CHAPITRE TROISIEME lOI
libéré complèlement : que les délégués du club de la Révolution pouvaient transmettre au peuple ces loyales assurances, et compter sur l'absolu dévouement du Gouvernement provisoire à la Révolution »).
L'accueil était cordial, mais les promesses vagues : aussi Lamieussens et Lechallier insistèrent- ils « pour que le Gou^ ernementflt connaître officiellement ses intentions sur l'application de l'impôt des A«3 centimes ». La réponse fut <( qu'un nouveau décret, interprétatif et limitatif du décret du i6 mars, serait publié dans le prochain Moniteur ». Ledru-Rollin ajouta que le Gouvernement était favorable à l'impôt progressif et à un impôt qui atteindrait les prêteurs hypothécaires ', et Flocon dit que les droits sur les successions collatérales et directes pourraient fournir des sommes de plus en plus importantes ; le premier concluait en disant « que le peuple devait être rassuré, quant aux ressources financières de la République » : le second annonçait que. grâce à toutes les perceptions dont il était question, « le peuple travailleur sera prochainement dégrevé de tous les impôts odieux dont l'avait chargé la monarchie ». Les délégués du club de la Révolution se retirèrent alors « emportant la confiance que le Gouvernement piovisoire est fermement déterminé à exiger de tous les citoyens une contribution équitable à l'établissement de la République ».
On ne saurait attribuer à cette démarche le décret du 5 avril par lequel le Gouvernement promettait de dégrever dans une équitable mesure les contribuables qui seraient hors d'état de supporter la contribution extraordinaire des 45 centimes; c'est le 5 avril, en effet, que la députa tion du club de la Révolution fut reçue par le Gouvernement-; le décret était évidemment
1. L'établissement d'un impôt sur les créances hypotliécaires trouva le club de la Révolution indécis : « Après une chaleureuse discussion, la question de savoir si les créanciers hypothécaires, qu'aucune charge, qu'aucun impôt n'atteignent, devaient subir la loi commune, c'est-à-dire payer un impôt proportionnel au montant des créances, a été renvoyée à une commission spéciale. » {Vraie République. i3 avril.)
2. L'adresse fut votée le ^ ( l'raie République. 6 avril) ; or les séances du club ayant lieu le soir, l'adresse ne peut avoir été portée que le ô.
déjà prêt ainsi que lo prouve l'annonce de sa publication faite aux délégués ^ D'ailleurs d'autres protestations que celle du club de la Révolution s'étaient déjà fait entendre et c'est pour répondre au mouvement de mécontentement qui commençait à se dessiner que le Gouvernement essaya d'atténuer la portée du décret du i6 mars.
Le club de la Révolution proposa aussi au Gouvernement des mesures socialistes. Le 8 avril, il décida d'envoyer une adresse au Gouvernement pour l'inviter : u i''à s'emparer de la Banque de France, qui ne peut rendre, en létat actuel des choses, les services qu'il faut exiger d'elle ; — 2° à s'emparer des compagnies d'assurances ; et, à ce sujet, deux ordonnances prorogatives de privilèges, insérées hier au Moniteur, et émanant du citoyen ministre de l'Agriculture et du Commerce, ont excité d'énergiques protestations ; — 3" à s'emparer de tous les chemins de fer : — 4" à s'emparer des mines et salines, — 5" et de tous les canaux. — Le Gouvernement, ajoutait le club, sera aussi invité à créer immédiatement un papier-monnaie, à petits coupons, comme cela a lieu en Allemagne, en Angleterre et en Russie ; ce papier sera garanti par le riche domaine de l'État qui vaut 3 milliards et demi "-. »
Le i3 avril, sur la communication faite parle club des Républicains socialistes, le club de la Révolution adopta le texte de l'adresse ^. Elle disait notamment : « Le crédit est le grand moyen de mettre à la portée des travailleurs le capital que leur activité doit féconder. Déjà la dispersion du capital entre les mains d'une partie des citoyens, qui en disposent aveuglément, est la cause principale de la misère du plus grand nombre et de la domination exercée sur les travailleurs. La concentration
1. Dès le 18 mars, d'ailleurs, le Gouvernement avait envoyé une circulaire à ses commissaires pour leur annoncer son intention de dégrever dans une équitable mesure les contribuables qui seraient hors d'état de supporter la contribution extraordinaire. (Cette circulaire ne parut au Moniteur que le 6 avril.)