CHAPITRE TROISIÈME Io
du crédit dans quelques compagnies aggrave ce malheur. La Banque de Paris maîtrise le crédit de la capitale. Sans elle point d'escompte, point d'avance. Le Comptoir national luimcme ne peut rien sans la Banque. Or, les faits prouvent son insutTisance. Ses administrateurs sont fatalement placés entre le devoir de garder les intérêts privés qui leur sont confiés et le devoir de donner à la patrie le concours obligé qui est le but de l'institution de la Banque. » Toutes ces raisons amenaient le club de la Révolution à poser le principe de l'intervention de l'État : u Le temps est venu où le Gouvernement ne doit plus être considéré comme un mal nécessaire, comme un ennemi dont il faut se défier. Le Gouvernement est à la tête de la société pour la conduire suivant les inspirations du peuple. Il ne peut plus, sous peine de périr, rester spectateur inactif des luttes entre les intérêts particuliers. Il doit prendre sa fonction de gouvernant. » Tel était le principe ; le club de la Révolution en concluait que le Gouvernement devait prendre en main l'administration des banques et, notamment, de celle de Paris. Il en était de même des compagnies d'assurances qui ont accaparé « une fonction essentielle du Gouvernement » ; elles établissent la solidarité entre les hommes ; or, cette solidarité doit s'étendre à tous les hommes d'une même patrie ; ceux-ci sont représentés par le Gouvernement ; l'autorisation accordée aux compagnies d'assurances est donc « un abandon d'une fonction sociale au profit d'un intérêt privé ». Quant à la constitution de monopoles pour les transports par canaux et chemins de fer, l'exploitation des mines et salines au profit de quelques privilégiés, c'est également, disait l'adresse, un abus que ne saurait tolérer la République, un Gouvernement national pouvant seul diriger ces exploitations dans l'intérêt de tous.
Les moyens d'exécution n'étaient que vaguement indiqués: au sujet des banques, l'adresse s'exprimait ainsi : « Plus tard, on verra à s'entendre avec les actionnaires de la Banque ; on ne veut pas les déposséder violemment ; mais ils doivent transiger, et ils comprendront que leurs intérêts sont solidaires du
crédit public. Ils applaudiront à une mesure qui les sauvera en même temps qu elle donnera à l'État un instrument pour sauver les finances » ; au sujet des assurances, le club de la Révolution se bornait à dire que le Gouvernement devrait prendre en main cette administration « en la centralisant, sauf à régler plus tard tous les intérêts particuliers qui s'y rattachent». Il ajoutait cependant que, lorsque le (jouvernement aurait fait preuve de sa volonté et de sa force en prenant ces mesures, il lui serait facile « d'aider la circulation des valeurs par la création d'un papier-monnaie qui serait garanti, et par la puissance de l'État comme maître du crédit, et par sa richesse comme propriétaire du domaine national accru des biens de la couronne et de ceux des princes déchus ». Il concluait en demandant des décisions promptes qui montreraient que le Gouvernement < est fermement déterminé à quitter les voies monarchiques. La monarchie est le Gouvernement d'un seul au profit de quelquesuns. La République est le Gouvernement du peuple au profit de tous. »
Il ne faut point s'exagérer la hardiesse des vœux formulés par le club de la Révolution : les plans de socialisation des grands services publics étaient à l'ordre du jour, et des modérés comme Duclerc et Le National soutenaient le rachat des chemins de fer. D'ailleurs les idées socialistes exprimées par le club ne l'empêchaient pas d'observer à l'égard du Gouvernement une attitude cordiale.
Au contraire, la Société républicaine centrale critiquait toute la politique financière du Gouvernement c impolitique et insuffisante n. et, en fondant ses théories de socialisme d'État sur l'idée de la lutte des classes, elle se montrait plus énergiquement socialiste.