I. Moniteur, 17 mai
lyS LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQUI
aux exigences du peuple. Blanqui avait introduit la question sociale, exposé la misère et les griefs du peuple, essayé peutêtre de faire tourner la manifestation au profit de la cause qu'il servait. Naturellement, si l'on en croit Barbes, c'est ce discours qui déchaîna la violence. « Blanqui a tout gâté en parlant d'aulre chose que delà Pologne, dit-il : le premier il a réveillé la haine contre l'Assemblée ^ »
En réalité, le discours de Blanqui, interrompu par les cris qui le rappelaient à la Pologne, n'avait eu que peu d'effet. L'exaltation croissante des envahisseurs s'explique tout naturellement par le tumulte même et par l'attitude de l'Assemblée. L'inertie des représentants exaspérait le peuple ; personne n'était plus responsable de l'agitation ; tous criaient, se précipitaient, assiégeaient la tribune, prenaient possession de la salle, sans savoir au juste pourquoi. C'est en vain que Ledru- RoUin, Raspail et Blanqui môme exhortaient le peuple au calme. Les chefs étaient impuissants à apaiser le tumulte.
Parmi les chefs, d'ailleurs, si quelqu'un perdit alors son sang-froid et se laissa entraîner le premier dans les voies dangereuses, ce fut Barbes. Des huissiers étant venus le chercher. lui, ainsi qu'Albert et Louis Blanc, pour apaiser le peuple qui se pressait dans la cour du côté de la rue de Bourgogne, il se rendit avec eux à la fenêtre de la questure ; et grisé par la vue de la foule qui, à ses yeux, représentait le peuple souverain, il s'écria : d Citoyens! je vous félicite d'avoir reconquis le droit de pétition. Tl ne vous sera plus contesté désormais - : je vais, comme en 92 et gS, réclamer pour vous les honneurs de la séance et le droit de défiler devant l'Assemblée ; puis vous vous retirerez avec calme et dignité ^. «
1. Lettre à G. Sand, citée par M. Rheims, dans son étude manuscrite sur le i5 mai.
2. Barbes revendiqua dans une lettre adressée au président de l'Assemblée la responsabilité de ces paroles qu'on attribuait à Louis Blanc (Lettre publiée dans le compte rendu de la séance du 3 juin de l'Assemblée nationale. Moniteur, 3 juin). Cf. aussi les déclarations de Barbes au procès de Bourges, audiences des lo et 11 mars.
3. Cité par Garnier-Pagès, Hist. de la Révol. de 18U8, t. IX, p. 196.