‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 229 sur 246 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Cependant le club de la Révolution fut, comme tous les autres, fermé après l'insurrection ^.

le fait fut démenti (Cf. Peuple constituant, 39 juin, la lettre de Gibot, dans Le Constitutionnel, 29 juin, et lalettre d'Esquii'os, dans Le Représentant du Peuple, 3 juillet). Cependant une note adressée par le procureur général au ministre delà Justice, le i3 octobre i848 lArch. nat., BB** i\-'i. dossier OgS;} A) dit que Deflotte, condamné h la transportation en raison de la ])nrl ([u'il a prise aux événements de juin, a été signalé par l'instruction '< comme l'un des agents les plus actifs de l'insurrection » ; que dans la nuit du aS au 34 juin, il s'est rendu au faubourg Saint-Marceau et a annoncé aux insurgés que 00.000 hommes du faubourg Saint-Antoine s'avançaient avec 8 pièces de canon pour enlever l'Hôtel de Ville, qu'aussitôt après ils dégageraient les insurgés du quartier du Pantliéon. qu'il importait donc de résister énergiquement pour donner aux secours le temps d'arriver ; que « dès le l 'i mai il avait révélé à deux témoins la lutte qui devait éclater à la fin de juin » et déclaré que l'on contraindrait toute la France « à accepter la loi du communisme»; qu'il avait pris fréquemment la parole dans les clubs quelques jours avant les événements de juin et s'était «exprimé avec la plus grande violence contre le Gouvernement et contre la constitution actuelle de la société » (Cf. aussi la déposition de Berlol, Commission d enquête, t. I", p. i58j. De Flotte reconnut s'être rendu dans la nuit du a3 au 24 juin au faubourg Saint-Marceau, mais nia que ce fût pour renseigner les insurgés ; il dit qu'il y allait, au contraire, pour s'informer de l'état de l'insurrection, parce que, ayant parlé dans les clubs, il croyait de son devoir de s'intéresser à la situation d'hommes qu'il ne pouvait encore considérer que comme des amis, et que, ne pouvant leur conseiller d'arrêter le combat, à moins de passer pour un traître, il avait essayé le 33, à deux reprises ditrérentes. mais en vain, de voir un membre de la Coinmission executive pour offrir ses services dans un but de conciliation (Commission d'enquête, t. l'S p. i58-6o, déposition de De Flotte).

Pujol, l'ancien membre de la Société républicaine centrnle, joua un rôle important dans l'insurrection : il fut l'un des cinq délégués des ateliers nationaux que Marie reçut le 33 juin, et sans doute l'un des plus énergiques, car Marie s'emporta contre lui et dit aux autres : « Vous qui êtes de vrais ouvriers, parlez-moi donc. Avez-vous besoin de la permission de Pujol ? Seriez-vous ses esclaves ?» (Commf5Sion d'enquête, t. I", p. Sig, déposition de Marie; cf. aussi ]'raie République , 2Z juin ; Ménard, Prologue d'une RévoL, p. i46 ; Garnier-Pagès. op. cit., t. XI, p. 71 et suiv., etc.). Ce inot d' «esclave » rapporté aux ouvriers excita leur colère. La Commission executive ordonna tout de suite d'arrêter Pujol et les autres délégués {Commission d'enquête, t. II, p. 44 j. mais leur adresse n'ayant pas été trouvée, l'ordre ne fut pas exécuté. Ces hommes, Pujol surtout, ont été accusés d'avoir été les principaux meneurs de l'insurrection (Cf. Commission d'enquête, t. I", p. 329, déposition de Fr. Arago, p. o3o, déposition de Pagnerre ; Garnier-Pagès, op. cit., t. XI, p. 70, gô, 130, i34. etc."). Mais les actes de cet ancien membre de la Société républicaine centrale n'engagent nullement le groupe blanquiste. Selon Garnier-Pagès {op. cit., t. XI, p. 60), d'ailleurs, Pujol était en juin devenu bonapartiste.

Garnier-Pagès (op. cit., t. XI, p. io3 et 446) dit que les clubs n'eurent aucune part à l'insurrection. Cf. aussi Commission d' enquête, t. I", p. 365-6, déposition de Vassal, etc.

I. Représentant du Peuple, 29 juin : «Tous les clubs de la capitale sont fermés. »

Les clubs de Barbes el de Blanqui. 16

Le décret du 28 juillet i848 transforma complètement les conditions d'existence des clubs.

Il est parfois même difficile de reconnaître ces assemblées * qui ont perdu jusqu'à leur nom ; d'autre part, les discussions ne pouvaient plus avoir le même caractère, ni le même intérêt, car il était interdit de traiter des sujets contraires à « l'ordre public » , ce qui équivalait pratiquement à interdire les discussions relatives à la politique, à la famille et à la propriété ; enfin la rédaction obligatoire d'un procès-verbal, où le fonctionnaire qui assistait aux séances pouvait intervenir, modifiait jusqu'au genre même des comptes rendus.

Les journaux qui avaient continué le plus longtemps à être les organes des clubs avaient d'ailleurs presque tous cessé d'exister-. On trouve bien encore dans certains autres journaux 3 des comptes rendus de séances, mais ils étaient soumis à la rigoureuse surveillance de la police ; d'autre part, les bulletins du parquet fournissent quelques renseignements, mais ils sont tendancieux et insuffisants. D'ailleurs il n'y avait plus de raison pour informer le grand public de l'activité clubiste ; la

I. Ainsi que le prouve une note datée du 9 octobre i848 qui indiquait les moyens d'identifier un club fermé par ordonnance de la Chambre du Conseil, et reparaissant sous un nouveau nom dans un nouveau local (Arcli. nat., BB'** 1478, doss. ôgSS A, publiée par M. TchcrnofT, Associations et sociétés secrètes, p. 223-2a5).

a. La Commune rfe Pans disparut le 8 juin. Le Travail, le aS, La ]raie République et Le Père Duchéne, après avoir été suspendus du 27 juin au 6 août, et Le Représentant du Peuple, qui avait cessé de paraître du 10 juillet au 8" août, furent suspendus le 21 août.

3. Le Peuple, directeur Proudhon, 2 septembre iS48-i3 juin 1849 (Bibl. nat., Lc2, i663), qui succéda au Représentant du Peuple, La Révolution démocratique et sociale, rédacteur en chef, Ch. Delescluze, 7 novembre i848i3 juin 1849 (Bibl. nat., Le', 1974). La République, dont Hervé, qui présida les réunions qui essayèrent de succéder à l'ancien club de la Révolution, était un des rédacteurs, etc.

Page 1