‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 184 sur 246 · CHAPITRE QUATRIEME I7C · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME I7C

prohibé par lAssemblée, et sans doute aussi afin de créer un moyen d'action sur les décisions parlementaires, voulaient faire présenter par le peuple lui-même ses pétitions à la barre ; enfin il se trouvait sans doute dans la foule des partisans de l'émeute qui songeaient à profiter du mouvement pour renverser le pouvoir.

Tous les partisans de la manifestation n'avaient qu'une idée commune : l'apparence pacifique qu'ils cherchaient à donner à la démonstration '. Tous ont peur de ce qu'ils vont faire, et qu'ils ignorent encore : c'est au cri de « Soyons pacifiques ! » que se prépare la manifestation.

On sait ce que fut la journée du ij mai, un mouvement tumultueux et confus, une démonstration désordonnée, où tout le monde à peu près perdit la tête, une folie. Dans ce tumulte et cette confusion, il est difficile de discerner exactement le rôle joué par Barbes, Blanqui et leurs clubs. Voici à peu près comment les choses se sont passées.

Quand la manifestation quitta la Bastille, Barbes, représentant du peuple, siégeait à l'Assemblée ; Blanqui et son club attendaient le cortège devant le théâtre de la Gaîté -. A la Madeleine, deux amis de Longepied, membres du club de la Révolution, qui s'étaient rendus avec lui, dès le matin, auprès d'Arago et de Ledru Rollin, pour les avertir du danger que présenterait une collision enti e les troupes et les manifestants, et que Ledru-Rollin avait invités à s'employer pour éviter tout conflit ^,

I. Cf. lettre d'Huber aux journaux ( Réforme et Représentant du Peuple, 10 mai); appels et convocations des ']ouvnaux (Réforme, i3 mai. Commune de Paris, i5 mai, etc.) ; cf. aussi un rapport de Carlier, cité par Garnicr- Pagès, op. cit., t. I\, p. 130.

3. « Il y avait là un tiomnie qui disait qu'il fallait intervenir pour les affaires d'Italie; il parlait de violences ; le citoyen Blanqui lui dit qu'il le considérait comme un faux frère. » (Déposition de Lehrner, Procès de Bourges, audience du 22 mars.)

3. Procès de Bourges, audience du 19 mars, déposition de Ledru-Rollin ; Commission d'enquête, t. I", p. 172, interrogatoire de Delaire, p. oiG, déposition de Longepied ; Longepied, Lettre au rapporteur de la Commission d'enquête, dans La Vraie République, 10 août; Longepied. Comité révol., p. 129; Dupoty, La Journée du 15 mai, dans La Réforme, 10 novembre ; Garnier-Pagès, op. cit., t. IX, p. iji7-

essayèrent, mais en vain, d'obtenir que la manifestation n'allât pas plus loin *.

Au moment où le cortège atteignait la place de la Concorde, un bataillon de la i'" légion se précipita pour occuper le pont avant son arrivée ; la colonne populaire s'élança alors à son tour pour le devancer, dépassa l'obélisque et atteignit l'Assemblée. Danduran, vice-président du Comité centralisateur, attribue ce mouvement à une direction occulte, désignant ainsi Blanqui -. Est-ce lui vraiment qui entraîna lu colonne ? On ne saurait l'affirmer, et la force de la pression populaire, le désir spontané d'atteindre le pont avant la I'* légion suffisent à expliquer cet élan. Mais ce qui est certain, c'est que Blanqui et ses amis se trouvaient à la tête du cortège. Blanqui lui-même le reconnaît ^. Aussi furent-ils des premiers à pénétrer dans l'Assemblée, quand la porte fut ouverte aux délégués.

Bientôt, l'envahissement de l'Assemblée fut un fait accompli ; par les quais, par la rue de Bourgogne, la foule, pressée d'une poussée irrésistible par ceux qui la suivaient, escaladait les grilles, pénétrait dans la cour, puis dans les couloirs qui précédaient la salle des séances.

A l'Assemblée, on discutait la question polonaise. Barbes siégeait parmi les représentants quand les délégués du peuple apparurent, et parmi eux, Blanqui.

De nombreux clubistes, notamment Sobrier, Flotte, Quentin, Napoléon Chancel, Laviron, Pujol, prirent part à l'envahissement de l'Assemblée. Mais dans le tumulte et l'incohérence des événements qui se précipitent, il n'y a plus d'action concertée, d'action commune. Chacun agit au hasard ; il ne saurait être question de l'attitude d'un groupe, d'un club *. Quelques

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