‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 154 sur 246 · CHAPITRE QUATRIEME lOQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME lOQ

silence, par votre calme : que vos uniques acclamations aujouidliui, dans l'auguste cérémonie qui nous rassemble, soient : Vive l'Égalité ! Vive la République ! »

Ainsi même le i6 avril n'avait pas ébranlé le loyalisme de Barbes ; tout en voyant que la réaction avait déclaré la guerre aux socialistes. Barbes ne voulait pas encore confondre les réacteurs et le Gouvernement. Sans doute le club de la Révolution avait déclaré, le i6 au soir, que les cris contre les communistes avaient remplacé les attaques contre les républicains, que la guerre déclarée par les réacteurs était ouverte, mais il n'en conservait pas moins l'espoir de procéder par voie pacifique et légale ; et le même esprit de légalité, qui, le i6 au .soir, l'avait poussé à voter une adresse au Gouvernement et à en attendre le résultat avant d'agir, lui inspirait le désir de manifester, le 20, sa désapprobation pour les fauteurs de désordre.

Cette politique exaspérait Blanqui ; aussi sévère pour Barbes, que Barbes l'était pour lui, il le charge de toutes les responsabilités. « C'est la politique de bascule, écrit-il^ plus tard, le style dujustc milieu. Ce sontles mêmes phrases des réacteurs d'aujourd'hui (octobre 1 8^8) qui menacent aussi dans leurs proclamations les impatients et les rétrogrades, les fauteurs d'anarchie et les conspirateurs des régimes déchus, les doctrines de désordre et les rêves criminels d'un passé impossible. Même phraséologie de tréteaux. Mais à Barbes, la gloire de l'initiative! C'est lui qui a déchaîné la réaction ; jusque-là, elle n'avait pas osé se montrer à Paris ; elle rongeait son frein dans l'impuissance. Arrive cet homme qui, dans la fureur de sa haine, crève la digue... le flot se précipite ; puis, devant le désastre, tous ces gamins éperdus pleurent, crient, trépignent, et chacun de projeter sa pelletée de terre pour réparer la brèche, quand l'inondation a noyé la plaine. »

La fête de la Fraternité fut d'ailleurs pour Barbes l'occasion

I. Manuscrits, liasse I-*, chemise 3, sous-chemise a, feuillet K, n° 5i, sous ce titre : Ordre du jour de Barbes contre l'anarchie, en date du 19 avril 18U8 CRéforme du 20j. — Autre pièce de Barbes, d'avril ou mai l^^iS, qui foudroie les royalistes et les anarchisles.

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de manifester avec éclat son loyalisme. Quand la 12"^ légion défila devant le Gouvernement, le colonel Barbes, à cheval, s'avança vers la tribune officielle, et, au milieu des applaudissements, s'écria : « Si la légion à laquelle j'ai l'honneur de commander est la dernière par son numéro d'ordre, elle ne sera pas la dernière, soyez-en sûrs, à défendre la République'. )>

Blanqui, lui. ne vit dans cette fête qu'une menace nouvelle, un nouveau défi porté au peuple et aux clubs socialistes.

Le Gouvernement s'était servi du prétexte de la revue pour appeler des troupes à Paris et les y garder. Ce rappel des troupes, c'était la réaction imminente : en tous cas, c'était l'action populaire paralysée, la dictature éventuelle des clubs minée, Blanqui impuissant.

La Société républicaine centrale protesta avec énergie dans une adresse du 20 avril au Gouvernement provisoire - :

Des régiments s'avancent sur Paris. Leur approche répand l'alarme dans les rangs des patriotes.

L'armée n'a pas été réorganisée ; ses cadres, préparés par une tyrannie ombrageuse dans des vues meurtrières sont aujourd'hui ce qu'ils étaient avant les barricades.

Dans Paris même, les royalistes de la veille, grimés en répul^licains du lendemain, ne dissimulent ni leur haine, ni leurs projets de réaction contre ce qu'ils nomment la populace.

Une coalition de ces seatiments et de ces égoïsmes pourrait coûter cher à la République.

Le peuple n'a que de l'affection pour les soldats sortis de ses rangs, mais sa défiance est profonde envers cette doctrine de l'obéissance passive qui a noyé si souvent Paris dans le sang français.

Pourquoi d'ailleurs des troupes soldées dans nos murs !> Si on le veut sincèrement, dans huit jours, trois cent mille gardes nationaux en armes [veilleront] 3 au service d'ordre et de sûreté de la capitale.

Les républicains de vieille date doivent au Gouvernement provisoire l'expression franche de leur pensée. Cette pensée est aujourd'hui bien amère.

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