifester notre pensée, (jue nous avons cru devoir le développement de ces principes.
« Les Membres de la Société des Amis de la Consliluiion (i). »
La réponse de Barnave aux Fédérés était signée par Mirabeau l'aîné, frésident^ Feydel, Villars, H. Fr. de Verchère et Alexandre Beauharnais, secrétaires.
Dans leur lettre aux Amis de la Constitution., « les Fédérés manifestaient leurs dispositions et le vœu d'être admis à offrir une garde au Roi et à l'Assemblée nationale. »
Fréron publia aussitôt un article très vif contre les chefs des Fédérés. On y lisait :
« Le général (La Fayette) s'attendoit si bien à être dénoncé comme Fauteur, l'instigateur, le protecteur du club dangereux, criminel, inconstitutionnel des Fédérés, lequel prend dans ses lettres le titre ambitieux de Société des Gardes nationaux de France., qu'il envoya le soir même aux Jacobins son aide-major-général la Colombe (2). Qu'advint-il à ce brave Satellite du sieur Moitié (La Fayette)? La plus mortifiante mésaventure ; il fut prié par les censeurs de sortir à l'instant de la salle, n'ayant pas l'honneur d'être de la Société; ce qu'il exécuta. C'est un fait dont tous les assistans furent témoins. Quel dommage qu'on l'eût fait sitôt déguerpir? il auroit pu rendre à son chef les propres expressions de Barnave et de Mirabeau sur son compte ; il lui auroit dit comme quoi le premier, parlant avec toute l'énergie qui caractérise ce jeune et brave député, il dénonçoit M. La Fayette et demandoit qu'il fut tenu de s'expliquer au sujet des pré- Ci) Mo?ii leur universel, du vendredi 10 décembre 1790. (2) M. de La Combe, un des trois aides-majors généraux de La Fayette*
tendus Fédérés, autorisés par lui à monter la garde chez le roi, à lormer entr'eux une assemblée délibérante, quoique armée, et, pour comble de scandale, à la faire présider par un nommé Saint-Amand, son aide-de camp ; il lui auroit encore appris cette autre particularité : on donnoit à l'assemblée communication d'un libelle atroce contre les Lameth, les d'Aiguillon, les Robespierre, libelle écouté sans aucune marque d'improbation, excepté le passage où vint le lourde M. Mottié... (1). »
L'opinion publique suivait deux courants : l'un qui acceptait sans aucune opposition les actes de la Mairie et de l'État-major de la Garde nationale parisienne, qui se manifesta en fondant des clubs royalistes-constitutionnels, comme ceux des ImpM'tiaux et des Feuillants; l'autre suspectant tout ce qui venait de La Fayette et de Bailly, chargés d'assurer l'ordre et la tranquillité dans la capitale, en relations fréquentes, parfois officielles, avec l'entourage de Louis XVI et les royalistes déclarés.
Le samedi, 11 décembre 1790, deux députés de la Société des Gardes nationaux des départements de France, M. M/a»(/e, capitaine de la Garde nationale de Riom, et M. Duvernier, capitaine de la Milice nationale de Caen, furent annoncés et introduits devant le Conseil général du département de la Seine (2). L'un d'eux, portant la parole, a dit :
« Messieurs, « Nous venons nous acquitter, auprès de la Municipalité de Paris, d'une mission dont a bien voulu nous honorer, auprès d'elle, la Société des Gardes nationaux dos difîérens départeiiiens. Nous nous empressons de lui apprendre que, d'après les décrets de l'Assemblée nationale sur l'organisation et la distribution de la force publique, cette Société, jalouse de montrer son respect, son obéissance à la Loi, a unanimement arrêté de se dissoudre et de ne plus s'assembler. Elle a obtenu. Messieurs, lors de sa formation, une approbation de M. le Maire ; aujourd'hui elle se fait un devoir, en cessant ses séances, de vous prévenir, et de lui renouveler, ainsi qu'à vous. Messieurs, les sentimens d'estime et de respect que vous lui avez inspirés. »
MM. les députés ont fait ensuite lecture de l'arrêté de leur Société, com'u en ces termes :
(1) L'Orateur du Peuple, t. III, p. 473 et 476.
