CHAPITRE TROISIEME I I
sion disparut dans le tumulte des événements sans arriver à une conclusion ^.
Parmi les chefs, seuls Cabet - et Raspail ^. tous deux d'opinion
I. La Revue Rétrospective, après avoir annoncé dans son ?>' numéro que sa réponse à Blanqui serait la publication de l'enquête judiciaire et de l'enquête faite par la Commission instituée par les clubs, déclara dans son 19" numéro qu'elle avait vainement attendu le jugement de la Commission ; et non seulement, disait Taschereau, l'arrêt manquait, mais encore un dossier administratif dont il avait voulu prendre connaissance au ministère de l'Intérieur n'y était plus, après avoir été confié à la Commission. Taschereau concluait en déclarant qu'il regretterait « que les opérations de la Commission des clubs se fussent bornées à la perte de pièces aussi importantes ». Dupoty [Lettre à Taschereau, Réforme, 19 août) répondit au nom de la Commission que ces pièces avaient été rendues au procureur de la République. Quant aux opérations de la Commission, si elles avaient été suspendues et ajournées, c'est que l'instruction judiciaire était un obstacle qui les entravait, les témoins les plus importants se réservant pour elle ; de plus, les hauts fonctionnaires et employés de l'excour des Pairs, du parquet et des ministères de Louis-Philippe répugnaient à comparaître devant d'anciens condamnés politiques ; enfin, la Commission croyait devoir s'interdire toute conclusion à l'égard d'un prisonnier sur qui pesaient alors d'autres graves accusations. Taschereau répondit (Revue Rétrospective, W 33 ) que dès le début il avait prévenu la Commission qu'il intentait contre Blanqui une action en diffamation TCf. aussi Gazette des Tribunaux , 9 avril, extrait du Messager ; la Commission ne pouvait donc y voir soudain un obstacle insurmontable d'autant plus qu'elle avait à innocenter soit Blanqui, soit Taschereau. Quant au dossier administratif, au lieu de le remettre au procureur de la République qui d'ailleurs ne s'en souvenait pas, il eût fallu, disait Taschereau, retirer le récépissé qui en avait été donné.
3. Cabet n'était pas lié avec Blanqui. Quelques dissentiments à propos de la propagande icarienne les avaient séparés avant 1848 (Cf. Populaire, 20 avrili ; après la Révolution ils se revirent, notamment à l'occasion du 17 mars, et nous avons vu qu'ils ne furent pas d'accord ce jour-là. On ne pouvait donc accuser Cabet de partialité à l'égard de Blanqui ; il accompagna cependant Blanqui chez Taschereau pour lui demander communication de la pièce publiée par lui (Gazette des Tribunaux, 9 avril, extrait du Messager ; Populaire, 20 avril), et plus tard chez Durrieu, pour être témoin de l'aveu de celui-ci au sujet des propositions faites par lui à Blanqui de la part de Lamartine et de Ledru-Rollin (Cabet. Lettre au Courrier français, i5 avril). S'il accepta de faire partie de la Commission nommée par les clubs, c'est que celle-ci n'était qu'une Commission d'enquête et se déclarait « impartiale et même fraternelle à l'égard de l'accusé », et c'est « dans un sentiment de justice et de devoir imposé par la fraternité » qu'il consentit à en être membre (Populaire, ao avril 1. A la Commission il défendit Blanqui ! Jeanjean. Armand Barbes, p. 173;.
3 « En souvenir de nos anciennes liaisons, nous aurions refusé la mission de juge ». dit Raspail (Ami du Peuple, 16 avril\ et il affirma que tout ce qu'il savait de la vie et de la nature de son compagnon de prison et de
Il8 LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANOUI
aussi avancée que Blauqui, le défendirent ; ils ne redoutaient pas, comme d'autres, plus modérés, de se compromettre avec lui ; peut-être nnême virent-ils dans l'attaque dont Blanqui était l'objet le début d'une campagne destinée à ruiner linfluence des révolutionnaires avancés, et qui les menacerait à leur tour. Sans doute la défiance de Raspail à l'égard de la police, dont il cherchait les machinations partout, le poussait à voir dans la publication de Taschereau un complot contre Blanqui, mais l'énergie avec laquelle il prit, lui si soupçonneux, le parti de Blanqui et se refusa à le considérer comme un traître montre que, en dehors de ses fanatiques et obscurs partisans, Blanqui trouva des défenseurs convaincus. C'était cependant une insignifiante minorité. La plupart prirent parti contre lui, et le club de la Révolution se signala, entre tous, par son hostilité.
Selon La Liberté^, le i" avril, à ce club, Bonnias soutint l'accusation contre le citoyen Blanqui et le bureau réclama le huis clos pour prononcer sur la conduite à tenir à l'égard du président du club central républicain. Bonnias protesta le lendemain 2 : u Non, je n'ai point soutenu laccusation portée contre Blanqui, dit-il, par la raison qu'il ne m'était pas démontré que Blanqui fût coupable du crime odieux dont on l'accuse. Aujourd'hui, comme il y a trois jours, mon opinion est la même à cet égard. Il est des choses tellement monstrueuses qu'un homme d'honneur ne peut les croire qu'après la plus complète démonstration. Je me suis donc borné à faire connaître dans le club delà Révolution, ce que quelques-uns
lutte était pour lui une raison de se demander encore « par quel bout de ses goûts et de ses passions, la corruption aurait pu avoir l'idée de l'entreprendre ». La réponse de Blanqui lui semblait d'ailleurs « foudroyante, d'autant plus foudroyante que nul ne lui répond plus ». Quant à Taschereau, il lui disait : « Si Blanqui est un innocent, comme nous aimons à le croire, vous êtes, vous, ou un grand imprudent ou un grand séide, et vos amis sont un peu complices de votre délit. » (Ami du Peuple, i6 avril.) (]f. un violent article contre Taschereau dans l'Ami du Peuple, u'i avril.