‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 71 sur 246 · Lucas. Claljs et clabistes. p. 2i · texte numérisé non relu

Lucas. Claljs et clabistes. p. 2i

n'avait pu encore organiser de défense ; Paris, encore en pleine révolution, s'inclinerait devant le fait accompli.

L'aspect de la salle était saisissant : quatre à cinq cents hommes s'y trouvaient réunis ^ délibérant en armes, au son des crosses de fusils qui frappaient les dalles : les cris et les applaudissements soulignaient les motions violentes, et les bonnets rouges parsemaient la salle. Au milieu du tumulte et des imprécations, tous les regards tournés vers la porte guettaient l'arrivée de Blanqui. Il parut enfin ; les paroles décisives qui allaient enflammer toutes les audaces et décider le combat, l'assemblée les attendait, frémissante.

« La France n'est pas républicaine, dit Blanqui-, la révolution qui vient de s'accomplir est une surprise heureuse, rien de plus. Si nous voulons aujourd'hui porter au pouvoir des noms compromis aux yeux de la bourgeoisie par des condamnations politiques, la province aura peur ; elle se souviendra de la Terreur et de la Convention, et rappellera peutêtre le roi fugitif. La garde nationale elle-même n'a été que notre complice involontaire; elle est composée de boutiquiers peureux qui demain pourraient bien défaire ce qu'ils ont laissé faire hier aux cris de : Vive la République !... Abandonnez les hommes de l'Hôtel de Ville à leur impuissance : leur faiblesse est le signe certain de leur chute. Ils ont entre leurs mains un pouvoir éphémère ; nous, nous avons le peuple et les clubs où nous l'organiserons révolutionnairement, comme jadis les Jacobins l'organisèrent. Sachons attendre quelques jours encore, et la Révolution nous appartiendra ! Si nous nous emparons du pouvoir par un audacieux coup de main, comme des voleurs au milieu des ténèbres de la nuit, qui nous répondra de la durée de notre puissance? Au-dessous de nous, n'y aurat-il pas des hommes énergiques et ambitieux qui brûleront de nous remplacer par de semblables moyens ? Ce qu'il nous faut, à nous, c'est le peuple immense, les faubourgs insurgés, un

I. Bouton, La Patrie en danger, p. 56 ; Delvau. Hist. de la Rév. de Février, p. Sac.

a. Lucas, Clubs etclabistes, p. 2i4.

nouveau lo Août. \ous aurons au moins le prestige de la force révolutionnaire. » Dernière phrase destinée sans doute à consoler de la déception éprouvée.

La déception était grande, en effet ; les compagnons de Blanqui ne s'attendaient guère à le a oir reculer ainsi. Rien ne faisait prévoir une telle attitude. Si nous en croyons non seulement Bouton ^ qui, en déclarant le succès certain, cherche à se montrer ardent révolutionnaire, mais encore Delvau^ et Lucas ^ — qui va jusqu'à dire : « Blanqui nous sauva » — , Blanqui avait la toute puissance, le sort de Paris et du Gouvernement était dans sa main. Sans doute est-ce l'expérience de mai, et surtout de juin, qui fit ainsi voir plus tard aux contemporains l'insurrection imminente le 25 février et Paris prêt à se soulever au premier signal ; le danger était peut-être moins grand qu'on ne s'est plu à le dire. Mais, ce qui est certain, c'est que Blanqui recula. Il opposa aux hasards d'un coup de main les chances quil croyait avoir d'être porté au pouvoir par le développement normal de la Révolution ; il préféra ne point établir tout de suite par la violence une République socialiste, mais plutôt exercer une surveillance attentive qui maintiendrait le Gouvernement dans la voie révolutionnaire et ferait de Blanqui une puissance avec laquelle les hommes de l'Hôtel de Ville seraient obligés de compter, et qu'ils seraient peut-être même un jour obligés de s'associer.

Aussi, Blanqui parla-t-il longuement à l'assemblée frémissante de colère^, ne livrant, comme toujours, de ses mobiles, que ce qu'il jugeait opportun d'expliquer, et sachant cependant ainsi apaiser les passions. Quand il se tut, l'assemblée avait subi l'ascendant de sa parole, et renonçant à ses projets violents, elle s'occupa de fonder le club ^.

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