(2) Le Moniteur universel consacre quelques lignes seulement à cette réceptiuu des i^ardes nationaux fédérés à l'Hôtel de Ville*
« Exlrail des recjistres de la S.ociété des Gardes nalionaux des dé'partemens de France.
« La Société considérant que, d'après le décret de l'Assemblée nationale, sur l'organisation et la destination de la force publique,
« Elle ne peut ni ne doit se réunir et s'assembler davantage ; et voulant montrer son patriotisme, son respect et son obéissance à la Loi ; désirant donner l'exemple à toutes les associations militaires de ce genre qui peuvent exister dans l'Empire, a unanimement arrêté :
« Que dès ce moment elle se dissout, et ne s'assemblera plus à l'avenir ; que cet arrêté sera communiqué aux chefs civils et militaires de la capitale.
« Collationné sur l'original.
« Skjnés : Cuédi:villi2, président; Niel, vice-présidenl; SÉumKR, FoNBONNE, Secrétaires. »
M. le Maire a répondu :
« Messieurs, « J'ai applaudi à votre association, mais le Conseil ne peut qu'approuver une séparation dont vous offrez des raisons si légitimes. Il admirera toujours que les citoyens armés qui ont donné tant de preuves de courage, donnent, les premiers, l'exemple de la soumission aux Loix (1). »
MM. les députés ont été invités à assister à la séance.
« Le Conseil général a arrêté l'impression du discours de M. le Maire, de la prestation du serment des ministres du Roi (2), de la démarche de la Société des Gardes nationaux ; il en a ordonné l'envoi tant aux quatre-vingt-trois ilépartemens qu'aux quarante-huit sections et aux soixante bataillons de la capitale.
« Signé : Bailly, Maire.,
T)e Joly, Secrétaire-greffier . »
Le samedi suivant, 18 décembre, « le maire informa le Conseil que la Société des Gardes nationaux de France, qui s'était déjà présentée pour annoncer sa soumission à la loi et sa dissolution, avait manifesté, au Co^'ps municipal, le désir de lui offrir et de déposer à
(1) Bib. Nat., Lb 40/1173.
(2) Quatre ministres du roi, ambassadeurs ou pléuipotciitiaircs, avaient prêté, dans la môme séance, leur serment civique.
THôtel de Ville le drapeau qui, jusqu'à ce jour, lui avait servi de point de ralliement (1). »
Le maire ajouta que le Corps municipal avait accepté cet hommage, et qu'en le déférant au Conseil général, il avait arrêté qu'il lui serait présenté dans la séance de ce jour.
L'assemblée ayant applaudi à cette décision, MM. les commissaires nommés par la Société des Gardes nationaux furent annoncés et introduits. L'un d'eux, celui qui portait l'étendard, M. Marrier, dit ;
« Monsieur le Maire, Messieurs,
« Les commissaires nommés par la Société des Gardes nationaux de France s'empressent aujourd'hui de vous donner une preuve nouvelle et non équivoque de ses principes. Toujours soumise à la loi, la Société dépose au milieu de vous, Messieurs, dont le patriotisme est si connu, l'étendard de l'union et de la liberté. Nous avons juré de maintenir la Constitution, et aucun de nous ne sera parjure. Organes de la Société entière, nous venons renouveler ici nos serments, et nous promettons de nous rallier sous cet étendard, toutes les fois que la chose publique sera en danger. »
L'assemblée applaudit unanimement au discours et au nouveau témoignage de patriotisme et de soumission à la loi que venait «le donner la Société des Gardes nationaux de France.
M. le Maire répondit :
« Messieurs,
« Nous retrouvons en vous, avec une grande satisfaction, plusieurs des gardes nationaux des départemens qui, fédérés avec nous, le 14 juillet, ont juré, avec nous, la Constitution et le Roi. Réunis, à Paris, par une association qu'une loi nouvelle défend aux citoyens armés, vous venez, en vous séparant, déposer, à cet Hôtel de Ville, le signe de votre union patriotique. La Commune le reçoit et le conservera précieusement, comme un des gages de la fraternité de tous les départemens avec nos Concitoyens.
