‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 155 sur 246 · CHAPITRE QUATRIEME 14 J · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME 14 J

Le choix déplorable des commissaires envoyés dans les départements, le maintien de la magisi rature et des fonctionnaires de Louis- Philippe, lécartement systématique des vieux patriotes, partout repoussés par les agents du pouvoir et livrés à la risée des royalistes ralliés ;

Le désarmement successif des combattants des barricades, l'appel à Paris de troupes soldées dont la place est aux frontières ;

La menace de former une garde urbaine, résurrection sous un troisième nom de la gendarmerie et de la garde municipale ;

La convocation précipitée des comices électoraux, qui sous des influences exclusivement réactionnaires ne pourront créer qu'une Assemblée rétrograde* ;

Tous ces actes réunis semblent annoncer une réédition de i83o.

Déjà la voix populaire a salué le Gouvernement nouveau du nom de République monarchique. La République monarchique vaudraitelle donc encore moins que la monarchie républicaine ?

\ous faisons une fois encore appel à votre patriotisme, à votre prudence, citoyens ! arrêtez la réaction ! retenez les troupes loin de la capitale et faites disparaître cette menace de représailles armées contre la victoire du peuple.

La protestation du club de Blanqui demeura sans effet. Le Gouvernement n'en continua pas moins à faire venir des troupes et à les garder à Paris - ; si bien que le club de la Révolution, lui-même, en vint à s'émouvoir. Il adressa au Gouvernement une protestation, conçue d'ailleurs en termes beaucoup plus modérés :

1. Les griefs formulés par la Société républicaine centrale dans cette adresse étaient ceux-là mêmes qu'elle avait décidé, les ii et la mars, d'exposer au Gouvernement, et les termes mêmes de l'adresse du 20 avril étaient ceux que le club avait employés le 12 mars en présentant à la Société des Droits de l'Homme son projet d'adresse au Gouvernement (cf. plus liaut, p. 65;. Sans doute la Société républicaine centrale, en p)otestant contre l'appel des troupes à Paris pour la fête de la Fraternité, trouvait l'occasion bonne pour renouveler les reproches que lui inspirait la conduite du Gouvernement.

2. Dans la séance du 21 avril, malgré la résistance d'Albert, le Gouvernement autorisa le ministre de la Guerre à faire rentrer 5 régiments: 3 d'infanterie et a de cavalerie (Cf. Gh. Scignobos. Les proces-verbaux du Gouvernement provisoire et de la Commission du pouvoir exécutif de IS^s, dans la Revue d'Histoire moderne et contemporaine, i. VII, igoS-igoè, p. 586;.

142 les clubs de barbes et de bl.vnqui

Citoyens,

L'armée remplit dans l'État une fonction de dévouement par excellence ; c'est elle qui, lorsque le territoire ou l'idée de la nation sont attaqués, la première a l'honneur de verser son sang pour la patrie. Nous honorons donc, citoyens, et nous aimons l'armée ; les citoyens qui la composent sont nos frères les plus chers, ceux à qui nous voulons surtout donner des marques de sympathie et d'afïection.

Mais ce n'est pas dans nos villes, citoyens, ce n'est pas dans notre héroïque Paris, cette capitale de la force et du courage populaires, que l'armée peut avoir jamais à accomplir sa mission. Paris sait se garder lui-même.

Partout des voix se sont élevées pour vous demander des troupes de ligne dans nos murs; nous ne rechercherons pas quelles sont ces voix ; nous ne vous dirons pas qu'elles sont vraisemblablement celles qui maudissent à huis clos le triomphe de la cause du peuple, et qui complotent le retour du règne de l'inégalité.

Si de mauvaises passions comptent sur une nouvelle exploitation de l'esprit militaire à leur profit, elles se trompent. La France, nous en sommes sûrs, ne nourrit plus aucun soldat qui voulût se faire le complice d'une parricide agression.

Mais il n'en faut pas moins réserver le principe de la non-intervention de l'armée dans les affaires civiles, principe réclamé dès le commencement de la Révolution, assuré par la victoire du peuple.

C'est pourquoi l'armée de nos frères ne doit pas séjourner dans le centre des villes. Sa place est à la ceinture de notre frontière glorieuse, au regard des monarchies qui se débattent contre l'esprit de liberté.

Nous avons donc l'honneur de vous demander que le département de la Seine ne soit plus affecté comme résidence aux régiments de notre brave armée, qui, en toute occasion solennelle, nous enverra des délégués pour fraterniser avec le peuple '.

En dépit des formes dont s'enveloppait l'adresse du club de Barbes, ce n'en était pas moins une protestation ; vaguement on commençai! à se sentir dupé.

Un sentiment de méfiance moins déguisé inspirait une

I. Vraie République, 36 avril ; Ami du Peuple. 27 avril, etc. — M. Charavay {La manifeslalion démocratique du 17 mars 18à8, dans La Révolution française, t. XXXV, 1898, p. 76), qui dit avoir eu entre les mains l'original sans date de cette adresse, la rattache par erreur au mouvement de protestation contre le rappel des troupes qui eut lieu lors du 17 mars.

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