CHAPITRE TROISIEME I
Le Gouvernement était averti qu'une journée se préparait. Le K). au Conseil', Ledru-Rollin annonça que Blanqui profiterait de l'élection de leurs officiers d'état-niajor de la garde nationale, que devaient faire le lendemain au Champ-de-Mars les ouvriers, pour provoquer un soulèvement. Les membres du Gouvernement songèrent alors à faire arrêter Blanqui et quelques autres clubistes ; ils ne donnèrent pas dès lors suite à ce projet, mais ils restèrent fort inquiets, les uns par ce qu'ils savaient, les autres par ce qu'ils ignoraient.
L'indécision était tout aussi grande parmi les meneurs de la manifestation ; à la préfecture, au Luxembourg, dans les clubs, les ateliers, on agissait sans accord. C'est de Ledru-Rollin surtout que dépendait une entente. Le i6 au matin, après une longue conversation avec Lamartine, il se décida et prit parti contre la manifestation. Si, après avoir préparé une conspiration dans les conciliabules du ministère de l'Intérieur, il refusa ainsi au dernier moment de prendre la tête du mouvement, c'est qu'il avait peur de nen point demeurer le maître, et redoutait de faire le jeu d'un rival plus habile, Louis Blanc ou Blanqui surtout-.
Pendant qu'il donnait l'ordre de battre le rappel, Blanqui se rendait à la réunion du Champ-de-Mars, où il se tint sur un tertre, entouré de quelques amis-^ ; lui-même l'a reconnu, mais il prétendit n'être point descendu à cause de la boue qui couvrait le Champ-de-Mars ^ : il y a cependant tout lieu de croire que, du haut de son tertre, il surveillait ce qui se passait, envoyait des émissaires et cherchait à échauffer les esprits'*; lui-même avoue qu'il profita delà réunion pour distri-