M La Commune, qui connoit votre courage, apprécie votre soumission à la Loi. Puisse l'exemple de cette soumission être partout imité ! Puisse l'union que nous renouvelons ici être toujours durable! Avec une Constitution libre, sous un Roi juste et chéri, notre but et notre gloire doivent être désormais d'offrir à nos ennemis un peuple indivisible. »
(1) Extrait du registre des délibérations du Cnnspil r/é)iér(d, du sanie.'/l Ifi dé- '^embre ITOO. (Bib. Nat., Lb 40/1173.)
« A cet instant, MM. les commissaires ont remis entre les mains de M. le Maire, et placé à côté du bureau, le drapeau qu'ils sont venus offrir à la Commune, M. le Maire les a invités à assister à la séance, et le Conseil général a arrêté l'impression et l'envoi aux sections et aux soixante Bataillons du discours de MM. les Commissaires et de la r.'-ponse de M. le Maire.
« Signé : Batlly, maire.
De Joly, secrétaire-fjreffier. »
Les forts de la Halle aussi, armés depuis peu par la Municipalité, déposèrent plus tard leur drapeau à l'Hôtel de Ville (1).
D'un décret de l'Assemblée nationale, il ressortait qu'il fallait être sans armes, non incorporé dans l'armée pour avoir le droit de s'asseinbler, de formet* tin club ; que nul corps armé ne pouvait délibérer, ainsi qiie cela se trouva déclaré dans la Constitution de 1791, laquelle plaça dans son article 1" : « Le royaume est un et indivisible. »
La crainte de l'idée fédéraliste, bientôt préconisée par Buzot, Brissot et nombre de Girondins, a probablement porté les autorités pari- Siennes à changet" le nom de la section de la Place Royale el des Fédérés eh section de V Indivisibilité .
On peut penser aussi que les citoyens de Paris ne voulaient pas laisser les gardes nationaux des départements peser, en certaines occasions, sur l'opinion publique dans la capitale. Nous avons dit pourquoi.
Toujours est-il que le Club des, Fédérés, dont on se défia, eut à peine trois mois d'existence, et qu'en disparaissant il laissait les Feuillants, les Fayetiistes et la Société de 1789 représenter seuls le modérantisme, jusqu'au temps où les Girondins devinrent les modérés pour les Montagnards, après avoir été regardés longtemps comme des avancés.
Aucune liste des membres du Club des Fédérés n'a été dressée, que nous sachions; aucun règlement, aucune déclaration de principes n'existent. Des collectivités s'y rencontraient, le plus souvent, d'une façon tetnporaire, pour quelques jours, au passage de Fédérés ù Paris.
(1) Extrait du rer/istre des délibérations du Conseil riénéral de la Commune de Paris, du dimanche 10 juillet 1701. (Bib. Nat., Lb 40/1173.)
Fondée lo 12 Avr-il 1790.
La Société ou Cluh do 1789 s'ouvrit le 12 avril 1790. Suivant l'opinion de quelques historiens, c'était le Cluh des 89 ou des populaires modérés, nom qui serait venu du chiffre de dissidents par lesquels il fut formé.
La Fayette, Bailly, Miraheau, Rœderer, Dupont de Nemours, Le Chapelier, l'évèque d'Autun, le duc de La Rochefoucauld, l'abhé Siéyès, qui en furent les chefs, appartenaient originairement au Club des Jacobins, ainsi qu'on le constata tout d'abord.
Ses mem])res se séparèrent à grand bruit de leurs anciens collègues. Ils espéraient que Louis XVI, rompant avec son entourage, se réunirait à eux, et accepterait de bonne foi la Constitution. Ils voulaient maintenir le gouvernement dans la voie prise en 1789, repoussaient pour la plupart la souveraineté du peuple, et se proposaient de protéger la monarchie appuyée sur la Constitution.
En lisant les Règlements de la Société de 1789, on voit qu'il s'agissait d'une réunion d'hommes désireux de faire passer à l'application leurs théories politiques et sociales, et que celte réunion ressemblait à un club fermé, presque à une académie.
Peu de clubs ont eu, d'ailleurs, une organisation aussi complète. Il faut regretter que les procès-verl)aux de ses séances ne nous soient pas parvenus. ^