‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 206 sur 246 · CHAPITRE CINQUIEME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME I

contre-révolution en travail, que dans les sociétés populaires. Hâtez-vous donc, comme les braves soldats redressent plus fièrement leur taille quand le choc du canon les menace, hâtezvous de devenir la plus éminente de ces sociétés. Organisez votre correspondance avec les départements ; entendez-vous avec les autres clubs de Paris : pénétrez-les de votre esprit, et que chacun, en vous voyant à l'œuvre, ambitionne, comme aux beaux jours oii Robespierre, Couthon, Saint-Just siégeaient aux Jacobins, l'honneur de vous être afïilié. » Langage singulièrement énergique et révolutionnaire pour Barbes !

C'est par des acclamations que le club y répondit et le bureau fut chargé de rédiger une adresse à Barbes ^ u Frère, disaient à Barbes les membres du club de la Révolution, la prison ne nous a enlevé que ta personne, ton âme est toujours en nous... La Liberté. l'Égalité, la Fraternité sont en péril... La réaction grandit autour de nous à chaque heure... Une nouvelle crise sociale s'approche : la responsabilité en retombera sur ceux qui l'auront provoquée » ; et ils terminaient en disant : u Quoi qu'il arrive, frère, le drapeau que ton bras a si noblement soutenu nous trouvera tous serrés autour de lui. Vienne l'organisation, nous ne ferons qu'un avec toi. Nous t'attendons : à bientôt, Barbes - ! »

1. Le texte de cette adresse fut publié par Le Travail, n° du i3 au i5juin, et reproduit par d'autres journaux socialistes. La Commission d'enquête (t. II, p. 9A-95) le publia aussi pour montrer l'esprit dangereux du club de la Révolution.

2. Ces mots furent incriminés par la presse réactionnaire. La Patrie (4 iuillet, édit. du matin), en particulier, parle de la « fameuse lettre, adressée il y a quinze jours à Barbes, à la fin de laquelle se trouvaient ces mots significatifs : à bientôt, frère, nous t'attendons ! » Un membre du club de la Révolution, le citoyen Furet, protesta (Représentant du Peuple, 8 juillet), déclarant : «Nous n'avons eu d'autre intention que d'émettre le vœu de revoir bientôt parmi nous ce grand citoyen ».

D'autres républicains poursuivis après le i5 mai reçurent du club de la Révolution des témoignages de sympathie : une adresse de félicitation fut votée à Louis Blanc quand il fut question de le mettre en accusation. (L'adresse fut votée le a juin (^rram<7, n" du 4 au 6 juin); le texte fut publié le 10 par La Vraie République.) La nouvelle que les poursuites

Le ton de l'adresse votée par le club est résolu. C'est qu'en effet le club était devenu plus franchement, plus énergiquement révolutionnaire et socialiste ^ C'est lui qui fut alors, jusqu'à l'insurrection de juin, le principal des clubs socialistes. La concurrence de la Société républicaine centrale nexistait plus et les réunions qui essayèrent de succéder au club de Blanqui -,

n'avaient pas été autorisées fut accueillie par des applaudissements 1 séance du 3 juin. Travail, n" du 6 au 8 juin;. Raisant, également acclamé, fut maintenu à la vice-présidence (séance du aS mai, Travail, 28 mai) et, le 3 juin (/(/., n° du 6 au 8 juin), son retour fut, comme le 10 celui de Longepied (Id., n" du i3 au i5 juin), accueilli par des applaudissements ; de même, la nouvelle de la mise en liberté de De Flotte et de Baudin fut accueillie avec joie ('séance du 3 juin, Id., n° du 6 au 8 juin;. Sans vouloir se rendre « solidaire des opinions de Courtais », ainsi que le déclara le citoyen Folley (séance du 3o mai, Id., i" juin), le club de la Révolution, pour protester contre les actes de brutalité dont Courtais avait été victime, déclara que l'épée dont ce général avait été privé « pour ne pas avoir voulu la tremper dans le sang du peuple » devait lui être rendue. Le club de la Révolution organisait des souscriptions pour ses amis détenus (Trafe République, 27 mai, 2 et A juin, etc. , et chargeait ses membres de les visiter (séance du 17 juin. Travail, n° du 21 au 28 juin). Par contre, à l'égard de Blanqui, les sentiments d'hostilité étaient toujours les mêmes ; le nom de Blanqui ayant été prononcé dans la séance du 9 juin (/d.. n° du 11 au i3 juin), un violent tumulte s'ensuivit ; Landolphe déclara que ce nom était «ajuste litre suspect». Le citoyen Thomassin interrompit violemment Landolphe et fut rappelé à l'ordre ; De Flotte protesta contre les paroles de Landolphe et contre le rappel à l'ordre dont Thomassin avait été l'objet. Enfin, le citoyen Hervé répondit : <( Le club de la Révolution, en choisissant pour son président Barbes, la loyauté même, a indiqué parfaitement sa conduite poUtique. Nous sommes les ennemis de la politique tortueuse ; notre drapeau est levé, c'est celui de la loyauté, nous le défendrons ; notre politique est la politique cartes sur table, nous repoussons le machiavélisme comme une politique indigne d'un Gouvernement démocratique. »

1. Aussi fut-il plus redouté et un rapport de police (Commission d'enquête, t. Il, p. 93; le cite parmi les clubs <> qu'on peut considérer comme des foyers de propagande anarchique » et dit que « ce club se signale par l'exaltation de ses membres et par les violentes attaques qui y sont débitées contre toute idée modérée ».

2. Ces réunions étaient le club des Récollets et le club du Peuple, bazar Bonne-Nouvelle. Le club des Récollets fut présidé par Pelvillain. Un rapport de police du 4 juin (Commission d'enquête, t. II. p. 198; dit qu'après l'arrestation de Pelvillain, Arnould Frémy fut acclamé viceprésident du Club central républicain. Sans doute il s'agit du club des

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